‹ Les Pensées de Pascal, disposées suivant l'ordre du cahier autographeChapitre 109 sur 299 · A 1S4 -- B 341 — C 294 — POP xxxi, i5 — BOS I, vin · texte numérisé non relu

A 1S4 -- B 341 — C 294 — POP xxxi, i5 — BOS I, vin

FAU ii, 173 (| 1-2); et 1, j 1 7 (| 3-4) — I1AV xxiv, 88 (§ 1-2); et v. 9 bis (§ 1 y) MOL 1. 1 55 i?! 1-2) ; et 1. 121 (§ 3-i). I M . IIAY. MOL en font deux pensées.

— ' A1 à la religion, que qu'il soit jour demain.

— Cf S" Augustin. Sermons. Tom. \\ p. igG. b. (HAYj.

osera dire qu'il est certainement possible qu'elle ne soit pas? Or, quand on travaille pour demain, et pour l'incertain, on agit avec raison ; car on doit travailler pour l'incertain, par la règle des partis qui est démontrée. [3] Saint Augustin a vu qu'on travaille pour l'incertain, sur mer, en bataille, etc. : il n'a pas vu la règle des partis, qui démontre qu'on le doit. Montaigne ni, 8 a vu qu'on s'offense d'un esprit boiteux, et que la coutume peut tout, mais il n'a pas vu la raison de cet effet. 4~: Toutes ces personnes ont vu les effets, mais ils n'ont pas vu les causes; ils sont à l'égard de ceux qui ont découvert les causes comme ceux qui n'ont que les yeux à l'égard de ceux qui ont l'esprit : car les effets sont comme sensibles, et les causes sont visibles seulement à l'esprit. Et quoique ces effets-là se voient par l'esprit, cet esprit est à l'égard de l'esprit qui voit les causes comme les sens corporels à l'égard de l'esprit.

Adam, « forma futuri » [Ro.\i., v, 14] : les six jours pour former l'un : les six âges pour former l'autre. Les six jours que Moïse représente 1 pour la formation d'Adam ne sont que la peinture des six âges pour former Jésis-Christ et l'Eglise. Si Adam n'eût point péché, et que Jésus-Christ ne fût point venu, il n'y eût eu qu'une seule alliance, qu'un seul âge des hommes, et la création eût été représentée comme faite en un seul temps.

Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment. Mais la fantaisie est semblable et contraire au sentiment, de sorte qu'on ne peut distinguer entre ces contraires. L'un dit que mon sentiment est fantaisie : l'autre que sa fantaisie est sentiment. Il faudrait avoir une règle. La raison s'offre, mais elle est ployable à tous sens ; et ainsi il n'y en a point.

33^2. A i3o (d'une main étrangère/ — B 345 — C 299 — FAU ir. 327 —

HAV xxv, 99 — MOL 1. 270.

— l A1 que Moïse s'était

— Cf S' Augustin. De Genesi contra Manicheos, 1. 23 (HAV).

333. A i3o — B 329 — C 280 — POR xxxi, G — BOS I. x. 4 — FAI" 1,

224 — HAV vu. 4 — MOL 11. 143.

— Fantaisie signifie imagination : et sentiment, intuition. Elles sont semblables, car toutes deux procèdent de même : et contraires car l'une est mensongère, l'autre véridique.

— Cf Montaigne, ii, 12.

i Deviner : « la part que je prends à votre déplaisir. » M. le

Cardinal ne voulait pas être deviné.

2 « J'ai l l'esprit plein d'inquiétude. » — « Je suis plein d'inquiétude » vaut mieux.

3 Pdoquence, qui persuade par douceur — non par empire, en tyran — non en roi.

Divertissoment l. - - I [j] Quand je m y 2 suis mis quelquefois ^juj^^

ÇtXA

à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls ; et

334. A i3o (une petite croix en tète) — B 3 j 3 — C 29Ô — FAU 1, 258

— HAV xxv, 25 (§ 1); et xxv- 35 bis (§ 2) ; et xxv, 1 iS bis (§ 3) — MOL 11. i35 (g 1-2) ; et 11, 1 3 2 (| 3).

HAV et MOL en ont fait, l'un trois, l'autre deux pensées différentes. Ce sont des réflexions littéraires, notées par Pascal sur un même morceau de papier, j la suite sans doute d'une lecture ou d'une conversation.

— ' A1 Mon esprit est plein.

— § 1. Pascal peut sans doute dire qu'il faut éviter les formules toutes faites. si banales que le lecteur ou l'interlocuteur les devine dès les premiers mots.

% 3. Tyran n'a évidemment que le sens d'usurpateur. Un maître illégitime, moins sûr de son pouvoir qu'un maître légitime, aime mieux n'y pas recourir.

335. A i3() (| 1-6 et 6 bis) : et 210 (| 7-121: et 209 (§ 13-22): et

217 (§ 23); et [33 (| 24-32): et 217 (§ 33-36) — B 53 — C 76 — POR wvi, 1. et 2, et 3 — BOS I. vu. 1. et 2, et 3 — FAI' II, 3i — HAV iv, 2 - MOL 1, 49. FAU, HAV, MOL suppriment du texte les § rayés, et ne suivent pas le même ordre. FAU, HAV placent le % 11 après le % 22 : MOL semble en faire quatre pensées différentes : d'abord les | 1-10, 16-1 j, et ig-22 : puis le % / / : puis le % iX : puis les % 25-36 et 23. Pourtant le présent ordre est conforme aux indications de Pascal. En effet, le § 6 bis est relié au % 7 par un signe répété deux fois /trois traits verticaux rayés par une barre horizontale); — le \ 12 était d'abord relié au $ '•> par la lettre A répétée deux fois, puis Pascal a rayé les $ 12, ;.'>. 14 et i5, et rétabli les A de renvoi a la fin du % 10, et au début du \ 16, laissant ainsi de côté le jf //, non rayé et non placé: — le \ 22 est relié au § 23 par des B de renvoi; — le $ 23 est relié au % 24 par des C de renvoi (après ce \ 23, sur la même page 2 1 7 , venait une ébauche du § 3 1. écrite de la main de Pascal, puis rayée, et marquée de la lettre C, qui renvoie à la page i33. OÙ se lit la rédaction définitive du $ 3 1 1 : — en/in. la place des % 33-36 est marquée par la lettre 1) placée a côté du i 33 — Sont écrits d'une main étrangère les % [5, 34. 34 bis et 35 : sont écrits d'une main étrangère et corrigés par Pascal les $ 23 et 36. — Sont rayés, les g 3, 6 bis, 7, 12, i3, 14. i5, 1 ■/ bis. 22 bis, 24, 26 bis, 27 bis, .'>'/ bis, .'>'./ bis, et 36.

— I ' A1 Premier titre : Misère de l'homme. I>()K fait précéder cette pensée des pensées 978 et 460. s B me suis mis. - V périls où ils s'exposent.

les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre *, d'où naissent tant dequerelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etfcJr j'ai découvert ''loue tout/ le malheur des hommes vient 7 d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos,, dans une chambre./j2j Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas. pour aller sur la mer 8 ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée, si cher °, Xjue parce qu'on trouverait 10 insupportable de ne bouger de la ville/et on ne recherche la conversation n et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir/ [3] C'est pour éviter ce mal insupportable qu'on achète des charges, pour... etc. 12. Toutes les peines qu'on souffre ne viennent donc que de cela seulement qu'on ne sait pas demeurer che\ soi en repos, et avec plaisir.

[4] Mais quand j'ai pensé de plus près 13, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une u bien effective, qui consiste dans le malheur v' naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.

[5] Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir 1(', la royauté est le plus beau poste du monde; et cependant, qu'on s'en imagine [un] 1T accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher; s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est18, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues19 qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies, qui sont inévitables; de

4 A1 dans la guerre, sur la mer. — A2 dans la guerre, j'ai découvert (d'où mauvaises, etc. : en surcharge). ^^ ■• FAU, HAV suppriment, etc. G FAU j'ai dit

souvent. = = ' A1 vient de ne pas savoir (d'une seule qui est : en surcharge). -

s V sur la mer. voir une ville étrangère, ou aller chercher du poivre. - — : 9 A1 si cher, pour aller tous les ans à l'armée se faire défaire et assommer. - l0 FAI' trouvera.

" MOL les conversations. '- A1 pour. etc. Mais " A1 de plus près, j'ai

trouvé (et qu'après raison : en surcharge). " A1 une effective. - IS A1 malheur

de notre. = = 1B A1 appartenir, qu'on s'imagine un roi, avec son 17 A s'en ima-

gine accompagné. — FAU s'imagine un roi. — HAV s'en imagine [un roi]. == ,s A1 qu'il

est, il tombera (cette félicité point : en surcharge). ,9 A1, HAV, MOL vues des

maladies qui le menacent.

sorte que s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses 6 bis'' officiers 20, quelque peu de fortune qu'il ait, 6 sujets, qui s'il est à la chasse, ou s'il joue 21 avec quelque joue et qui se bonheur. L'unique bien des hommes consiste donc divertit. à être divertis de penser à leur condition [7], ou par une occupation qui les en détourne, ou par quelque passion aimable et nouvelle qui les occupe, ou par le jeu, la chasse 22, quelque spectacle atta- >

chant, et enfin, par ce qu'ils appellent divertissement.

[8] De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois, sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir 23 l'argent qu'on peut gagner au jeu 24, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet 2:' usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas, qui nous détourne d'y penser et nous divertit./ (Raison 2G pourquoi on aime mieux la chasse que la prise).

() De là vient que les hommes 'aiment tant le bruit et le remuement; de27 là vient que la prison est un supplice si horrible; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c'est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des rois de [ce] qu'on essaie sans cesse à les divertir 2S et à leur procurer toutes sortes de plaisirs-. (Le roi 29 est environné de gens qui ne pensent qu'à divertir le roi et à l'empêcher de penser à lui : car il est malheureux, tout roi qu'il est, s'il y pense.)

II [10] Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux. Et ceux qui font sur cela les philosophes, et qui croient * que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu'ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Ce lièvre ne nous garantirait pas

•" Cette première rédaction rayée et remplacée par le § 6. -'■ A1 ou au jeu.

'*-' A' la danse. "; l- ALI dans l'argent. "' A' au jeu: on n'aime pas "■• A1 ce

n'est pas cette possession languissante. ,,; en marge. V de là vient que la

prison et la solitude. — B le bruit et la renommée, de là vient que, etc. n B Divertir.

Le roi est. -"' En marge.

Il ' A1 méprisent

de la vue de la mort et des misères - <C qui nous en détourne >■, mais la chasse nous en garantit 8.

11] Le conseil qu'on donnait à Pyrrhus de prendre le repos qu'il allait chercher par tant de fatigues '. recevait bien des difficultés. [12] Dire 5 à un homme qu'il vive en repos, c'est lui dire qu'il vive heureux G : c'est lui conseiller [i3] d'avoir une condition tout heureuse, et laquelle il puisse considérer 7 à loisir, sans y trouver sujet d'affliction : c'est lui conseiller... Ce n'est donc pas entendre la nature.

[14] Aussi, les hommes, qui sentent naturellement leur condition.

n'évitent rien tant que le repos : il n'y a rien qu'ils ne fassent pour chercher le trouble. Ce n'est pas qu'ils n'aient un instinct qui ne leur fait connaître

que la vraie béatitude

[/5] Ainsi8 on se prend mal pour les

blâmer fl : leur faute n'est pas en ce qu'ils cherchent 10 le tumulte, s'ils ne le cherchaient que comme un divertissement :

mais le mal est qu'ils le recherchent comme si la possession des choses qu'ils recherchent les devait rendre véritablement heureux, et c'est en quoi on a raison d'accuser leur recherche de vanité: de sorte qu'en tout cela et ceux qui blâment. et ceux qui sont blâmés n'entendent la véritable nature de l'homme.

16 Et ainsi, quand on leur reproche ^que ce qu'ils recherchent ll

- I- Al I qui nous en détournent. — HAV. MOL suppriment qui nous en détourne. Ces trois mots sont dans A ; mais je ne les comprends pas. :î A1 garantit. Ht ainsi, ces philo-

sophes s'attrapent, en disant que les rois ne sont pas heureux, parce que les choses

qu'ils possèdent ne = ' HAV fatigue. - r' A1 Et [il] ne faut pas dire =

,: A1 heureux ; dire à un — A- heureux, c'est lui dire qu'il soit 7 MOL

conserver. s Le % i5 d'une main étrangère. '■' A1, MOL les blâmer: mais

on a quelque raison, en ce que les hommes, eux : 10 A1, MOL cherchent le

divertissement, empêchement et le tumulte. = " FAU cherchent.

avec tant d'ardeur ne saurait les satisfaire, s'ils répondaient (comme ils devraient le faire, s'ils y pensaient bien), qu'ils ne recherchent ll en cela qu'une occupation violente et impétueuse, qui les détourne de penser à soi, et que c'est pour cela qu'ils se proposent un objet attirant qui les charme et les attire avec ardeur, ils laisseraient leurs adversaires sans repartie.

[iy bis1 Mais l23 en croyant, comme ils font 17 Mais ils ne réponqu'ils seront ensuite dans un heureux [état (?), dent pas cela, parce ils croient en effet que ce qu'ils cherchent est qu'ils ne se connais-

capable de les satisfaire, et sent pas eux-mêmes.

à se faire battre. Mais, dans la vérité, on ne Ils ne savent pas que combat que [pour] l'objet qu'ils s'imaginent, et ce n'est que la chasse non pour 1:! celui qu'ils ont en effet, et qui se et non pas u la prise cache et se dérobe à leur vue dans le fond de qu'ils recherchent. leur cœur.

[18] (La 15 danse : il faut bien penser où l'on mettra ses pieds. - Le gentilhomme croit sincèrement que la chasse est un plaisir grand et un plaisir royal: mais 16 le piqueur n'est pas de ce sentiment là.)

[19] Ils n s'imaginent que s'ils avaient obtenu cette charge, ils se reposeraient ensuite avec plaisir, et ne sentent pas la nature insatiable de leur cupidité. Ils croient chercher sincèrement le repos et ne cherchent en elfet que l'agitation.

[20] Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement, et l'occupation au dehors 1S, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles 1!t ; et ils ont un autre instinct secret, qui reste de la grandeur de notre première nature 20 qui leur fait connaître que le bonheur n'est en effet que dans le repos, et non pas dans le tumulte-'1; et de ces deux instincts contraires, il se forme en eux un projet confus 22, qui se cache à leur vue dans le fond de leur àme. qui les porte à tendre au repos par l'agitation, et à se figurer toujours que la satisfaction qu'ils n'ont point leur arrivera, si, en surmontant23 quelques difficultés qu'ils envisagent, ils peuvent s'ouvrir par là la porte au repos.

" FAU cherchent '- MOL Ils ne se en croyant. 1:l MOL non pas leur qu'ils

ont en effet, qui se cache. " FAU non la. ,3 Note en marge. ": Mais

le sentiment là : en surcharge. ,7 Ce §, addition en marge. ,s A1 au

dehors, et comme ils ont. ,0 A1 continuelles et ils ont. — A- continuelles et de la

nature corrompue — puis retour à A1. '" V de la nature sacrée. -' A1 dans

la recherche -"- A' confus qui les porte (qui se cache âme : en surchargé).

-'■ A1 si après avoir.

[21] Ainsi s'écoule toute la vie. On cherche le repos, en combattant quelques obstacles ; et si on les a surmontés, le repos devient insupportable

[22 bis] par l'ennui qu'il engendre. [22] ; car ou Ton pense aux misères // en faut sortir et mendier le qu'on a, ou à celles qui nous tumulte. Nulle condition n'est heu- menacent. Et quand on se verrait reuse sans bruit et sans diver- même assez à l'abri de toutes tissement : et toute condition est parts, l'ennui, de son autorité heureuse, quand on jouit de quel- privée, ne laisserait pas de sortir que divertissement. Mais qu'on juge au fond du cœur où il a des quel est ce bonheur, qui consiste à racines naturelles et de remplir cire diverti de penser à soi ! l'esprit de son venin.

III * [23] Ainsi l l'homme est si malheureux qu'il s'ennuierait même sans aucune cause d'ennui 2, par l'état propre de sa complexion ; et il est si vain qu'étant plein de mille causes essentielles d'ennui, la moindre chose comme un billard 8 et une balle 4 qu'il pousse suffisent pour le divertir. 24! // n'en faut pas davantage pour chasser tant de pensées impor[tunes]. Voilà l'esprit de ce maître du monde tout rempli de ce seul souci.

[25| « Mais, direz-vous, quel objet a-t-il en tout cela? » [26 bis] — Le divertissement : car, [26] — Celui de se vanter demain quel objet celui-ci qui se tue aujour- entre ses amis de ce qu'il a mieux d'hui à la chasse, sinon celui de se joué qu'un autre: [27] ainsi les autres vanter demain, entre ses amis, de ce suent dans leur cabinet, pour monsanglier qu'il aurait pris? [27 bis] trer aux savants •"' qu'ils ont résolu et un autre sue dans son cabinet, une question d'algèbre6 qu'on n'aupour montrer aux savants une ques- rait pu trouver jusques ici; et tant lion de choses qu'il aura résolues: d'autres s'exposent aux derniers et tant d'autres se font blesser en une périls, pour se vanter ensuite d'une campagne, pour se vanter, l'hiver, place qu'ils auront prise, et aussi des dangers qu'il a courus: sottement à mon gré:

[28] et enfin 7 les autres se tuent pour remarquer toutes ces choses, non pas pour en devenir plus sages, mais seulement pour montrer

— 111 ' Le % 23 d'une main étrangère^ avec des corrections de Pascal.

-A1 d'ennui : et il est (par l'état propre de sa complexion : en surcharge, de Pascal).

:1 A1 un chien. .-. ' A1 une balle, un lièvre. — A- une balle qu'on pousse.

5 A1 savants, une question (qu'ils ont résolu : en surcharge). = B A1 algèbre impénétrable à tout autre. 7 A1 et les autres.

qu'ils les savent 8, et ceux-là sont les plus sots de la bande °, puisqu'ils le sont avec connaissance, au lieu qu'on peut penser des autres qu'ils ne le seraient plus, s'ils avaient cette connaissance.

r2(f. Tel homme passe sa vie 10 sans ennui, en jouant tous les jours peu de chose. Donnez-lui tous les matins l'argent qu'il peut gagner chaque jour, à la charge qu'il ne joue point : vous le rendez malheureux. On u dira peut-être que c'est qu'il recherche l'amusement du jeu, et non pas le gain. Faites-le donc jouer pour rien, il ne s'y échauffera pas et s'y ennuiera. [3o| Ce n'est donc pas l'amusement seul qu'il recherche 12 : un amusement languissant et sans passion l'ennuiera. 11 faut qu'il s'y échauffe et qu'il se pipe 1:! lui-même, en imaginant qu'il serait heureux de gagner ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui donnât à condition de ne point jouer/afin qu'il se forme un sujet de passion, et qu'il excite u sur cela son désir, sa colère i:'. sa crainte, pour l'objet qu'il s'est formé, comme les enfants qui s'effraient du visage qu'ils ont barbouillée

[3i bis] [il] D'où vient que cet homme, qui a perdu 17

L'homme, sans depuis peu de mois son fils unique, et qui, accablé divertissement. de procès et de querelles ls. était ce matin si troublé, quelque heureux n'y pense plus maintenant? Ne vous en étonnez qu'on l'imagine. point : il est tout occupé à voir par où passera ce séchera de cha- sanglier que les chiens poursuivent ,;i, avec tant grin et d'ennui lfi : d'ardeur depuis six heures. Il n'en faut pas davanet l'homme, quel- tage : l'homme, quelque plein de tristesse qu'il soit, que plein de tris- si on peut gagner sur lui de le faire entrer en tesse qu'il soit, si quelque divertissement, le voilà heureux pendant on peut gagner ce temps-là ; et l'homme, quelque heureux qu'il soit, sur lui de le s'il n'est diverti et occupé par quelque passion ou divertir, le voilà quelque amusement 20, qui empêche l'ennui de se heureux. répandre, sera bientôt chagrin et malheureux.

s A' les savent, et qu'ils sont '■' A1 de la bande, car quoiqu'ils ne laissent

"' A1 sa vie. heureux avec " A1 II dira. '- A' recherche : il faut (un

amusement l'ennuiera : en surcharge). IB B, C pique. " la fin du % en

marge, comme correction de : A1 excite ses passions sur cela, pour ne point sentir passer le temps, pour empêcher l'ennui de se répandre, et la misère de paraître à sa

pensée. ,B A1 sa colère pour l'objet. ,0 A1 et d'ennui; les conditions]

17 A 2 i 7 : perdu son fils unique depuis peu de mois |S A 2 1 7 : de querelles,

et du souci d'affaires importantes. |:' A1 poursuivent. Il n'en faut (avec tant

heures : en surcharge, en marge. '■'" A' amusement, sera chagrin (qui empêche

malheureux : en surcharge'.

IV [32] Sans divertissement, il n'y a point de joie : avec le divertissement, il n'y a point de tristesse. Et c'est aussi ce qui forme le bonheur des personnes |33] de grande condition, qu'ils ont un nombre de personnes qui les divertissent et qu'ils ont le pouvoir de se maintenir en cet état.

[34 bis] Car, pour parler selon la vérité des [34] Prenez-v garde. Qu'est-ce diverses conditions des hommes, ceux gîte autre chose d'être surintendant, nous appelons de grande qualité, comme un chancelier, premier président, surintendant, un chancelier, un premier sinon d'être en une condition président, ne sont autre chose que des per- où l'on a dès le matin un sonnes qui ont dès le matin un grand nombre grand nombre de gens qui de gens che-; eux, pour les entretenir de viennent de tous côtés, pour diverses affaires dès à leur réveil, et ne leur ne leur laisser pas une heure laisser pas une heure en la journée, où ils en la journée où ils puissent puissent penser à eux-mêmes. penser à eux-mêmes ?

[35] Et quand ils sont dans la disgrâce et qu'on les renvoie 1 à leurs maisons des champs, où ils ne manquent ni de biens 2, ni de domestiques pour les assister dans leur s besoin, ils ne laissent pas d'être misérables et abandonnés, parce que personne ne les empêche de songer à eux. * [36] Le divertissement est une chose si nécessaire aux gens du monde, qu'ils sont misérablessans cela 4 : tantôt un accident leur arrive, tantôt ils pensent à ceux qui leur peuvent arriver, ou 5 même, quand ils n'y penseraient pas, et qu'ils n'auraient aucun chagrin, l'ennui, de son autorité privée, ne laisse pas de sortir du fond du eccur où il a une racine naturelle, et remplit tout 6 l'esprit de son venin.

[1] Montaigne [1, 22] a tort l : la coutume ne doit

— IV ' FAU envoie. '■■ A1 biens, pour leur nourriuire et leur logement. — :) FAI' leurs besoins. 4 A en cela (sans de la main de Pascal). - ' A1 car quand même ils ne penseraient pas aux misères de leurs conditions, ce qui les porte dans l'ennui. - 8 tout : surcharge de Pascal.

— Cf Montaigne, n. 10; 11. 12 : 1, 42, etc.

Sur une même feuille, recto, A 184: 340 en marge.

336. - - A 1 34 — B 327 — C 277 — Manquait dans POR ; a été insérée ensuite au chapitre xxix. — BOS I, ix, 43 et 1 1 — FAU H, 1 3o — HAV vi, 40 — MOL 1. 96. — ' POR et BOS a raison.

être suivie que parce qu'elle est coutume, et non parce qu'elle soit raisonnable ou justélTmais le peuple la suit par cette seule raison qu'il la croit juste : sinon, il ne la suivrait plus, quoiqu'elle fut coutume : car on ne veut être assujéti qu'à la raison ou à la justice. La coutume, sans cela, passerait pour tyrannie : mais l'elnpire de la raison et de la justice n'est non plus tyranniqûe que celui de la délectation : ce sont les principes naturels à l'homme 2. {2] 11 serait do ne- -bail .qu'on obéit aux lois etcoj^tunTeSjparçe gjo^ejlessont lois :i : qu'il sût qu'il n'y en a aucune vraie et juste à introduire, que nous n'y connaissons rien, et qu'ainsi il faut seulement suivre les reçues : parce moyen, on ne les quitterait jamais. Mais le peuple n'est pas susceptible de cette doctrine; et ainsi, comme il croit que la vérité se peut trouver, et qu'elle est dans les lois et coutumes, il les croit, et prend leur antiquité comme une preuve de leur vérité (et non de leur seule autorité sans vérité1). Ainsi il y obéit; mais il est sujet à se révolter dès qu'on lui montre qu'elles ne valent rien ; ce qui se peut faire voir de toutes, en les regardant d'un certain côté.

337. Le mal est aisé, il y en a une infinité; le bien presque unique *. Mais un certain genre de mal est aussi difficile à trouver que ce qu'on appelle bien ; et souvent on fait passer pour bien à cette marque ce mal particulier 2. Il faut même une grandeur extraordinaire d'âme pour y arriver, aussi bien qu'au bien.

338. Les exemples qu'on prend pour prouver d'autres choses, si on voulait prouver les exemples, on prendrait les autres choses pour eh être les exemples: car, comme on croit toujours que la difficulté est à ce qu'on veut prouver, on trouve les exemples plus clairs et aidant à le montrer. Ainsi, quand on veut montrer une chose générale, il faut en donner la règle particulière d'un cas: mais si on veut montrer

-' A' naturels à l'homme. Le peuple :1 A1 sont lois. Par là on ne se révolterait

jamais. Mais on ne se voudrait pas guider que par ce mol : on I voudrait! voir toujours la vraie. 4 A1 autorité sans raison.

337. A 1H4 — B 32S — C 278 — BOS I, ix. 64 — l'Ai' 1, ig3 — MAY vi, 61 — MOL 1, 88.

— ' A1 unique. Il arrive souvent " A1 ce mal particulier. (Le reste ajouté

après coup.i

338. A 1 34 — B 32X - C 27S — POR XXXI, 4 - BOS I, x, 3 — l M ' 1, 173 — IIAV vu, 3 - MOL 11, 141.

un cas particulier, il faudra commencer par la règle "générale r. Car on trouve toujours obscure la chose qu'on veut prouver, et claire celle qu'on emploie à la preuve; car, quand on propose une chose à prouver, d'abord on se remplit de cette imagination qu'elle est donc obscure, et, au contraire, que celle qui 2 la doit prouver est claire, et ainsi on l'entend aisément.

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