‹ Les pèlerinages de SuisseChapitre 30 sur 79 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

Les commencements de Berne sont admirables, les premiers siècles de sou histoire ressemblent aux premiers siècles de Home; et, jusqu'à la prise de Veïes, la ville qui devait être éternelle ne déploya ni plus de courage, ni plus de grandeur. Les Bernois se montrèrent en vingt Jieux comme nous les avons vus à Laupen, pleins de cette valeur irrésistible et simple que donnent la foi religieuse et Tiunour du pays; cétait fête dans la ville lorsqu'il fallait prendre les armes. Les institutions politiques, basées sur une probité profonde, étaient libérales et sages; l'autorité, confiée aux meilleurs, pouvait devenir le partage de tous; nul n'était exclu : on acceptait les emplois avec dévouement, on ne les recherchait point; les mœurs éiaient pures; et la belle église collégiale, bâtie au xv'' siècle, prouve que le catholicisme faisait là, comme partout, lleurir les nobles arts. Siins doute il y avait de fâcheuses ombres au tablcim, et si l'histoire n'en disait rien, l'avènement de la réforme le prouverait assez, ce thermomètre moral et infaillible. iMais entin , telle quelle éUiit encore au commencement du XVI' siècle , Berne pouvait espérer de longs siècles de gloire et de prospérité.

Ce bel avenir fut soudainement changé. En 1522, Berchtold llaller commença de prêcher à Berne les doctrines luthérieimes. Nous saviuis pai* quels ai'tilices dVnfer ces malheureux prédicanl;? séduisaient les hommes.

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Les succj'S dn Iliillor fiin!iit pioinpts. L'exemple voisin de Zurich, qui avait embrassé l'hérésie de Zwinpli , le secondait puissamment. Les effets matériels du changement de religion étaient faciles à deviner : Berne, influente et forte, entrevoyait la possibilité d'un patronage qui la placerait h la tête de la confédération, en même temps que les nombreux couvents situés sur ses terres lui offraient de riches dépouilles. Après avoir flotté pendant six années environ entre les prêches et la messe, le Grand Conseil reçut et approuva les thèses d'une conférence zwinglienne qu'il avait provoquée et qui venait de se tenir sous sa présidence. « Il (»rdonna, dit M. de Ilaller, de les recevoir et de s'y conformer, défendit cà tous les curés ou ministres de rien enseigner et rien dire de contraire; il abolit la messe, fit démohr les autels et brûler les images, dépouilla les évêques de toute juridiction spirituelle, et délia les doyens et camériers des chapitres du serment d'obéissance qu'ils prêtaient aux évêques, de sorte que ceux mêmes qui se récriaient le plus que le pape pût en certains cas extraordinaires délier d'un serment, c'est-à-dire déclarer, après mur examen, qu'il était impossible à accomplir, illicite, contraire à la loi divine et par conséquent non obligatoire, se délièrent et prétendirent délier les autres, soit de leurs devoirs naturels, soit de leurs promesses volontaires et licites Cependant les avoyers et les conseillers de Berne n'oublièrent pas de prescrire qu'on continuerait à payer les dîmes , cens et autres redevances affectées aux usages religieux, se réservant d'en disposer en temps et lieux comme ils le jugeraient convenable. Ensuite ils permirent aux prêtres de se marier, aux religieux et religieuses de sortir de leurs couvents, obligèrent les ministres à prêcher quatre fois par semaine ,

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SOUS peine de révocation; et, finalement, ils se réservèrent la faculté de changer encore cette nouvelle religion si on venait leur prouver quelque chose de mieux par r Écriture. »

On rirait de la folie de ces bourgeois qui, en déclamant contre l'autorité du pape, se proclamaient juges infaillibles en matière de foi, présidaient des conciles, arrêtaient ce qu'il fallait admettre ou rejeter des saintes Écritures, si les annales de la Suisse n'étaient dégouttantes du sang versé, des sacrilèges commis au profit des croyances qu'ils ont de la sorte inausurées. {.'ÈvangUe veut du savg, disait Zwingli, et ce dicton du maître fut souvent k loi des disciples. Nous ne suivrons pas le long détail des moyens que Berne employa pour faire pénétrer son hérésie dans tous les pays qui relevaient d'elle, et même chez ses voisins. Ruses indignes, trahisons, pillages, meurtres, les églises dévastées, les monastères spoliés, les populations tourmentées sans relâche au mépris des promesses les plus solennelles, les prêtres abandonnés à la brut^ile fureur des sectaires, tels en sont les traits les plus communs.

Le peuple ne perdit pas à ces mesures seulement Sii liberté religieuse, sa tranquillité, les secours spirituels des prêtres, les aumùnes des couvents, enfin sa religion ellemême; il y [^>erdit la liberté politique. Des hommes qui s'étaient déclarés maîtres des croyances et qui se voyaient assez forts pour cela, ne devaient pas s'arrêter en si beau chemin. Le nomhre des bour^^eois éligibles fut successivement restreint à un petit nombre de familles ; l'oligiirchie s'éleva sur les ruines de la démocratie. Dès lors il n'y eut plus de vie i>4»liti |ue sinon dans les familles souveraines, où cette vie politique entrett*nait la honte et les corruptions : on s'y dispuUiil les places, devenues lucra-

tives depuis la sécularisation des propriétés monacales; les frères visaient à se supplanter auprès des électeurs , auprès des filles à marier qui apportaient en dot l'éligibilité; de pauvres jeunes personnes victimes de semblables arrangements devaient se résigner à des mariages odieux. Mais une fois la place prise et l'entrée au conseil obtenue, la seule pensée, le seul effort était d'immobiliser le pouvoir et le pays : les oligarchies ne changent pas d'opinions, parce que les intérêts sont toujours les mêmes, a dit Bonaparte. La Hberté civile, considérablement amoindrie et même totalement supprimée par un pouvoir qui traitait les dissidents comme les révoltés, ne >e releva jamais à ses franchises premières. Les seigneurs de Berne s'appliquèrent à éteindre tout mouvement autour d'eux ; ils y réussirent sans peine. La population, qui n'avait plus ni Dieu ni patrie, sepliapromptement à l'oppression morale, contente du bien-être matériel dont on avait soin de l'entourer. La tranquillité revint, les impots furent modérés, la justice se montra suffisamment équitable. Mais il faut un cours à l'esprit humain; comme l'eau, s'il s'arrête il se corrompt. La ïiimie s'entassa au fond de ce peuple doi'mant; son orgueil patriotique se changea en une brutalité grossière; il n'eut plus d'artistes; son courage cessa d'être celui des héros. En 1819, un Bernois qui n'était pas membre du Conseil comparait ses compatriotes aux bœufs qui paissent dans leurs champs. Us sont gras, disait il, tranquilles, bien nourris, l'air de fierté même ne leur manque pas; mais... c'est du bétail'. Il en est de même aujourd'hui, malgré la révolution populaire qui, après notre révolution de 1830, a enlevé le pouvoir aux patriciens, et démocratisé la constitution. Ce que la

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révolution religieuse a détruit, aucune révolution politique ne le relèvera : les partis se vaincront et deviendront maîtres chacun à son tour; mais le peuple ne fera que changer de servitude, souvent à son détriment. 11 n'y a pour les peuples qu'une loi de vie, de bonheur, de liberté : c'est la loi divine, qui rend les hommes frères, qui donne à toute une nation, comme à un seul homme, les mêmes pensées, les mêmes devoirs, le même but; qui inspire en bas la patience, en haut la modération, partout l'espérance, la charité partout. Quand vous avez anéanti cette loi, quand vous avez, en brisant les liens qui rattachent l'homme à Dieu, brisé les liens plus faibles qui unissent l'homme à l'homme : c'est-à-dire, quand il n'y a plus ni foi chez les grands, ni espérance chez les petits, ni charité, ni confiance chez aucun, aloi^ ne cherchez, plus rien pour le bonheur de l'humanité, vous ne trouveriez pas. Vous êtes parqués dans un champ fatal où tous vos progrès consistent à faire alterner à grand bruit vos folles attentes devant quelques panacées de charlatans. Hé ! que pourrai t-t>n attendre de bon de ces révolutions qui sont des chocs d'immoralités, des combats de larrons, ou plutôt de chacals se disputant leur pAture infâme? Il semble, en effet, qu'une nation cormmpue soit poui* ceux qui l'exploitent une pmie empoisonnée et qiii les fait mourir.

Non, plus de bonheur pour un peuple qui n'a plus de religion! plus de tranquillité possible, plus de progrès! On ne peut gouverner une nation intelligente qu'eu lui inspirant une certaine n'^signation pieuse, une certaine espérance surhumaine que ne produiront jamais vos codes matérialistes et athées. Toute agrégation sociale comporte toujours une grand»* quantité de malheureux; et sans religion les malheui*eux le sont toujours immon-

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sèment; ot ï^ans résignation apprise dès l'enfance, toujours ceux qui souffi'ent voudront cesser de souffrir; et, dans une société impie, toujours ils en auront le droit, parce qu'une société impie élève mal ses enf^ints, ne les munit pas de ce stoïcisme religieux qui garde encore l'espérance après le naufrage de toutes les prospérités, n'est pas fraternelle enfin , et n'étend jamais sur les membres nus du pauvre la charité du puissant.

Il n'y a qu'un droit à l'abri du raisonnement, c'est le droit divin. Quand les lois ne découlent pas de là> elles viennent de la force ou de l'astuce, et une autre force, une autre astuce, en font bientôt raison. Les gouvernés trouvent tous les jours mille arguments fort clairs, aux- «juels les gouvernements ne peuvent répondre que par les sbires, les géhennes et les bourreaux. Mais alors le condamné n'est pas un criminel qu'on punit; c'est un vaincu qu'on égorge. Kt pour les vainqueurs, de tels triomphes sont toujours la moitié d'un revers.

Je veux que celui qui me commande d'obéir soit juste; et comment cela peut-il être lorsque la justice ne lui est pas imposée d'en haut? Et comment puis -je lui obéir lorsque la force fait tous ses droits à ma soumission?

Je veux que celui qui me dit de souffrir me dise aussi d'espérer : et que puis-je espérer, quand je n'ai qu'une foi composée de lambeaux impuissants, quand mon esprit matérialisé ne peut concevoir d'autres joies que les joies de ce monde, et quand je vois toutes ces joies livrées au has.ird de la naissance, de la force et de l'impi'obité?

Chrétien, fils soumis de la sainte Église catholique, la plus attentive et la plus consolante de toutes les mères, je me résigne sans peine à l'infériorité de ma condition, car je puis être au ciel l'égal dos saints, et plus je serai humble en cette vie, qui dure peu, plus j'aurai de rayons

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dans les gloires de réternité; je crois que toute puissance vient de Dieu, et je me soumets, en tout ce qui n'est pas contraire à mes croyances, même à la plus injuste, même h la plus dure; je me soumets non-seulement sans murmure, mais avec joie, car je sais que Dieu ne m'envoie pas une souffrance qui ne soit une expiation; je porte gaiement mon fardeau d'humiliation, de contrainte et de misère, car Dieu ne m'en donne jamais plus que je n'en puis porter...

Mais si vous m'avez fait hérétique, ou indifférent, ou athée; si vous m'avez soustrait à l'obéissance de Dieu, de quel droit voulez vous me plier à la vôtre? Qui vous a faits mes maîtres? qui vous a établis législateurs et juges? Pourquoi êtes-vous riches, et pourquoi suis-je pauvre? pourquoi regorgez-vous de superflu, et pourquoi n'ai-je point le nécessaire?... Pas de solution ! — Vous m'im- . posez vos lois, je vous impose mes besoins; la force est votre droit, la révolte est le mien ! combattons! Et vous ne me persuaderez pas que je suis un criminel, entendezvous! Je suis un ennemi, bien plus, je suis un opprimé. Or maintenant, guerre à vous! Je n'aurai pas de repos que je ne sois à la première place; pas de liberté tant qu'une règle quelconque gênera la moindre de mes passions; pas de contentement tant que je pourrai désirer quelque chose. . Je ne dois nulle pitié à des hommes qui ne m'ont pas dit qu'il y e\\\ un Dieu, et qui par leurs actions semblent proclamer qu'il n'y en a pas! Et, pour me soumettre, il faudra ou me contraindre absolument par la vi(»lenre, ou m'abrutir tout à fait.

La réformation de Berne ne tarda pas non plus à briser le lien fédéral: Zurich, la première infidèle à l'Eglise, avait été aussi la première infidèle à la patrie. Les cantons réformés demandèi-ent contre leurs compatriotes

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l'alliance du landgrave de Hcisso, Tignoblp patron de Luther : les cantons catlioli(|ues, pourî^e défendre, furent obligés d'avoir recours à l'Autriche. La tyrannie insupportable des hérétiques força la modér.ition de leurs anciens alliés : on se battit à (lappel , comme nous le verrons plus loin; et, pour la première fois, une armée bernoise quitta avec déshonneur le champ de bataille. L'union helvétique reçut là un coup dont elle n'a pu guérir. Si depuis cette époque la Suisse a conservé sa uationUité, ce n'est pas qu'elle eût pu la défendre, c'est que la sûreté de ses voisins y est intéressée.

Les historiens protestants ne disent pas de Berne , comme de Genève et des autres pays, que la réformation y rétablit les mœurs : pourquoi cette exception au mensonge ordinaire? « Je ne connais pas de pays en Europe, « observe le major Weiss ^, où le gros du peuple 'soit « moins continent que dans le canton de Berne. » >fais si Berne ne vaut pas mieux que sa réputation, les autres valent moins que la leur, et peuvent à peu de chose près revendiquer le compliment : ils le devraient d'autant plus, que toute l'unité de la réforme est, pour ainsi dire, h ; c'est un des caractères qui lui sont communs partout. Des causes pareilles ont dû produire en tous lieux de pareils effets.

Abordons ce vieux sophisme de l'épuration des mœurs par la grâce de l'hérésie. Sans doute il y avait au commencement du xvi* siècle des abus dans l'Église, du relâchement dans la discipline du clergé, et surtout de la corruption dans les mœurs publiques, (l'était le fruit des longues guerres que l'Europe avait subies, et de la renaissance des lettres païennes. Pourtant il s'enfallait de beau-

I Principes plulosophiqucf:.

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coup que ces abus et ce relâchement fussent tels qu'on les a peints depuis, sur la foi des pamphlétaires du temps, d après les récits des réformateurs eux-mêmes, peu scrupuleux de leur nature, et fort intéressés à travestir la vérité. La grande majorité du clergé était excellente et pure. Les chefs de l'Église voyaient le mal; ils en gémissaient, ils y cherchaient un remède et n'attendaient qu'un peu de calme en Italie pour entreprendre ce grand ouvrage. Mais, tandis que l'incendie allumé par Luther jetait ses plus ardentes flammes, les troupes du connétable saccageaient Rome; Charles-Quint et François I" se querellaient, se trompaient mutuellement et ne pouvaient s'entendre sur la tenue du concile \ Au bruit que faisaient les doctrines nouvelles, aux applaudissements qu'elles excitaient, à la protection que leur accordaient en beaucoup de lieux les gouvernements et les princes , tout ce qu'il y avait dans les couvents et dans les presbytères d'indignes prêtres, de faux religieux, d'e>prits orgueilleux, de cœurs impurs, s'émut et s'agita. Les plus mauvais donnèrent l'exemple, les faibles l'imitèrent ; les règles furent bi'isées, ce qui fait suffisamment voir qu'elles n'étaient pas si relâchées ni si douces : lesapostaLs se jetèrent dans le monde, y devinrent les dignes ministres de la religion nouvelle, donnèrent carrière à leurs passi(Mis, et prêchèrent par leur conduite encore mieux (pie par leurs discours le mépris des lois qu'ils avaient violées. Luther, Zwingli, Haller, Hucer, tous les principaux disci|)les, et mille autres, sortaient des ordres. » «Ml faisait de bons réformés, dit 1>ossuet, de tous ces « mauvais prêtres; » chacun d'eux ci>mmençait son nou-

' C.A\\ arronluif l'un rc qui» l'antro dt'in.TUtloit, il y «ivoit ontro eux si i:r.iiiilt' (li'irnliMU'o, ijiu* r.iutre ne le ponvMit tr..iivpr assez bon.

fDu Bellay.)

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vel apostolat par la violation des vœux de chîisteté qu il avait proiionct's au pied des autels, et permettait le divorce à ses ouailles comme cadeau de Menveime. Qu'on nous dise maintenant quelle influence morale de pareils réformateurs (ujuvaient exercer sur les populations ? La conviction religieuse et l'étude particulière de ces tempslà ne sont pas nécessaires pour répondre; il suffit du sens commun.

Au surplus, les chefs de la réforme eux-mêmes nous montrent leurs disciples et leurs collègues tels qu'ils devaient être naturellement; on sait ce qu'en disent tous les [)renners Luther et Calvin '.

Érasme, si bénin pour les novateurs, les embrasse d'un coup d'oeil, et ne leur voit nulle part une vertu, a Montrez-moi quelqu'un qui par le moyen de votre nouvel évangile soit devenu sobre d'intempérant qu'il était, doux de féroce, honnête de pillard , réservé et charitable dans ses paroles, de médisiut et de calomniateur ! Pour moi, je vous en montrerai un grand nombre qui sont devenus plus pervers qu'ils n'étaient auparavant... Us sont pires que des Turcs... Bien que cet évangile que l'on prêche contribue à corriger les hommes, il ne semble, pour ceux-là, que les rendre plus mauvais; il ne les retire pas du péché ; mais il les porte à pécher avec plus d'impunité ^. »

Si la réformation a corrigé les mœurs, ce n'est donc pas parmi les réformés, on ne peut en douter maintenant; mais il est sûr qu'elle a considérablement épuré le

i Voyez Calvin, Livie^- sur les sauulales. — Kiitlun', Enlrrfiens. — Capilo, etc.

ii On nous pardonnera d'avoir cité ces textes, ini]»rimt'S partout. Nous avons,songé à iiuoliiues amis (jui liront notre livre, et (|ni ne les connaissent pas.

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clergé catholique, en s emparant de tout ce qui ne pouvait supporter l'austérité du cloître ou du ministère sacré. Une fois débarrassées de ce fatal levain, les milices de r Église universelle rayonnèrent des éclatantes qualités qui convertissent les peuples et qui plaisent à Dieu. L'Kglise retrouva promptement des apôtres et des martyrs, et le ciel fit giâce à la moitié de TEuiope du tléau qu'il avait déchaîné. Les ministres des réformés sentirent alors qu'ils paraissaient a^ec trop de désavantage, même aux yeux ignorants de leurs sectaires, à côté de ces saints et savants hommes, et qu'il fallait montrer au moins quelque apparence de tant de vertu, s'ils voulaient couserver encore \xi\ reste d'autorité. L'intérêt et sans doute un peu aussi la volonté des gouvernements accomplirent autant que possible ce que la libre interprétation des Kcritures n'avait pu faire ; la troisième ou la quatrième génération des pasteurs valut mieux que celles qui l'avaient devancée. iMais les malheureux perdirent la foi en reprenant des habitudes décentes. Us commencèrent à passer de leur hérésie encore croyante à ce déisme vague et presque athée où ils sont arrivés aujourd'hui; la fausse bcience, les systèmes matérialistes, les folies mystiques datent de celte réforme de la réformation.

En même temps qu'ils se corrigeaient, les pasteurs \oulurent corriger les ouailles, et comme les prêches n'y sufhsaient point, ils eurent recours au bras séculier. On pronmlgua des lois de fer. Les amusements les plus honnêtes, les plaisirs les plus licites lurent défendus. Une rigidité maussade et menteuse lut imposée au peuple. La vivacité d'esprit, la bonne humeur, l'enjouement, disparurent, comme déjà avaient disparu la lilKM'té de coiiM'ience, la liberté civile et les droits i)ohtiques. Apres le plaisir d'écouter les sermons de leurs paistcurs, aussi

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secs, aussi vides que les églises où elles allaient les entendre, il ne resta plus à ces tristes populations que le plaisir de manger et les ignobles joies d'une sombre et secrète corruption, tandis qu'auprès d'eux les catholiques, dirigés par des hommes qui avaient mission du Ciel, libres, joyeux, mouvants, conservaient avec leurs mœurs les arts, la gaieté, les nobles usages, et voyaient éclore en France un siècle littéraire tel que l'histoire du monde n'en compte que trois : siècle sublime et croyant, dont tous les plus grands noms, rayons éternels dans l'auréole des gloires humaines, sont des noms catholiques et plébéiens.

Berne , comme Genève , a porté et portera longtemps la peine de son apostasie. Ses citoyens ont vécu dans les discordes civiles, dans les haines intérieures, dans les brigues dont le succès laisse peu de joie et dont T insuccès est plein d'amertumes; ses conquêtes lui ont donné plus de soucis que de satisfactions réelles ; ses trésors , lentement amassés, lui ont été enlevés par l'étranger; elle n'a point atteint la suprématie qu'elle avait en vue et qu elle aurait exercée si elle lût restée cathobque ; plus d'une ibis, eniin, au revers de ses prospérités insolentes, elle a dû se rappeler cette parole terrible : « La vengeance m apu partient, laissez-les croître jusqu'à la moisson ! »

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