I.XXXV
Nous les signalerons donc à la défiance du lecteur: et ce sera une
troisième catégorie de pensées, distinguées par une troisième espèce de caractères.
b) Les pensées 991 à 1006 forment une espèce d'appendice où sont rassemblées les conversations de Pascal x que nous ont conservées divers auteurs : M"" Périer (991-998), Jacqueline Pascal (999), Marguerite Périer (1000-1002), l'abbé Périer (ioo3). Nicole (1004-1006). Mlles sont — dans la forme surtout insuffisamment authentiques, elles aussi, et nous les rattacherons à la précédentecatégorie.
Ainsi, du premier coup d'oeil, le lecteur pourra reconnaître l'origine, et — dans une certaine mesure — l'authenticité de chaque fragment.
Mais cela ne suffit pas encore. M. Molinier a compris le premier que. pour être vraiment fidèle une édition des Pensées doit offrir aussi les variantes du manuscrit. Pour l'étude de la forme seule, on pourrait déjà tirer de ces variantes de précieux renseignements : on y prend Pascal sur le fait, on y saisit sur le vif ses procédés d'écrivain et les secrets de son stvle. Les variantes ne sont pas moins utiles quand c'est l'idée que l'on veut étudier. Il en est des mots, des expressions, des phrases rayés, comme des pensées ravées. En s'opposant à ceux qui leur ont été substitués, ils les expliquent et les précisent : un seul mot ajouté ou retranché suffit parfois à éclairer la doctrine de Pascal. Ainsi Pascal avait écrit que les hommes «. sont tous rachetés » (270). A la rétlexion il a supprimé cette phrase : cela n'est-il pas significatif? De plus, le fait même que des corrections s'y trouvent donne bien plus d'importance à la pensée, puisqu'on ne peut pas croire qu'elle a échappé à Pascal dans le feu de l'improvisation, et qu'en y songeant mieux il ne l'eût pas maintenue. I ;n fragment retouché, c'est, pour ainsi parler, un fragment où Pascal nous affirme après réflexion, qu'il a bien dit ce qu'il voulait dire.
J'ai donc fait tout mon possible pour compléter les variantes déjà nombreuses que donne l'édition Molinier. Je n'ai pas cru suffisant de les placer à la fin des volumes où il faut les aller chercher exprès : je les ai mises au bas des pages, où l'œil est naturellement sollicité à les voir. Mais, pour certaines pensées, les plus importantes par leur longueur, je n'ai pas cru que ce lut suffisant. Pascal, parfois, a supprimé tout un long développement pour le remplacer par un autre. Reléguée dans une note, cette correction ne ressort pas avec assez
1 Sauf, bien entendu, les Discours sur la condition des grands, et ['Entretien lvcc M. de Saci. qui forment vraiment des opuscules indépendants.
d'évidence : dans ces cas-là, il m'a paru utile de rétablir les deux développements en face l'un de l'autre : je les ai mis sur deux colonnes, en distinguant par des italiques ' le passage supprimé du passage définitif. Ainsi, les deux états de la pensée de Pascal sont simultanément offerts au lecteur: et il peut plus aisément suivre et comprendre le mouvement de l'esprit de Pascal.
Je n'ai pas cru inutile non plus d'indiquer au moins les principales leçons des deux copies. Après tout, l'écriture de Pascal a ses difficultés, et, parfois, on peut hésiter entre deux lectures : celle qu'ont adoptée ses amis, ceux qui connaissaient le mieux sa pensée, ceux qui ont les premiers déchiffré ses ouvrages, ne laisse pas d'avoir une très grande autorité. Et leurs corrections, même quand elles ne paraissent pas justifiées ont parfois la valeur d'un commentaire.
Enfin, il m'a semblé profitable de signaler les divergences des principales éditions. J'en avais d'abord pris cinq comme types : l'édition de Port-Royal, édition princeps - - l'édition Bossut la plus complète et la dernière de celles où furent appliquées les anciennes méthodes - l'édition Faugère. la première des éditions complètes et le fondement de ce que j'appellerai la Vulgate du texte de Pascal l'édition Havet, la plus répandue et la plus utile par la précieuse
richesse des commentaires - l'édition Molinier, l'édition paléographique qui fait autorité. J'ai dû renoncer à noter les variantes de Port-Royal et de Bossut, trop nombreuses et trop importantes, j'ai seulement mis le lecteur à même de faire ces comparaisons, en renvoyant par une référence précise au texte de ces éditions. Pour les trois autres, j'ai noté, autant que je l'ai pu, les divergences en introduisant naturellement dans mon texte la leçon que j'ai lue ou cru lire dans le manuscrit. Et, pour permettre de se reporter de ces éditions-là à la mienne, comme on peut le faire de la mienne à celles-là. j'ai ajouté à la lin du volume une table de concordance.
Telles sont les règles que je me suis efforcé d'appliquer dans cette édition. Peut-être publiera-t-on un jour le fac-similé photographique du manuscrit original, je voudrais que d'ici là mon édition pût y suppléer: mais même alors, elle ne serait pas inutile : c'en serait une reproduction fidèle (du moins j'y ai tâché) et à coup sûr plus lisible et qui en faciliterait grandement l'usage.
Et maintenant, il me reste à payer mes dettes. La première idée de cette édition m'a été inspirée par les leçons, les articles et les livres de M. Bruneueiv, mon maître à l'Ecole normale, et j'ai grandement profité des renseignements de toute sorte que j'y ai puisés. La complaisance de MM. les Bibliothécaires do la Bibliothèque nationale m'a rendu mon travail plus facile. L'édition Molinier
1 lit par les numéros bis, 1er des paragraphes.
m'a grandement aide dans la lecture du Manuscrit, et Al. Molinier a bien voulu me déchiffrer lui-même quelques passages des plus ardus. Al. Chamonard. surveillant à l'Ecole normale, s'est aimablement chargé de faire pour moi des recherches pénibles et des vérifications fastidieuses. AI. Brunschwieg, professeur au Lycée de Rouen, a mis à ma disposition les résultats de l'étude approfondie qu'il a faite du manuscrit. Le R. P. Rose, mon collègue. m'a prêté le secours de sa connaissance des Livres Saints. Al. Gazier m'a donné d'utiles renseignements et m*a communiqué les deux belles photographies qui ornent ce volume. Enfin, je ne puis dire combien je suis redevable aux avis et aux bons conseils de Al. Giraud, mon camarade d'école, mon collègue à l'Université et mon ami. Je les prie tous de recevoir ici mes remerciements.
Fribourg, novembre [896,
G. AlICHAUT.
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