‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 38 sur 71 · ÉTUDE DU MONDE · texte numérisé non relu

ÉTUDE DU MONDE

JLi'ETUDE du monde est remplie de dît

ficultés , et il est difficile de savoir quelle

place il faut occuper pour le bien con-

4 tioitre* Le philosophe en est trop loin »

*i6 Les Pensées l'homme du monde en esc trop pris* L'on voit trop pour pouvoir réfléchir , l'autre trop peu pour juger du tableau total. Chaque objet qui frappe le philosophe , il le considère à part , et n'en pouvant discerner ni les liaisons ni les rapports avec d'autres objets qui sont hors de sa portée , il ne le voit jamais à sa place , et n'en sent ni la raison ni les vrais effets. L'homme du monde voit tout et n'a le tems de penser à rien. La mobilité des .objets ne lui permet que de les appercevoir et non de les observer ; ils s'effacent mutuellement avec rapidité , et il ne lui reste du tout que des impressions confuses qui ressemblent au cahos.

On ne peut pas t non plus > voir et méditer alternativement « parce que le.

spectacle exige une continuité d'attention , qui interrompt la réflexion. Un homme qui voudroit diviser son tems par intervalles entre le monde et la solitude , toujours agité dans sa retraite et toujours étranger dans le monde , ne seroit bien nulle part. Il n'y auroit d'autre moyen que de partager sa vie entière en deux grands espaces , l'un pour voir > l'autre pour réfléchir : mais cela 4

de J. J. Rousseau. x;x même est presque impossible ; car là raison n'est pas un meuble qu'on pose et qu'on reprenne à son gré ; et quiconque a* pu vivre dix ans tans penser , ne pensera de sa vie*

C'est encore une folie de vouloir étu»dier le monde en simple spectateur. Celui' qui ne prétend qu'obçerver n'observé rien , parce qu'étant inutile dans les affaires et importun dans les plaisirs , il n'est admis nulle part. On ne voit agir les autres qu'autant qu'on agit soi-même ; dans l'école du monde comme dans celle de l'amour, il faut commencer par pratiquer ce qu'on veut apprendre.

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