L'ORATOIRE DE M»' DE WARENS
L'ORATOIRE DE Mm< DE WARENS
Aux Charmettes, Tœpffer n'a vu que le prie-Dieu de Mme de Warens. Alors qu'il professait la rhétorique à l'Académie des belles-lettres, à Genève, tout en dirigeant son pensionnat, Tœpffer aimait, l'été venu, ou dans les vacances, s'en aller joyeusement, avec ses élèves, explorer les Alpes. La Savoie, l'Oberland. le Piémont, le Dauphiné furent, tour à tour, le but de ces excursions pédestres, consignées dans les deux séries des Voyages en îig-%agi Paris. 1843-1853, 2 vol. gr. in-80.' Dans les Nouveaux voyages en %ig-%ag} — voyage à la Grande-Chartreuse, 3e journée, pages 21 à 23, — il dit :
« On ne passe guère à Chambéry sans aller faire un pèlerinage aux Charmettes ;
après déjeuner, nous en prenons le chemin. Ce chemin est un sentier solitaire qui court obliquement sur le penchant d'un coteau qu'ombragent d'antiques châtaigners, et quelques fermes éparses, où l'on entend de loin mugir les vaches et les agneaux bêler, sont les seules habitations qu'on rencontre dans ce canton retiré. Après qu'on a suivi ce sentier pendant une demi-heure, l'on voit sur la droite une maisonnette délabrée... c'est la demeure de Rousseau, la retraite où s'écoulèrent les plus heureuses années de sa vie. Lui-même a décrit cette retraite avec toute l'exactitude de la reconnaissance, mais aussi avec toute la mélancolie du souvenir et des regrets.
« C'est une chose intéressante que de visiter la demeure des grands hommes, et, toutefois, ces sortes de pèlerinages sont le plus souvent une occasion de déceptions et de mécomptes, tant il faut de choses pour satisfaire à l'attente de l'imagination et aux exigences de l'enthousiasme ! Mais pour celui qui s'est figuré les Charmcttes
comme un rustique manoir tirant tout son charme des simples et touchants attraits de la nature qui l'entoure, et tout son lustre du souvenir de l'homme qui l'habita, il n'a point à décompter, et nulle part mieux que sous ces ombrages il ne rencontrera l'ombre de Rousseau. Tout y est en accord avec cette simplicité champêtre, avec cette heureuse vie des champs que lui-même a tant aimée et qu'il a su faire aimer aux autres. Toutefois, si le château de Ferney, avec ses terrasses, ses vastes allées, ses bassins de marbre, ses riches tentures, ses portraits de reines et de princes, rappelle à merveille le vieillard philosophe, épicurien, courtisan et gentilhomme, la masure des Charmettes, si solitaire, si agreste, si retirée, rappelle le Rousseau, célèbre déjà et persécuté, qui rebroussait avec un si sincère amour vers l'obscurité tranquille de ses premiers ans, plutôt qu'elle ne reporte aux temps mêmes où, jeune et inconnu, l'enfant de Genève y coulait en paix d'oisives journées.
« La maison des Charmettes a changé
de maître deux ou troisvfois depuis Rousseau. Dans ce moment, elle n'est pas habitée, et, à moins de notables réparations, elle ne saurait guère l'être. Le petit appartement qu'on y vient visiter renferme quelques meubles du temps et deux ou trois tableaux qui n'ont de remarquable que d'avoir probablement fixé les regards de l'illustre écrivain. Au premier étage, on voit le prie-Dieu de madame de \Varens et le salon de réunion, dont la tapisserie n'a pas été renouvelée. Enfin devant la maison est un petit parterre, à l'extrémité duquel s'élève le pavillon où Rousseau allait travailler, et c'est dans la muraille de ce pavillon qu'on a incrusté un marbre blanc sur lequel sont graves les vers si connus de Hérault de Séchelles. « Pendant notre visite aux Charmettes, le ciel s'est chargé de nuages, et la pluie accompagne notre retour à Chambéry. »
Ce que Toepffer appelle le prie-Dieu était l'oratoire de Mme de Warens. Primitivement, le petit bâtiment, sur le bord du
M^e de WAREXS
remerciant le ciel de l'avoir éclairée
^D'après le tableau de V