‹ Les pensées de Mme de WarensChapitre 9 sur 37 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

T>e la solitude.

Vivre dans la solitude, n'est pas se soustraire à ses devoirs, ce n'est pas refuser des secours aux malheureux. On n'a pas besoin pour être dans la solitude, d'aller s'enterrer

dans des grottes, pour y rire des folies humaines et vivre au sein de la paresse et de l'indolence.

Celui qui peut s'arracher au luxe des villes, est sans doute plus heureux que celui qui y est attaché par ses besoins ; mais suivre son devoir est au-dessus de toutes les jouissances. Que vous êtes fortunés, vous que l'harmonie des oiseaux arrache des bras du sommeil, vous qui voyez en vous levant l'astre du jour colorer les campagnes ! chérissez d'autant plus votre bonheur qu'il ne dépend pas du caprice des hommes de vous en priver.

Quelque soient les devoirs d'un homme, il lui reste toujours quelque tems pour converser avec lui-même. Le méchant seul fuit la solitude ; ne tremble-il pas de se connoitre ?

Celui qui sait se suffire à lui-même supportera facilement les revers de la fortune ; il ne pleurera pas les grandeurs ; la privation des honneurs le touchera peu ; sage, il s'applaudira d'être libre.

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