‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 29 sur 71 · LÉGISLATEUR · texte numérisé non relu

LÉGISLATEUR

V^Elui qui ose entreprendre d'instituée un peuple, doit se sentir en état do changer, pour ainsi dire, la Nature humaine, de transformer chaque individu*'

96 ê Les PENshs tyii, par lui-même , est un tout parfait et solitaire , en partie d'un plus grand tout dont cet individu reçoive en quelque sorte sa vie et son être ; d'altérer la constitution àfi l'homme pour la renforcer ;. de substituer une existence partielle et morale à l'existence physique et indépendante que nous avons reçue de la Nature. Il faut , en un mot , qu'il ôte à l'homme ses forces propres f pour lui en donner qui lui soient étrangères y et dont il ne puisse faire usage sans le secours d'autrui. Plus ces forces naturelles sont mortes et anéanties , plus les acquises sont grandes et durables , plus; aussi l'institution est solide et parfaite :

ensorte que si chaque Citoyen n'est rien, nt peut rien que par tous les autres , et que la force acquise par-tout soit égale ou supérieure à la somme des forces naturelles de tous les individus , on peut dire que la Législation est au plus haut point de perfection qu'elle puisse atteindre.

S'il est vrai qu'un grand Prince est un homme rare , que sera-ce d'un grand Législateur ? Le premier n'a qu'à suivre le modèle que l'autre doit proposer.* Ce* lyi-ci,esi Je JVlévhankien qui invente la

maenîne ,

Oï J.' J. ROUSSEAU. $7

machine , celui-là n'est que 1 ouvrier qui la inonte et la fait marcher.

Un Peuple ne devient célèbre que quand sa Législation commence à décliner. On ignore durant combien de siècles l'institution de LyctirgUe fit le bon* heur des Spartiates avant qu'il fût question d'eux dans le reste de la Grèce.

v/Esî à la Loi seule que les hommes doivent la justice et la liberté. C'est cet organe volontaire de la volonté de tous * qui rétablit dans le droit l'égalité naturelle entre les hommes. C'est cette voix céleste qui dicte à chaque Citoyen les préceptes de la raison publique , et lui apprend à agir selon les maximes de son propre jugement, et à n'être pas en contradiction avec lai-même. C'est elle seule aussi que les chefs doivent faire parler quand ils commandent ; car sitôt qu'indépendamment des Lois un homme -en prétend soumettre un autre à sa volonté privée , il sort à l'instant de l'état civil f " st se met vis-à-vis de lui dans le put état de nature où. l'obéissance n'est 1. Partie. i

Qt Lts Pensées

jamais prescrite que par la nécessitée . La Loi dont on abuse , sert à la fois an puissant d'arme offensive et de bouclier contre le foible ; et le prétexte du bien public est toujours le plus dangereux fléau du Peuple. Ce qu'il y a de plus nécessaire , et peut-être de plus difficile dans le gouvernement , c'est uni intégrité sévère à rendre justice à tous, et sur-tout à protéger le pauvre contre la tyrannie du riche. Le plus grand mal est déjà fait » quand on a des pauvres à défendre et des riches à contenir. C'est sur la médiocrité seule que s'exerce toute là force âei Lois ; elles sont également impuissantes contre les trésors du riche et contre la misère du pauvre ; le prêt mier les élude , le second leur échappe; l'un brise la toile , et l'autre passe au travers.

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