AMY PERRIN
Amy Perin était grand partisan de la réforme , et des plus considérés dans Genève , oii il avait eu la charge de capitaine général. Un jour, voulant donner une preuve tout extraordinaire de son zèle, il fit transporter la pierre du grand autel de l'église cathédrale sur la place des exécutions, et ordonna qu elle y fût déposée en échafaud pour servir au supplice des criminels. Une si grande brutalité ne manqua pas d'accroître son crédit; mais bientôt ce crédit offusqua l'ambition de Calvin. D'ailleurs Amy Perrin passait pour n'aimer point les réfugiés français qui composaient le parti du réformateur : on résolut de se défaire de lui. Calvin l'accusa de machinations contre les Français, et d'avoir comploté de les fiiire massacrer par trahison. Vrai ou non, ce que disait Calvin il fallait le croire : Amy Perrin fut condannié.
Arrivé au lieu du supplice, le misérable éprouva des terreurs atroces lorsqu'il vit l'échafaud sacrilège que luinn'^me avait fait dresser. Il supplia qu'on lui donnAt la mort sans le faire monter sur cette pierre fatale. On lui réj)ondit (]u'il serait traité en dieu ; que l'échafaud n'ayant point encore servi, c'était bénédiction d'avoir pour l'es- Siiyer un si noble personnage , qui en était l'inventeur, et qui mieux quo personne pourrait dire si l'on mourait
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bien dessus. Puis on l'y porta dans une angoisse horrible. Le peuple n'avait jamais vu condamné faire plus mauvaise contenance devant la mort. On eût dit que cette pierre était brûlante, à la façon dont il s'y débattait. Et comme il criait grâce et protestait de son innocence, le bourreau, qui avait été catholique , lui dit tout bas en lui bandant les yeux : a Vous vous trompez, Messire; sur l'échafaud où vous voilà vous n'êtes point innocent. »