‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 36 sur 71 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

J nous étions immortels , nous sërîonjs (lés ' êtres bien misérables. Il est dur de mourir j mais il est dou$ d'espérer qu'on ne vivra pas toujours» et qu'une meilleure vie finira les peines de celle-ci.

Ci Ton nous offroit l'immortalité sur la terre , qui est-ce. qui voudroit accepter ce triste présent? Quelle ressource» quel, espoir , quelle consolation nous resrerôkil contre les rigueurs ^u sort et contre les' injustices des hommes ? L'ignorant, qui ne prévoit rien» sent peu le prix de la vie et craint peu de la perdre ; l'homme éclairé voit des biens d'un plus grand prix qu'il préfère à celui-là. Il n'y a que le demi-savoir et la fausse sagesse qui , prolongeant nos vues jusqu'à la mort» et j>as aurdilà, en font pour nous je pire

de J. J. Rousseau. 12* des maux. La nécessité de mourir n'est à l'homme sage qu'une raison pour Supporter les peines de la vie* Si Ton n'étoit pas sûr de la perdre une fois , elle coûter oit trop à conserver.

On croit que Phommè a un vif amour, pour sa conservation , et cela est vrai :

mais on ne voit pas que cet amour , tel que nous le sentons , est en grande par* tie l'ouvrage des hommes. Naturellement l'homme ne -s'inquiète pour se conserver r qu'autant que les moyens sont en lort pouvoir; sirôt que ces moyens lui échappent , il se tranquillise et meurt sans se tourmenter inutilement. La pre* mierè loi de la résignation nous vient de la nature. Les sauvages , ainsi que les ibères , se débattent fort peu contre Fa mort y et l'endurent presque sans se plaindre. Cette loi détruire , il s'en forme fine autre qui vient de la raison ; mats peu savent l'en tirer , et cette résignation factice n'est jamais aussi pleine et entière que la première.

Vivre libre et peu tenir aux choses Humaines , est lé meilleur moyen d'apprendre à mourir.

Quand on a gâté sa constitution par Une vie déréglée, on la veut rétablir par '• « La * '

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des remèdes; au mal qu'on sent on ajoute celui qu'on craint ; la prévoyance de la mort la rend horrible et l'accélère ; plus oh la veut fuir , plus on la sent, et l'on meurt de frayeur durant toute sa vie , en murmurant contre la nature , des maux qu'on s'est fak en l'offensant.

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