‹ Les pèlerinages de SuisseChapitre 73 sur 79 · MARIA -STEIN · texte numérisé non relu

MARIA -STEIN

Plusieurs seigneurs pieux avaient fondé à Beinwil une abbaye qui, longtemps célèbre sous la direction des pères bénédictins envoyés d'Einsiedeln, éprouva ensuite de grandes vicissitudes, et enfin demeura déserte pendant le xvi" siècle. Rétablie plus tard dans une autre partie du Jura, sur la frontière de la Suisse, à deux lieues de Bâle, au lieu nommé la Pierre [Stein), elle fut dès lors, sous le nom de Maria-Stein, visitée comme un des pèlerinages les plus féconds en grâces d'en haut.

C'est là tout ce que je connais de F histoire de Maria- Stein. Je pourrais en apprendre davantiige ; il existe de gros livres et de poudreuses chroniques que j'aurais pu feuilleter, ou que de patients amis auraient feuilletés pour moi, qui m'en diraient plus long : mais à quoi bon? et qu'importe à ceux qui m'ont suivi jusqu'à présent dans cette course, dont voici le dernier but? Avant de commencer son voyage, le pèlerin s'agenouille aux pieds d'un ministre des autels, il reçoit sa bénédiction , il part en priant; il arrive au sanctuaire où des milliei*s d'àmos ferventes l'ont précédé, où des milliers d'autres le suivront; là il épanche son ca'ur, il regrette, il supplie, il implore; il sait qu'on l'entend, que ses fautes lui seront pardonnées s'il en éprouve une douleur sincère et s'il forme sincèrement le vœu de n'y plus retomber; il ne doute pas que ses désirs seront accomplis, s'il est bon qu'ils le soient : que lui faut-il de plus?

0 bonnes et saintes âmes î gens do labeur et de fatigue, courbés sans murmure sous des privations dont la moindre serait insnppnitablo pour nous! corps robustes qui sup-

portez lii misère, cœurs plus robustes qui supportez T ignorance, vous qui n'attendez point les faveurs de Dieu pour ôtre reconnaissants, ni ses miracles pour croire, vous êtes les bien-aimés du Ciel, c'est vous que nous devons imiter.

Kh ! douce Mère des chrétiens ! Reine des anges et de tout ce qu'il y a de saint dans les cieux, notre curiosité s'en ira-t-elle maintenant vous demander pourquoi il vous a plu d'ouvrir en tel lieu plutôt qu'en tel autre le trésor inépuisable de vos bienfaits? Non, vous aimez qu'on vous implore, vous nous le prouvez par mille bontés répandues sur toutes nos douleurs : c'est bien assez que nous sachions cela.

Parmi toutes les joies d'un cœur religieux, il est une joie plus profonde et plus sainte : c'est la joie d'ignorer, c'est le bonheur d'adorer et de croire de pleine foi, sans mélange d'orgueil ou de sagesse humaine, par ce seul instinct de l'âme, qui, mieux que toute science et toute raison ne le sauraient faire, nous permet de voir et de sentir Dieu.

Après avoir monté pendant une lieue une lente échelle de collines semées de villages et chargées de moissons , plus séduisantes pour l'œil du laboureur que pour celui du peintre ou du poëte fainéant, on traverse un village qui semble défendre l'entrée d'un territoire plus sombre et plus accidenté. Les blés deviennent rares, les rochers se montrent à travers les massifs des chênes rabougris , les bergers succèdent aux moissonneurs , la richesse s'en va, la grandeur apparaît. Une rampe rapide vous élève en tournant au-dessus d'un vallon immense, cieusé dans la pierre par une main qui ne fut ni celle de l'homme ni celle du temps; puis enfin vous gagnez une plate-forme 011 s'élève, comme un rocher bâti sur les autres rochers, un vaste édifice : c'est l'abbaye.

L'église est grande, fraîche, badigeonnée plutôt que peinte. Le confessionnal pour la langue française est établi contre le mur latéral de gauche; il était assiégé par une douzaine de pauvres gens qui priaient avec une angéUque piété, et qui s'en allaient ensuite communier dans une chapelle souterraine creusée dans le roc vif, devant une vieille et naïve image de la Mère de Dieu, image qui fut sans doute autrefois, comme la madone d'Eiusiedeln , le trésor de quelque solitaire mort en odem' de sainteté.

Lorsque j'eus franchi le seuil de cette chapelle de la Vierge, et que je vis dans ces profondeurs obscures tous ces chrétiens agenouillés sur les rochers, étendant les bras en silence, joignant les mains, prosternant leur front contre terre, il me sembla voir les catacombes où se réfugiaient nos premiers frères ; et , ployant les genoux avec un doux frémissement, je me rappelai la promesse : (( Quand vous vous réunirez pour prier, je serai parmi vous. »

Page 1