BON ACCUEIL
lîeriie s'annonce en grande ville : des maisons de campagne opulentes, une longue avenue de vieux arbres, une porte grillée. Le premier édifice que nous apercevons est une prison monumentale; le deuxième, un temple protestant; le troisième, un casino. On se sent en pays civilisé. La ville est belle, mais d'une régularité et d'un roide qui sont cousins germains de l'ennui.
Une je garde aussi longtemps que je vivrai le souvenir de la brave vieille lille qui , passant auprès de nous dans la rue, reconnaît mon compagnon, et veut à toute force nous donner à dîner par cette seule raison que nous sommes catholiques, que nous allons à Einsiedeln et que nous venons de Fribourg. (l'est une Bernoise, elle se nomme iMarie. Jeune, riclje, jolie, elle voulut revenir à la vraie religion malgré sa famille, protestante. On la menaça de T abandonner; elle brava tout, renonça courageusement à tout, et, conliante en la protection d'en haut, elle a vécu médiocrement et péniblement de son travail, sans se plaindre un moment, sans rien demander aux siens, sans en rien recevoir, sans même réclamer ce qui lui était légitimement dû ; toujours solitaire, toujours pauvre, mais respectée, mais heureuse, et sachant encore se créer, à force de privations, un héroïque super llu dont elle fait en secret de modestes aumônes. Nous la devançons à son humble logis; bientôt elle ai*rive en toute hâte, un vaste plat de soupe à la main, un morceau de fromage dans son tablier, un pain sous son bras. Elle met le tout sur une table luisante de propreté, elle
y place encore du vin sans eau et trois verres...; je n'ai fait de ma vie un meilleur repas.