LES JÉSUITES
L'œuvre de Canisius subsiste à Fribourg, où son nom et sa tombe sont encore en vénération. Les jésuites ont contiimé d'occuper la grande maison qu'il a bâtie, jusqu'à la dissolution de Tordre, arrachée à Clément XIY; ils y sont revenus depuis. Leur vie est toujours la même : c'est la règle dans sa rigueur, Tétude infatigable, l'infatigable charité, Tinfatigable dévouement du xvi' siècle. Lorsqu'on parcourt ces vastes et paisibles corridors, ornés de pauvres tableaux représentant les martyrs, les saints, les supérieurs et les docteurs de la compagnie, il semble qu'on ait re-uléde trois siècles, etl'on s'étonne des'y voir. On pourrait s'étonner plus encore, lorsque, pénétrant dans les cellules pauvres et nues des religieux, on se trouve face à face avec ces hommes dont la passion et l'erreur ont fait de si étranges portraits.
C'est à Rome que pour la première fois j'ai vu des jésuites. Ainsi que ceux de mon âge et de ma condition, j'avais appris à les connaître dans les pamphlets du temps, et ne tenais d'aucune autre source tout ce que je pensiiis en savoir. A peine m'était-il venu à l'esprit qu'on pût les étudier ailleurs. Je croyais vaguement au prétendu mystère de leurs fameuses constitutions, au non moins célèbre lieu commun de leur .mibition temporelle, à la facilité de leurs principes, aux restrictions mentales dont j'avais tant ouï parler, à leur passion politique : bref, je ne i)énétrai point leur maison, malgré les bonnes dispositions où ma raison s'efforçait d'être, sans quelque s.aisissomrnt. comme s'il se fût agi pour moi d'une espèce d'initiation. .le déciuivris, en effet, beaucoup de choses, mais non du coté que j'attendais, où il n'y a qu'à oublier.
Je vis des chrétiens semblables aux chrétiens des vieux temps, rien de plus. Le spectacle était assez beau et assez nouveau comme cela pour un pauvre jeune homme quasilibéral , qui n'avait guère fait autre chose, jusqu'à sa vingtquatrième année, que juger tous les jours les philosophios, les religions, les orateurs, les vaudevilles, les danseurs et les gouvernements. Il me parut que ces hommes en savaient plus que nous, étaient meilleurs et plus sages que nous. Je me vantais de ne sentir plus de colère politique, et ils m'apprirent en quelques mots l'impartialité. Devenus citoyens du monde , mais seulement en attendant le ciel, l'éternelle et unique patrie, ils jugent les choses d'une hauteur oii n'arrivent guère les frénésies que nous leur supposons gratuitement, les sentant trop violentes en nous, même quand nous nous croyons sages, pour imaginer un état où l'on ne les éprouve pas.
La source de tant de faux jugements sur la religion et les prêtres, c'est qu'ils sont portés communément par des hommes qui ne connaissent ni les prêtres ni la religion, et qui se contentent de les détester. Les jésuites en ont particulièrement souffert. Nés au milieu de la réforme, institués pour la combattre, et de tout temps ses plus redoutables ennemis, ils ont eu de tout temps aussi affaire à des adversaires dont les plus honnêtes furent au moins très-peu scrupuleux * . Et parce qu'ils se sont montrés très-
1 Calvin eu quelques mots a tracé un bel éloge des jésuites, et indiqué une manière de les combattre dont on ne s'est guère écarté. « Pour ce « qui est des jésuites, qui sont nos plus grands adversaires, il faut les « faire périr, ou, si cela souffre trop de dillicultes, il faut les chasser, « ou du moins les accabler d'impostures et de calonmies. » Voici, pour ceux qui pouriaient suspecter notre citation , le texte même du réformateur ; il est clair : « Jesuita; vero, ijui se maxime opponunt nobis, aul « necandi, aut, si hoc commode tieri non potest, ejiciendi, aut certe <( mendaciis et calumniis opprimendi. » ( Calvin, apud Uecan., Aphor. 13. de modo propagandi Calvinismum.)
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actifs à défendre ce que ceux-ci attaquaient partout, sans relâche et sans mesure ; parce que la réforme ayant donné naissance à l'esprit républicain , les jésuites en combattant pour la foi se trouvèrent combattre pour l'autorité. on les accusa d'ambition, de despotisme, d'appétit des grandeui*s et du pouvoir. Il serait temps, ce nous semble, d'envisager plus sainement tout cela. Luther, Zwingli, Calvin, Henri VIII, tous ceux, haut et bas, qu'on appelle réformateurs, avaient de l'ambition, et ne se sont point gênés d'en montrer. Ils visaient à une grande influence, à une grande autorité; ils se révoltaient contre l'Église pour violer leurs vœux de prêtres, ou s'élever au-dessus de leurs devoirs de citoyens; ils voulaient des femmes, et en preuiient même plus d'une; du vin dans leurs caves, et en avaient; de l'or dans leurs coffres, et en entassaient; de Tautorité spirituelle, et se proclamaient chefs de l'Église; du pouvoir sur les adversaires et les ennemis temporels, et les excommuniaient, les décapitaient, les brûlaient, les sabraient, les convertissaient à coups de fusil. Ceux qui n'étaient pas grands seigneurs flattaient bassement les princes et les magistrats, leur donnant tout pouvoir sur les choses de foi, tout droit de spolier les catholiques, toutes permissions d'outrager la morale en sûreté de conscience. Le landgrave de Hesse épousa légitimement deux femmes, de par Luther et Mélanchthon *.
» Mélanchthon poraiettait aussi à Henri VIII de consener à la fois CathcriiH' et Anne do lioleyn. Plus tard on se souvint de ces leçons; Burnett, consulté sur les moyens d'assurer la succession au ln>ne d'Angleterre, composa un mémoire dans lequel il proposait de faire déclarer nul le maria. ce de Charles îl, ou de lui donn»^r doux femmes à la fois. Avec l'approbation des ministres calvinistes, Fred»»ric-Ctuillaume II, roi de Prusse, en eut trois vivantes en même temps : la reine, la princesse de Ilesso et la comtesse d'EnofT. Ces ministres lui auraient - ' it permis d'en prendre une quatrième : M"<de Voss. J'emprunt»^ ■ r
fait aux notes de l'énidit abbé Robelol sur V Influence île la réformatum (if lAtther,
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Voilà bien de ce coté l'avidité, la courtisanerie, le despotisme , l'intolérance et quel(|ue chose de plus. Rappelezvous maintenant cette esquisse incomplète de la vie du P. Canisius, puis comparez. Or Tesprit d'un jésuite est celui de l'ordre tout entier. Aujourd'hui que la première ferveur réformatrice est un peu calmée, les pasteurs ont au moins le désir visible de vivre à leur aise, et l'ambition, louable chez des pères de famille, de laisser quelque chose à mesdames leurs épouses et à messieurs leurs enfants. Les jésuites, maintenant comme toujours, ont l'ambition de fournir beaucoup de martyrs et d'opérer beaucoup de con\ersions. Ils ne possèdent rien, pas même la robe rapiécée dans laquelle ils meurent. Après la paix donnée aux âmes, un peu de cendre à la terre, c'est tout ce qu'ils laissent en partant. — Et les dignités ecclésiastiques? diront quelques-uns. 11 ne m'appartient point de railler ceux-là : j'ai longtemps moi-même ignoré que les jésuites ne peuvent rien accepter; ils ne peuvent pas même remplir les fonctions sacerdotales qui ra[» portent quelques honoraires. Ils confessent , ils communient, ils assistent les mourants, ils enseignent, ils meurent pour l'amour de Dieu.
On leur reproche l'ambition; leur véritable crime est plutôt de n'en point avoir. Ce dévouement entier à l'œuvre sainte, voilà ce qui blesse. Plus occupés de leurs intérêts personnels, ils seraient moins gênants, et tel philosophe ou réformateur entravé par un jésuite aurait voulu de bon cœur le voir à la poursuite de la mitre ou du chapeau.
Quant à cette autre accusation de favoriser les gouvernement^ contre les peuples *, il faut le dire franche-
> Quand les rois étaient les plus forts, on faisait un crime aux jésuites de vouloir renverser les rois; l'irréligion des lettrés a toujours été basse.
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ment, elle est absurde. Que les rois aient expulsé les jésuites, jusqu'à un certain point nous le coucevrons. Mais qu'on ait persuadé aux peuples qu'ils devaient s'en réjouir, c'est un de ces toui^ de force où leur inintelligence éclate en plein, et qui donnent tant d'audace aux manipula' eurs d'esprit public. La morale chrétienne contrarie souvent les princes; mais nous voudrions que les peuples, «i courroucés contre elle et ses ministres, pussent nous dire une bonne fois le mal qu'ils en ont reçu. La religion, quoi qu'où fasse et qu'on prétende, ne peut avoir qu'un langage; elle dit au riche : Renonce et donne; au pauvre : Espère et remercie; au puissant : Sois juste, Dieu peut te précipiter; au faible : Sois patient. Dieu le couronnera. Est-ce donc aux pauvres et aux faibles à se fâcher? Et qu'on ne crie pas que c'est là de la théorie : c'est de la pratique de tous les jours et de tous les temps. Je ferais volontiers serment que jamais jésuites confesseurs de princes n'ont fait entendre d'autres paroles à leurs pénitents couronnés; car je sais quelle est leur \'ie intérieure; car je sais quels exercices de piété, quelles méditations leur mettent sans cesse sous les \eux tous leurs devoirs de chrétiens et de prêtres, quelle discipline sévère veille toujours à ce qu'ils ne s'en écartent piis. Je sais que même une nature perverse serait domptée par cette règle de fer, dont la connaissance du cœur de l'homme, l'étude approfondie des institutions claustrales, le jeûne, la prière, l'invocation du Saint-Esprit, ont inspiré à Siiint Ignace toutes les dispositions. Quand des religieux se sont maintenus durant trois cents ans si fermes et si purs, que toutes les calomnies n'ont pas même ef Heure la réputation de leui's mœuçs, nul n'a droit de dire (ju'ils se soient écartés sur d'autres poinb? des prescriptions de la loi sainte, et il sullit de saNoir ce
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qu elle leur commaiide pour savoir ce qu'ils font. Ah ! si seulement nos publicistes el nos historiens relisaient une bonne fois l'fivangile, que de choses ils apprendraient, que de pauvretés mensongères ils n'écriraient pas, et que de niaiseries ils ne feraient point répéter !... Au demeurant, nous voyons en plus d'un pays des corps envahisseurs, des princes débauchés, des partis séditieux, des hérétiques avoués et déguisés, des écrivains peu moraux et mal instruits, déclamer contre les jésuites, les persécuter, les chasser; et cela se comprend. xMais ce malheureux peuple, qu'a-t-il à crier par-dessus tout contre des hommes qui prêchent Taumône, l'équité, la douceur, la fraternité chrétienne, et partout, librement, répandent l'instruction? — Voyons, il n'y a plus de jésuites en France, vous n'êtes pas exposés à recevoir l'instruction gratuite dans une de leurs maisons , les processions ne sortent plus de l'église, on a donné à Voltaire, qui outragea Jeanne d'Arc, le temple d'où l'on a chassé sainte Geneviève, qui fit reculer Attila; et cette belle œuvre a coûté plus d'argent qu'il n'en faudrait poui' dire cinq cent mille messes; c'est, je crois, tout ce que vous demandiez : en étes-vous plus heureux ?
Les jésuites n'appartiennent pas aux gouvernements contre les peuples, ni aux peuples contre les gouvernements; ils appartiennent à la religion pour tous ceux qui la servent, contre tous ceux qui l'oppriment, et ne savent point d'autre politique que celle-là. Qui veut pratiquer et maintenir la foi catholique les a pour amis ; qui veut la maintenir parmi les peuples et l'enfreindre personnellement, reçoit leur appui et entend leurs remontrances; qui veut la persécuter et l'abolir doit les combattre. Ils usent, dans tous les cas, des armes qu'on leur connaît, et elles ne sont point cachées; et il est moins
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difficile de les chasser et de les tuer que de les réduire au silence ou à riuaction. Du leste, persuadés dans leur foi sublime d'une vérité admirablement prouvée par T histoire, et par le catéchisme encore mieuï, ils pensent qu'un peuple chrétien ne saurait ni être si longtemps ni si entièrement malheureux qu'un peuple infidèle, et que nul peuple, sauf les événements, ne saurait être à plaindre sous un prince sincèrement chrétien. Faire donc des chrétiens, c'est-à-dire des hommes justes, confiant*, résignés, éclairés, c'est ce qu'ils cherchent avant tout et partout , sans se préoccuper des formes sociales , qui ne sont point de leur ressort, que leur œuvre domine, et qui, toujours d'invention humaine, seront toujours fertiles en abus, tant que l'aveuglement des nations leur donnera le pas sur les vérités célestes. La vie dégagée des soins du salut ne leur semble pas si importante, les biens mortels que nous cherchons ne leur paraissent pas tellement dignes d'envie, et nos ambitions de vaine gloire et de pouvoir tellement utiles, qu'ils dussent beaucoup s'attacher à les satisfaire. Ils aiment mieux gniver dans l'âme cette certitude, autrement secourable, que l'existence est toujours assez longue, assez douce, assez remplie, qui mène à Dieu. Apprenez quels chemins, quelles actions, quels labeurs conduisent à ce but suprèn)e, et vous verrez si la pensée des jésuites, qui d'ailleui's n'est que la pensée de l'Église depuis dixhuit cents ans, serait inféconde pour le bouheur de l'humanité. Lii meilleure société possible, la seule société possible est là.
Je pourrais embrasser ici toutes les objections qu'élèvent les diverses théories du moment , les combattre . les vaincre, non par ma force, je n'en ai pas, mais par la vérité, qui est toute-puissiinte. Je pourrais monti'er
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aux plus habiles qu'ils en sont à vouloir faire entrer légalement parmi les forces sociales la plupart des vices qui troublent la société, la pervertissent et la font mourir dans le déshonneur. Comme si, de proclamer que le mal est bon, c'était détruire le mal! La facilité du combat m'y tente; mais cela pousserait bien loin ces pages légères; et puis, que peut dire un chrétien à des hommes qui ne croient pas au péché originel, à l'expiation, à la pénitence? Il faut se borner à les plaindre , et se souvenir d'eux lorsqu'à la prière du soir nous supplions le divin Maître de secourir les agonisants, de convertir les hérétiques et d'éclairer les infidèles. Dieu, dans sa clémence inflnie, leur fait déjà la grâce de ne point arriver au terme de leurs projets insensés. Peut-être daignerat-il un jour accorder plus encore à ces infortunés; car il en est beaucoup dont Tame est sincère, dont le cœur est bon.
Les jésuites tiennent à Fribourg un pensionnat célèbre. Jls y donnent une éducation conforme aux principes que je viens d'expliquer. La politique y prend peu de place; mais les jeunes gens qui sortent de leurs mains sont aptes à juger bien vite en connaissance de cause. C'est un précepte des jésuites , que le chrétien ne doit être inférieur en connaissances à homme qui soit au monde, comme il doit tendre toujours à dépasser les autres en charité et en humilité. Sur cette double base ils asseyent leur enseignement. Mais la base religieuse, la plus difficile à bien établir et la plus importante, est celle dont ils s'occupent le plus. Je ne sais pas de meilleure méthode pour faire des hommes instruits, des hommes comme il faut, et de bons citoyens. Du reste, musique, dessin, langues étrangères, aucun de ces talents que la marche des temps obUge d'ajouter aux vieilles études, n'est proscrit ni
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même négligé chez eux, et Ton peut leur rendre cette justice, qu'étant tous hommes de grand savoir, et pour la plupart gens de famille et du haut monde, ils s" entendent à former ce qu on appelait jadis un cavalier parfait. Leurs élevés ont de bonne heure le sens fait et des manières convenables. Un ne les rencontre jamais daus les rues décLirés, effrontés, malpropres, Tœil hagard, les cheveux sauvages. Us savent paraître devant quelqu'un; ils sont doux, polis, bien tenus dans leur simple uniforme. Tous les matins, la messe les prépare à l'étude. Souvent encore, le soir, ils vont à la chapelle du pensionnat chanter en chœur les cantiques sacrés. L'âme la plus rebelle reçoit ainsi des impressions qui peuvent s'oublier au milieu du monde, mais qui ne s'effacent pas ; qui renaissent, au contraire, dans le cours de la >ie, comme de bonnes inspirations, et qui, rappelant des jours de paix, d'innocence et de ferveur, incitent à retrouver la voie de ces trésors [jerdus. 11 faut bien que cette éducation offre d'innnenses avantages, puisqu'elle est appréciée par ceux - là mêmes qu'on y croirait le moins disposés. Des jeunes gens viennent à Fribourg de tous les points de la Suisse et de la France, et les familles qui les envoient sont de toutes les opinions en matière politique et religieuse : libéraux, légitimistes, juste-milieu, indiltVrents, impies. C'est que beaucoup d'hommes n'aiment pas Dieu, ou ne s'en occupent point , qui cependant veulent être aimés de leurs enfants. Ils songent à la vieillesse délaissée de leurs pères, ils redoutent un sort pareil, et désirent que le collège leur rende un fils en même temps qu'un bachelier.
Voilà tout ce que j'ai appris sur les jésuites, à Home, à Naples, à Fribourg, à Schwitz, partout où j'en ai vu, et c'est tout ce qui eu est. Je le publie simplement, sans
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craiiidro les méchantes interprétatiuns, ])aiTe rpie j'en dis bien assez pour les gens de bonne foi , et que je ne • m'occupe pas des autres. J'ajoute qu'il est indigne de tout ce qu'il y a de passable en ces temps-ci, de les poursuivre comme on lait, et que tant de gens fiers de se dévouer à tant de théories devraient avoir plus de respect pour des hommes qui poursuivent la plus belle et la plus certaine théorie avec le plus sublime et le plus entier dévouement; ne voulant rien pour eux , ni places, ni fortune, ni autorité, ni gloire : désii'ant seulement la satisfaction de Dieu et le bonheur de l'humanité. Certes j'aime beaucoup les jésuites, puisque, après Dieu, je leur dois ma conversion. Mais cette même religion, dans laquelle ils m'ont instruit, m'apprend à aimer encore plus la vérité. Si j'avais aperçu en eux quoi que ce soit qui pût blesser en ces temps -ci les opinions consciencieuses, les intérêts légitimes, quoi que ce soit qui fût intérêt personnel, dévouement aux partis, et qui n'éclatât point de la plus austère pureté, je les aimerais encore, car ce sont de nobles chrétiens; mais je me tairais sur eux. Puisque j'en dis du bien, il faut me croire; c'est aux gens d'honneur que je m'adresse ici, et je défie tout honnête homme qui ne serait pas trop ignorant d'en parler autrement que je ne fais.
Il y aurait manque de courage , après ce que je viens d'écrire, à ne pas exprimer hautement un vœu qui est celui de toutes les familles chrétiennes et de bien d'autres : puisse la France, dépouillée de ses préjugés et de ses craintes ridicules, rappeler dans son sein ces vénérables instituteurs de la jeunesse, et rendre les jésuites h tant de citoyens qui sont obligés aujourd'hui d'expatrier leurs enfants pour les mettre à même de recevoir la seule éducation à laquelle ils puissent se fier!