XVIII
T>es augures.
L'art des augures est si ancien, qu'il tombe presque dans l'oubli. Il y a encore de bonnes gens qui y croient, et des fripons qui en profitent.
On ajoute foi, même de nos jours, aux hurlemens d'un chien, aux cris d'une chouët-
te ; comme si ces animaux avoient quelque rapport avec ce qui peut nous arriver.
On se fait dire la bonne-fût tune par des mendiants qui, malgré la faculté qu'ils ont de lire dans l'avenir, se laissent souvent tomber dans les mains de la justice, qui les punit toujours comme ils le méritent.
Il y a des tireurs de carte qui promettent de voir dans le jeu, ce qu'on a fait et ce qu'on fera. Ces drôles trouvent des imbécilles qui les payent.
La baguette divinatoire, le verre d'eau, le marc de caffè, le plomb fondu, la salieie renversée, le vin tombé sur la nappe 3 un moine vu d'abord en se levant, sont des affaires de conséquence pour certains pauvres croyans, parce que le hazard aura lait trouver dans une fâcheuse circonstance un moment après une telle prédiction, ou une telle rencontre, ils ne peuvent plus être désabusés.
Hélas ! l'avenir est si caché, que les devins n'ont pour tout bien que ce qu'ils volent.
S xix.
'HDe la religion.
Les bienfaits que les hommes reçoivent chaque jour d'un être au-dessus d'eux, leur inspire un juste sentiment de reconnoissance : ce sentiment s'exprime par le culte divin. Le but de toutes les religions est de rendre hommage au créateur.
On compte dirTérens cultes dans l'Univers, tous annoncent la soumission qu'on doit au Tout-Puissant. Il y a beaucoup d'espèces de religion ; elles prêchent toutes la vertu ; elles tendent au bon ordre. Le fanatisme seul est un monstre dangereux.
§xx.
T>es adversités.
Apprendre de bonne heure à savoir se passer du superflu, sans cesse réfléchir à l'inconstance de tout ce qui nous environne, c'est certainement le moyen de braver toutes
les adversités. La maladie est la plus grande de toutes, surtout lorsqu'elle est une suite de nos déréglemens, car alors le remord se joint à la peine. Cependant le sage sait se consoler, il respecte la main cachée qui le frappe, et la paix est toujours dans son cœur.
La vie est courte : les heureux du siècle passé ne sont plus: que leur reste-t-il de leur grandeur, de cette aisance où se délectoit leur être ?
Les adversités sont un bien ; l'homme égaré par une fougueuse jeunesse, apprend enfin par elles, à tourner un regard sur lui ; elles lui font sentir la foiblesse humaine ; et s'il sait soumettre son cœur au mal qui lui arrive, ce tems de douleur n'est pas perdu, ses égaremens passés lui sont pardonnes.