HOMME SAUVAGE
1-jEs désirs de l'Hommesauvage ne passent pas-ses besoins physiques : les seule biens qu'il eonnoisse dans l'univers sont h nourriture , une femeHe et le repos :
les seuls -maux qt/il craigne , sont la doubleur et non la mort j *ar jamaMjfaojjnal
î* Les: Pense.es
ne saura ce que c'est que mourir ; et h connoissance de la mort et de ses terreurs , est «une des premières acquisition* que l'Homme ait faites , en s'éloignant de la condition animale.
Seul , oisif, et toujours voisin flu dan»
ger, l'Homme sauvage doit aimer à dormir, et av«4r le sommeil léger comme les animaux qui pensent peu , dorment, pour ainsi dire , tout le tems qu'ils ne pensent point. Sa propre conservation faisant presque son unique soin , ses tacultes les plus exercées doivent être celles qui ont pour objet principal l'attaque et la défeSise , soit pour subjuguer sa proie, soit p*ur se garantir d'être celle d'un autre animal **u contraire, les ortancs qui ne se perfectionnent que par la Mollesse et la sensualité , doivent rester dans un état de grossièreté , qui exclut en lui toute espèce de délicatesse ; et ses sens se trouvant partagés sur ce point, il aura le toucher et le goût d'une ru.
d «se «xtrême, la vue, ^'«^ tât de la plus grande subtilité. Tel est l'état animal en général , et c'est aussi , selon le rapport des voyageurs , celui de la plàfcart des peuples sauvages.
Le > corps de l'homme sauvage ét^ntle
de J. J. Rousseau. 37 seul instrument qu'il conuoisse , i! remploie à divers usages, dont par le défaut d'exercice» les nôtres sont incapables ; et c'est notre industrie qui nous ôte la force et l'agilité que la nécessité oblige d'acquérir. S'il avoit eu une hache , son poignet romproir-il de si fortes branches ? S'il avoit eu une fronde, laneeroit-il delà main une pierre avec tant de roideur I S'il 'avoir eu une échelle, grimperoit?il si légèrement sur un arbre ! s'il avoit eu un -cheval , moi t- il si vfte à la cour* -se 1 Laisses à l'Homme civilisé le tems «le rassembler toutes ses machines autour de lui : ôa ne peut douter qu'il ne surmonte facilement l'Homme sauvage :
mats si vous voulez voir un combat plus inégal encore , mertez-lei nuds et désarmés vis-à-vis l'un de l'autre ; et vous cotinoîtrez bientôt quel est l'avantage d'avoir sans cesse toutes ses forces à sa disposition » d'être toujours prêt à tout -événement , et de se porter , pour ainsi dire , toujours tout entier avec soi.
Il y a deux sortes d'Hommes dont les corps sont dans un exercice continuel , et qui sûrement songent aussi peu les tins que les autres à cultiver leur ame ; savoir , les paysans et les sauvages. Lee //. Partii. D
premiers sont rustiques , grossiers » mal* .adroits ; les autres connus par leur grand sens , le sont encore par la subtilité de leur esprit : généralement il n'y a rien de plus lourd qu'un paysan , ni rien de plus fin qu'un sauvage. D'où vient cette .différence \ C'est que le premier faisant tout ce qu'on lui commande , ou ce qu'il a vu faire à son père , ou ce qu'il a fait lui-même dès sa jeunesse , ne va jamais que par routine » et dans sa vie presqu'autpmate , occupé sans cesse des mêmes travaux , l'habitude et l'obéissance lui tiennent lieu de raison.
Pour le sauvage , c'est autre chose ; n'étant attaché à aucun lieu , n'ayant point de tache prescrite , n'obéissant â personne , sans autre loi que sa volonté y il est forcé de raisonner à chaque action de sa vie , il ne fait pas un mouvement , pas un pas , sans en avoir d'avance envisagé les suites. Ainsi plus son corps s'exerce , plus son esprit s'éclaire ; sa force et sa raison croissent à-lafois « et s'étendent l'uue par l'autre.
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