APPROBATION
J'ai ht Pt pxavùnè , par ordre de Monseic/nenr le garde dfs sceaux, le manuscrit tiititulé... Je n'y ai trouve rien de contraire a la foi , aux lois, aux bonnes mniurs , et j'estime qu'on en peut pennettrc l'impression .
Sur cet avis, signé du censeur io\al, ou du théologal du diocèse, quelquefois des deux, l'auteur dormait tranquille ; il n'avait plus(}u"àse réjouir doucement , suis regret et sims remonls , du succès de son (l'uvre. Kn c;u^ de ciuile, il n'était volontairement coupable que d'un livre mal fait, et non pas d'un pernicieux livre ; s'il était soumis au\ lois de son pays, il avait demandé aux maîtres de la doctrine et aux représentants de la société la licence exorbitante de parli'rà ses concitovens, de leur faire entendre sji voix, de produire devant eux sii pensée ; pour prix de sa stnimission, l'Église et la société, qui auraient pu le condanmer au silence, prenaient la responsiibilité de ses erreurs et de ses fautes, si elles en laissaient passer, et lui n'avait à répondre de rien devant Dieu ni devant les hommes. Vérilablciiient il pouvait dormir en paix.
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Certes, l)eauroiip dp };('ri> ne parla^rront pas notre avis, quand nous (lirons que ce drcjit de censure («si ini de; ceux dont nous regrettons le plus que; la société se soit dépouillée; Fuais nous prisons peu ce (lu'on appelle depuis si longlt.'uips les conquêtes de l'tîsprit huinaiti ; mais nous n'avons aucun amour pour la liberté d'écrire; mais nous trouvons que rien n'est moins respectable qu'une société qui ne veut pas être respectée, et qui livre chaque jour en pâture religion, autorité, mœurs, tranquillité, ordre, politique, gouvernemcnit et tout, à quiconque veut y mordre, poussé par n'importe ([ucîMc; passion, par n'importe quelle frénésie, par n'importe quelle impudeur.
A cette funeste abdication , le talent probe et consciencieux , le talent réellement utile perd tout ce (ju'y savent gagner l'intrigue, l'impudence et la médiocrité. I^a facilité d'arriver avec quelques paroles, d'éblouir avec quelque témérité, de s'enrichir avec quelques ordures, détruit la noble passion des longues études, fait avorter la raison , égorge la décence publique , décourage toute force hoimôte, et rend honteuse d'elle-même jusqu'à lii probité. Nous n'avons plus de grands hoQimes d'Ktat depuis que nous avons une tribune, et depuis que nous avons une liberté de la presse il n'y a plus chez nous de grand écrivain qui puisse espérer de voir adopter ses œuvres complètes par la postérité.
La liberté de parler, de discuter, d'écrire, nous a procuré une foule de sciences curieuses et inconnues : la science d'obtenir toutes les places et toutes les fonctions possibles en déposant dans une boîte le nom de Pierre au lieu du nom de Jacques ; la science de devenir ministre en faisant décréter par cent vingt-six paysans sur deux cent cinquante ([u'on est propre à trancher les questions d'État après avoir end)rouillé toute sa vie des questions de police correctionnelle ou de nmr mitoyen ; la science trèsproductive et partant très-cultivée de faire trembler ces mêmes ministres et de les conduire où l'on veut, conmie on veut, avec encore beaucoup moins de talent, beaucoup moins de courage, beaucoup moins de savoir et de lumières qu'ils n'en ont, et cela par le procédé le plus facile, qu'il n'est pas besoin de décrire et que chacun coimaît; enlin nombre de sciences pareilles, que le premier venu peut, connue nous, énumérer sur ses dix doigts.
Par malheuji', en acquérant toutes ces sciences, il en est au moins deux que nous avons perdues : la science des livres nobles et utiles, la science des gouvernements paisibles et heureux.. Mais, sans pousser plus loin celle discussion, où nous nousi «h^
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foncerions longtemps avant de nous y attirer les sympathies publiques, nous nous bornerons à déplorer qu'avec la meilleure volonté du monde un auteur ne puisse pas provoquer ofticieusement sur lui-même la censure que la société exerçait jadis de plein droit.
Si vous parlez de religion, vous pouvez sans doute consulter quelque prêtre pieux, savant et sévère, qui ne vous refusera jamais ses critiques ni ses avis ; mais ce censeur ne sera malgré tout quun homme, sans autorité publique ; et puis votre livre s'occupe-t-il en même temps de législation, de politique, vous tremblerez de dire qu'il a obtenu l'approbation d'un prêtre, parce que cette seule parole deviendrait pour le clergé la source d'une foule d'outrages et de haineuses calomnies.
Quant à consulter un procureur du roi , ce serait par trop ridicule. Le procureur du roi, en tant que procureur du roi, est fait pour vous poursuivre, et non pour vous éclairer. La loi, telle qu'on l'a faite, n'a sur les hommes que l'action du bourreau. — D'un bourreau débonnaire, il est vrai , ot qui joue tous les jours avec le coupable devant les tribunaux des scènes analogues à celles de la vieille farce italienne : la loi s'appelle Cassandre, le crime Arlequin; dans leurs démêlés se fourre sans cesse un certain enchanteur en robe noire, grand ami d'Arlequin, et qui, au moyen de certaines paroles, tantôt le rend invisible, tantôt le rend insaisissable, tantôt le montre blanc comme neige au pauvre Cassandre ébahi ; si bien qu'en défmitive Arlequin finit toujours par épouser Colombine, c'est-à-dire la cassette du public ou celle du gouvernement.
Et cela est tout simple : des lois qui ne reposent sur aucune base religieuse et sacrée doivent avoir cette funeste indulgence : elles fournissent au\ méchants mille subterfuges, elles concèdent aux bons le droit de les mépriser; contentes d'un peu de souuiission , elles n'osent prétendre ni au respect ni à l'amour.
Restent donc pour tout refuge la censure bénévole des amis de l'autour, et celle de l'auteur lui-même, qui, l'enthousiasme de la composition passé, évoque lo jugement de son œuvre au tribunal de sa conscience, de sa raison. Tout bien pesé, c'est à cette dernière censure que nous nous contierons ; car, ou les amis sont prévoînis et applaudissent tout, ou ils font des objections qu'on trouve mauvaises et dont le résultat est sou\ent contraire à celui qu'on se proposiiit.
l'ne telle censure n'ofl're peut-être pas de grandes garanties d'impartialité ; elle allonge peut-être inutilement le volume; et
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ce n'est pas enfin une chose qui se fasse ordinairement. Sur les deux premiers points, on nous tiendra compte de l'intention, qui est lioiuiêlc ; eii ce qui ronccrne le dcrmer, ce lisre ressemblera toujours par assez de cotés vulgaires à tous les livres qu'on fait, pour que nous redoutions peu le reproche de viser à la nouveauté.
Le censeur roNal aurait s.uis doiilc hillé («Tlaiiies choses peu respectueuses pour la lé^^alité daujourdliui ; mais peut-être que, sous le régime des censeurs royaux, il ne nous serait pas venu à la pensée d'écrire ces choses-là.
Le chanoine théologal du diocèse nous aurait conseillé de chercher moins, dans les choses de relijj^ion, le côté terrestrement et humainement avantageux , d'y chercher davantage le but véritablement religieux et spirituel ; de ne pas nous attacher à montrer dans la pratique des devoirs du chrétien un intérêt du bien-être matériel, (jui s'y trouve à la vérité, mais qui n'e^t après tout qu'un petit intérêt devant les grandes et éternelles récompenses que Dieu réserve à la foi constante dans les épreuves et solide dans le malheur.
11 nous aurait averti aussi d'être plus charitable quand nous parlons des hommes, même des hérétiques, môme des méchants; il nous aurait dit de formuler notre véritable pensée de telle sorte qu'on ne pût jamais appliquer ce que nous disons du protestantisme, qui est exécrable, à tous les protestants indistinctement, qui peuvent parfois nous montrer dans leurs erreurs de trèsgrandes vertus, bien que ces vertus ne soient qu'accidentelles, et soient de l'homme, par conséquent faillibles et périssables, non de la foi, qui les ferait solides et éternelles. Un protestant peut valoir beaucoup mieux que sa religion.
Le théologal et le censeur nous auraient peut-être obligé de supprimer dans le chapitre intitulé : Ames en peine, tout ce qui est à la défense du duel , bien que cela soit allégué au milieu d'une discussion par un interlocuteur qui n'est pas chrétien; de peur que les passions et les sophismes ne prissent là des arguments qu'un catiiolique ne doit pas fournir contre la loi de Dieu. Puisque nous avons laissé subsister ce passage, et qu'il est trop tard pour l'effixcer, expliquons-le.
Tout ce qui est dit en faveur du duel n'est pas dit, nous le répétons, par un chrétien; nous n'avons pas un instant songé à faiie l'apologie d'un crime, et nous n'entreprenons jamais de défendre ce que l'Église a condamné. En mettant ces argument> dans la bouche d'un homme du monde, nous voulons seulement
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conduire les esprits sages et droits à cette conviction, que lus sociétés humaines ne brisent pas impunément le lien religieux, et qu'il ei>i des droits essentiels, des droits conservateurs de la tranquillité publique et de la vie des citoyens, que les lois athées ne possèdent ^a<. Non, vous ne pourrez jamais exclure le duel d'une société qui n'est point religieusement constituée. Vous aurez beau faire des lois, les mœurs seront plus fortes; elles feront un contre-poids plus lourd que toute votre législation , et enlèveront toujours le plateau de la balance oîi vous aurez mis votre loi toute sèche et tonte matérielle, votre loi sans religion. Nul trii)uual n'aura le cœur de condamner l'homme qui se sera battu pour venger son honneur que vous n'aurez pu défendre ; ou, si le tribunal condamne, il faudra faire grâce, car l'opinion cassera le jugement. Mais si le juge peut un jour dire au duelliste : « La société t'a pris à ta naissimce , et t'a instruit « dans la loi de Dieu ; elle t'a dit que cette loi défend l'homicide ; « elle t'a dit que, si les hommes te faisaient tort. Dieu te ferait <« justice un jour; elle a appris ces choses à ton advei"saire « connue à toi-même; et tous deux, vous avez su par ses soins « que la volonté céleste est que vous ne portiez point dommage «( à autrui, quelles que soient les circonstances où vous place la « vie humaine. Cependant tuas dédaigné ces prescriptions , tu « ne t'es confié ni aux hommes, qui sont de bonne foi, ni à 0 Dieu, qui ne peut errer: je te condamne. »> Le juge pourra, en eiïet, condamner ; mais les occiisions en seront rares , et l'on respectera son jugement.
Maintenant nous avons tout dit ; maintenant /e.s Pèlerinages^ de Suisse appartieiment s^ms réserve au bras séculier.