‹ Les Pensées de Pascal, disposées suivant l'ordre du cahier autographeChapitre 23 sur 299 · LXXX1V · texte numérisé non relu

LXXX1V

Nous avons donc trois catégories de Pensées :

I. a) Il y a d'abord — dans le manuscrit autographe seul — des pensées qui ont été écrites par Pascal lui-même, soit à la plume, soit au crayon (mais dans ce dernier cas, les lettres ont été repassées à l'encre par une main étrangère de crainte qu'elles ne s'effaçassent). - - Ces pensées-là offrent un caractère indiscutable d'authenticité. C'est une première catégorie, distinguée par une première espèce de caractères.

b) Mais, parmi elles, il en est que Pascal a rayées. Nous ne pouvons pas les supprimer, car elles sont fort instructives : si Pascal les a rayées parce qu'elles ne rendaient pas exactement son idée, elles nous aident par là même à la préciser: nous en avons, pour ainsi parler une épreuve négative, et l'opinion qu'il a rejetée, nous aide à saisir celle à laquelle, en fin de compte, il s'est arrêté; si c'est la forme qui lui a déplu, elles nous fournissent un précieux renseignement sur sa rhétorique et sur son style. Mais d'un autre côté, ce serait trahir Pascal que de les donner sans en prévenir : on lui infligerait en quelque sorte un démenti, puisqu'on lui ferait soutenir une opinion qu'il a voulu répudier. - - Celles-là, nous les reproduirons avec les mêmes caractères que les précédentes, puisqu'elles sont de la même main, mais en italiques, puisqu'elles sont rayées.

II. D'autres pensées sont écrites d'une main étrangère : c'est une seconde catégorie distinguée par une seconde espèce de caractères.

a) Mais les unes — dans le manuscrit seul — ont été revues par Pascal, qui a ajouté entre les lignes ou en marge des corrections et des additions. - Celles-là valent en somme les pensées de la première catégorie; et si nous leur attribuons les seconds caractères puisqu'elles sont d'une main étrangère, nous les distinguerons par une astérisque.

b) Les autres — dans le manuscrit et dans les copies — sont écrites d'une main étrangère, sans corrections. Ces pensées ont évidemment beaucoup de valeur : le soin pieux des jansénistes pour tout ce qui est sorti de la plume de Pascal nous garantit qu'elles n'ont pas été fabriquées de toutes pièces. Mais, soit que Pascal les ait dictées, soit qu'on les ait copiées de ses brouillons, soit qu'elles aient été notées de mémoire, il est possible que de petites erreurs s'y soient glissées : et, dans le détail au moins, la transcription en peut être fautive '. - On les reconnaîtra grâce aux seconds caractères, sans astérisque.

c) D'autres, enfin, sont rayées. Par qui ? Nous ne le savons pas. Pourquoi ? peut-être parce que l'original de la main de Pascal était lui-même rave. En tous cas, il est bon d'avertir le lecteur: - elles seront donc imprimées avec les seconds caractères, mais italiques.

III. a) Quant aux pensées tirées des textes imprimés, elles sont évidemment assez suspectes : lorsque nous pouvons faire la comparaison du texte vrai et du texte retouché par Port- Royal et par Bossut, nous trouvons trop de différences pour accepter sans réserves les leçons que ces éditeurs nous donnent.

1 Cf les trois dernières lignes de la pensée i.

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