‹ Les pèlerinages de SuisseChapitre 32 sur 79 · LES JUBILÉS · texte numérisé non relu

LES JUBILÉS

Les prolestants déclament toujours contre l'Église catholique, et cherchent souvent à l'imiter/. Un croirait (ju'ils espèrent, en lui prenant quelques-uns de ses usages, lui ravir le secret de sa force et de sa durée. Mais c'est ici que l'on peut dire que l'esprit seul vivifie. Leurs imitations n'ont jamais été que de méchantes parodies : parodies des mœurs austères , parodies de la science, parodies du courage et du dévouement. Quand rÉghse l'orme des sœurs de Charité, le protestantisme paie des gardes-malades ; quand l'Église envoie des missionnaires, le protestantisme répand des brochures, ou lait, comme en Angleterre, partir des commis- voyageurs. A certaines époques, l' Eglise célèbre des jubilés solennels, qui sont dans le monde catholique tout entier une occasion de pénitence et de bonnes œuvres où se retrempe la foi. Le protestantisme, voyant la réforme, les mœurs et la foi des siens s'en aller à vau-l'eau, imagina, pour arrêter la débâcle, d'avoir aussi ses jubilés. Zurich et Baie commencèrent en 1817, à la date de l'avènement de Lutlier. La première de ces villes, voulant faire d'une pierre deux coups, hxa la célébration de sa fête au 2 janvier, jour qui, de temps immémorial, est, dans ce pays, consacré, comme chez nous le mardi gras, aux saturnales de la population, et la farce n'en fut pas plus gaie. Berne suivit l'exemple en 1828, troisième anniversaire de sa séparation. 11 y eut force discours, force banquets; on distribua beaucoup de médailles frappées en l'honneur du grand événement; on répandit quantité de bro-

chures et de pamphlets conti-e le pape , les prêtres et la religion catholique; on chanta dans les églises des chansons d'un étrange goût; puis enfin, pour se délasser, on organisa nombre de ces parties de plaisir qui déjà au temps de la réforme s'appelaient des parties luthériennes. Tout cela ne vaudrait guère que nous en occupassions nos lecteurs, sans un fait qui sort un peu du commun de ces puérilités. Les prédicateurs furent peutêtre, de tous les réformés, ceux que divertirent le moins tant de nobles réjouissances. Us n'étaient pas cependimt forcés de s'entendre et de prêcher dans le même esprit, pourvu qu'ils n'épargnassent point le papisme ni ses superstitions; mais ce qui se passait sous leurs yeux était bien fait pour leur jeter un peu de rouge au visage, et il arriva à l'un d'eux (c'était le doyen du clergé de Berne, et un très -zélé) qui prêchait dans la graude église , en présence de tous les membres du gouvernement, un accident singulier. 11 voulait faire un tour de force, il ^e posa cette question ditiicile pour les hommes de son état : Qu'est-ce que la vérité? Ses auditeurs, encbantés de voir aborder si franchement un problème qu'ils n'avaient piis souvent entendu résoudre, prêtèrent une oreille attentive. Malheureusement l'orateur ne put aller plus loin. Sa langue resta glacée dans sa bouche ; et, après avoir fait de vains elForts pour articuler du moins quelques lieux communs qui sauvassent son honneur et celui de sa compagnie, il lui fallut descendre de chaire, cesser le service, quitter l'église, et remettre au jubilé suivant la lin de son discours, ainsi (jue la définition de la vérité. Sept ans plus tard, en 1835, (Jenève célébra les commencements de l'ère célèbre que nous avons racontée plus haut. Son jubilé eut le caractère de jactance pai'ticulier aux enfant* directs de Cahin : le péché lavori

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(l'orgueil s'y montra sans fard. La bicoque inglorieuse dont les habitants reçurent la réforme comme un enfant reçoit les verges voulut escamoter à son proOt le triste éclat des premiers hérésiarques, en invitant les églises calvinistes de Suisse, de France, d'Angleterre et d'Allemagne à lui envoyer des députés, non pour accroître la splendeur des fêtes qu'elle voulait célébrer, mais pour exercer officiellement une sorte de suprématie. Ces députés (car il en vint, et les catholiques contribuèrent à payer leurs frais d'auberge) reçurent dans le jardin Botanique l'accolade de M. le modérateur de la vénérable compagnie : on exécuta des services religieux dans le temple de Ja nature; on chanta comme à Berne \ on se disputa avec acharnement; on invectiva encore contre Rome; on insulta grossièrement les cathoHques et leur religion; on distribua des pamphlets, cela ne pouvait manquer à Genève; on banqueta plus que ne l'exigeait l'appétit; on fit des promenades en bateau à vapeur sur le lac ; on tira quelques fusées pour les polissons , et l'on se sépara enfin avec l'estime et l'édification réciproques que des actes si pieux^evaient naturellement provoquer. Au miUeu de tous ces jubilés protestants , il y en eut un aussi à Rome, sous Léon XII, de haute mémoire. Dix mille chrétiens y assistaient, venus de tous les points du monde; ils furent reçus et hébergés aux frais du pape;

' I.e couplet suivant est extrait de l'un des hjmnes religieux et patriotiques chantés dans le temple de la nature. Il donne une idée du reste.

Je te saine , ô jour où ma patrie Sortit de l'avilissement Où la tenait ensevelie Des prêtres l'abrutissement.

Nos lecteurs jugeront à quel point un peuple est sorti de l'avilissement lorsqu'il se trouve dans son sein des poètes pour faire de tels vers, des lettrés pour les approuver, et des chanteurs pour les répéter.

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ils se confessèrent à Saint-Pierre et à Saint- Jean-de- Latran , baisèrent les saintes reliques , s'agenouillèrent devant la croix du C.olisée, entendirent des discours pieux, virent des cérémonies imposantes; ils prièrent pour le bien de l'Église, demandèrent à Dieu de convertir les hérétiques, d'entretenir la paix entre les princes, de maintenir l'union et la tranquillité parmi les peuples chrétiens; ils pardonnèrent à leurs ennemis, reçurent la bénédiction du saint-père, et revinrent dans leurs foyers le cœur plein de bonnes résolutions.

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