‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 52 sur 71 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

f N des grands vices de l'histoire est qu'elle peint beaucoup plus les hommes par leurs mauvais côtés que par les bons; comme elle n'est intéressante que par les révolutions» les catastrophes , tant qu'un peuple croît et prospère dans le calme d'un paisible gouvernement , elle n'en dit rien, elle ne commence à en parler / " que

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411e quand, ne pouvant plus se suffira lui* même , il prend part aux affaires de sep voisins , ou les laisse prendre part aux siennes. Elle ne l'illustre que quand il est déjà sur son déclin : toutes nos histoires commencent où elles devraient finir* Nous avons fort exactement celle des peuples qui se détruisent ; ce qui nous manque , c'est celle des peuples qui se multiplient , ils sont assez heureux et assez sages pour qu'elle n'ait rien à dire d'eux : et en effet, nous voyons, même de nos jours, que les gouvernemens qui te conduisent le mieux , sont ceux dont on parle le moins.

11 s'en faut bien que les faits décrits dans l'histoire , ne soient la peinture exacte des mêmes faits tels qu'ils sont arrivés. Ils changent de forme dans la tête de l'historien ; ils se moulent sur ses intérêts , ils prennent la teinture de ses préjuges. Qui est-ce qui sait mettre exactement le lecteur au lieu de la scène pour voir un événement tel qu'il s'est passé 1 L'ignorance ou la partialité déguisent tout. Sans altérer même un trait historique , en étendant ou resser-, rant des circonstances qui s'y rapportent * que de faces différentes on peut IL Partie. B

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h\i donner ! Mettes un même objet S divers point de vue , à peine parottra-t-i!

le même , et pourtant rien n'aura changé que l'œil du spectateur.

L'histoire montre bien plus les actions que les hommes , parce qu'elle' ne saisit ceux-ci que dans certains momens choisis , dans leurs vêtemens de parade ; elle n'expose que l'homme public qui s'est arrangé pour être vu. Elle ne le suit point élans sa maison , dans son cabinet , dans ta famille , au milieu de ses amis ; elle nû le peint que quand il représente ; c'est bien plus son habit que sa personne qu'elle peint.

La lecture des vies particulières ttt préférable pour commencer l'étude du cœur humain ; car alors Fhomme a beau te dérober, l'historien le poursuit partout ; il ne lui laisse aucun moment de relâche , aucun recoin pour éviter l'œil perçant du spectateur; et c'est quand l'un croit mieux se cacher, que l'autre le fait mieux connoître. » Ceux , dit » Montagne , qui écrivent les vies , d'au* rà tant qu'il s'amusent plus aux conseils » qu'aux événemens , plus à ce qui s* » passe au-dedans , qu'à ce qui arriver » au- dehors , ceux- là me sont pluspro-

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» près : voilà pourquoi c'est mon Hbm* i* me que Plutarque. «

Il est vrai que le génie des hommes assemblés ou des peuples , est fort différent du caractère de l'homme en parti* çulier, et que ce seroit connoître très* imparfaitement le cœur humain , que de sje pas l'examiner aussi dans la multitude ; mais il n'est pas moins vrai qu'il faut commencer par étudier l'homme pour juger les hommes , et que qui connoîtroit parfaitement les penchans de chaque individu , pourroit prévoir tout les effets combines dans le corps dis peuple.

, Les anciens historiens sont remplis de vues dont on pourroit faire usage, quand même les faits qui les présentent seraient faux : mais nous ne savons tirer aucun vrai parti de l'histoire i la critique d'érudition absorbe tout , comme s'il importoit beaucoup qu'un fait fût vrai »

pourvu qu'on en pût tirer une instruction utile. Les hommes sensés doivent regarder l'histoire comme un tissu de fables dont la morale est très- appropriée au coeur humain.

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