‹ Les Pensées de Pascal, disposées suivant l'ordre du cahier autographeChapitre 253 sur 299 · B 179 {suit 6 5 9) — C · texte numérisé non relu

B 179 {suit 6 5 9) — C

— Est-ce une pensée ou un litre introduit par le copiste ? Déjà à la page 82 de B, après 48g on lisait : Voyez les deux sortes d'hommes au titre Perpétuité.

895. - B 191 {au début de la page) — Ci— FAU n. 3S4 — MOL 1. 1 7.

— Cf la pensée 182 et 8g8, % 26.

■X(,)6. - - B 191 (suit 8g5) — Ci- FAU n. 191 — MOL 1. 189.

— Variante de 5y5 (§ 1).

897. B ig3 (suit2\/Ç)~ C5 — FAU 11, 1 3 1 — HAVxxv, 84 — MOLi, 68.

898. B 209 (suit 7) — C 419 — POR 1. 1 — BOS IL 11. 1 — FAU n. 5

— HAY ix, 1 — MOL 1". 1.

Dieu, et de la 1 posséder à découvert et sans voile, ce serait la combattre que de dire qu'on ne voit rien dans le monde qui la 9 montre avec cette évidence. [2] Mais, puisqu'elle dit au contraire que les hommes sont dans les ténèbres et dans l'éloignement de Dieu, qu'il s'est caché à leur connaissance, que c'est même le nom qu'il se donne dans les Ecritures, « Deus absconditus » [Isaïe, xlv, i5], [3] et enfin, si elle travaille également à établir ces deux choses : que Dieu a établi des marques sensibles dans l'Eglise pour se faire reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement, et qu'ils les a couvertes néanmoins de telle sorte qu'il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur. [4] quel avantage peuven:-ils tirer, lorsque, dans la négligence où ils font profession d'être de chercher la vérité, ils crient que rien ne la leur montre, puisque cette obscurité où ils sont, et qu'ils objectent à l'Eglise, ne fait qu'établir une des choses qu'elle soutient, sans toucher à l'autre, et établit sa doctrine, bien loin de la ruiner ?

[5] Il faudrait, pour la combattre, qu'ils criassent qu'ils ont fait tous leurs efforts pour la s chercher partout, et même dans ce que l'Eglise propose pour s'en instruire, mais sans aucune satisfaction. S'ils parlaient de la sorte, ils combattraient à la vérité une de ses prétentions. [6] Mais j'espère montrer ici qu'il n'y a personne raisonnable qui puisse parler de la sorte : et j'ose même dire que jamais personne ne l'a fait. On sait assez de quelle manière agissent ceux qui sont dans cet esprit. Ils croient avoir fait de grands efforts pour s'instruire, lorsqu'ils ont employé quelques heures à la lecture de quelque livre de l'Ecriture. et qu'ils ont interrogé quelque ecclésiastique sur les vérités de la foi. [7] Après cela, ils se vantent d'avoir cherché sans succès dans les livres et parmi les hommes. Mais en vérité, je leur dirais 4 ce que j'ai dit souvent, que cette négligence n'est pas supportable. Il ne s'agit pas ici de l'intérêt léger de quelque personne étrangère pour en user de cette façon ; il s'agit de nous-même et de notre tout.

[8] L'immortalité de l'âme est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indifférence de savoir ce qui en est. Toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point qui doit être notre dernier objet.

[u| Ainsi notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite. Et c'est pourquoi, entre ceux qui n'en sont pas persuadés, je fais une extrême différence de ceux qui travaillent de Mutes leurs forces à s'en instruire, à ceux qui vivent sans s'en mettre en peine et sans y penser.

| 1 < > | Je ne puis avoir que de la compassion pour ceux qui gémissent

— I ' l'Ai' le posséder. - MOL qui le montre. :: MOL pour chercher.

= ' l.\l! je ne pins mVmpècher de leur dire.

sincèrement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, et qui, n'épargnant rien pour en sortir, font de cette recherche leurs principales et leurs plus sérieuses occupations.

[11] Mais pour ceux qui passent leur vie sans penser à cette dernière fin de la vie, et qui, par cette seule raison qu'ils ne trouvent pas en eux-mêmes les lumières qui les en persuadent 5, négligent de les chercher ailleurs et d'examiner à fond si cette opinion est de celles que le peuple reçoit par une simplicité crédule, ou de celles qui, quoique obscures d'elles-mêmes, ont néanmoins un fondement très solide et inébranlable, je les considère d'une manière toute différente.

[12] Cette négligence en une affaire où il s'agit d'eux-mêmes, de leur éternité, de leur tout, m'irrite plus qu'elle ne m'attendrit: elle m'étonne et -m'épouvante : c'est un monstre pour moi. Je ne dis pas ceci par le zèle pieux d'une dévotion spirituelle. J'entends au contraire qu'on doit avoir ce sentiment par un principe d'intérêt humain et par un intérêt d'amour propre; il ne faut pour cela que voir ce que voient les personnes les moins éclairées.

[i3] Il ne faut pas avoir l'âme fort élevée pour comprendre qu'il n'y a point ici de satisfaction véritable et solide : que tous nos plaisirs ne sont que vanité ; que nos maux sont infinis ; et qu'enfin la mort, qui nous menace à chaque instant doit infailliblement nous mettre dans peu d'années dans l'horrible nécessité d'être éternellement ou anéanti 6 ou malheureux.

[14] Il n'y a rien de plus réel que cela, ni de plus terrible. Faisons tant que nous voudrons les braves : voilà la un qui attend la plus belle vie du monde. Qu'on fasse réflexion là-dessus et qu'on dise ensuite s'il n'est pas indubitable qu'il n'y a de bien en cette vie qu'en l'espérance d'une autre vie; qu'on n'est heureux qu'à mesure qu'on s'en approche, et que, comme il n'y aura plus de malheurs pour ceux qui avaient une entière assurance de l'éternité, il n'y a point aussi de bonheur pour ceux qui n'en ont aucune lumière.

[i5] C'est donc assurément un grand mal que d'être dans ce doute; mais c'est au moins un devoir indispensable de chercher quand on est dans ce doute : et ainsi celui qui doute et qui ne cherche pas est tout ensemble 7 et bien malheureux et bien injuste. Que s'il est avec cela tranquille et satisfait, qu'il en fasse profession, et enfin qu'il en fasse vanité, et que ce soit de cet état même qu'il fasse le 8 sujet de sa joie et de sa vanité, je n'ai point de termes pour qualifier une si extravagante créature.

[16] Où peut-on prendre ces sentiments? Quel sujet de joie trouve-t-on à n'attendre plus que des misères sans ressource? Quel sujet de vanité de se voir dans des obscurités impénétrables, et comment se peut-il faire que ce raisonnement9 se passe dans un homme raisonnable :

FAU qui les persuadent. ''■ FAU anéantis. 7 MOI. ensemble bien malheureux.

= s FAU fasse sujet de. " FAU raisonnement-ci.

[17] «Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sais ce que c'est que mon corps, que mes sens, que mon àme et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur elle-même, et ne se connaît non plus que le reste. |iS] Je vois ces effroyables espaces de l'univers qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est assigné à cepoint plutôt qu'en un autre de toute l'éternité qui m'a précédé et de toute celle qui me suit. »

[19] « Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m'enferment comme un atome, et comme une ombre qui ne dure qu'un instant sans retour. Tout ce que je connais, est que je dois bientôt mourir: mais ce que j'ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter. »

[20] « Comme je ne sais d'où je viens, aussi je ne sais où je vais: et je sais seulement qu'en sortant de ce monde je tombe pour jamais, ou dans le néant. ou dans les mains d'un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage. Voilà mon état, plein 10 de faiblesse et d'incertitude. [21] Et de tout cela, je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à chercher ce qui doit m'arriver. Peut-être que je pourrais trouver quelque éclaircissement dans mes doutes; 1 22] mais je n'en veux pas prendre la peine, ni faire un pas pour le chercher; et après, en traitant avec mépris ceux qui travailleront de ce soin », — (Quelque " certitude qu'ils en eussent, c'est un sujet de désespoir, plutôt que de vanité) — « je veux aller, sans prévoyance et sans crainte tenter un si grand événement, et me laisser mollement conduire à la mort, dans l'incertitude de l'éternité de ma condition future ».

[23] Qui souhaiterait avoir pour ami un homme qui discourt de cette manière ? Qui le choisirait entre les autres pour lui communiquer ses affaires.'' Qui aurait recours à lui dans ses afflictions ? Et enfin à quel usage de la vie on le pourrait 12 destiner ?

[24] En vérité, il est glorieux à la religion d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables; et leur opposition lui est si peu dangereuse, qu'elle sert au contraire à l'établissement de ses vérités '8. Car la foi chrétienne ne va presque u qu'à établir ces deux choses : la corruption de la nature et la rédemption de Jési s-Christ. Or je soutiens que 16 s'ils ne servent pas à montrer la vérité de la rédemption par la sainteté de leurs mœurs, ils servent au moins admirablement à montrer la corruption de la nature par des sentiments si dénaturés.

"' FAU plein de misère, de faiblesse, d'obscurité. " Parenthèse en marge,

supprimée par MAY et MOL. '- FAU le pourrait-on. Ia FAU ses principales

vérités. " FAU ne va principalement qu'à. ' FAU Or, s'ils.

— 3go -

[25] Rien n'est si important à l'homme que son état; rien ne lui est si redoutable que l'éternité. Et ainsi, qu'il se trouve des hommes indifférents à la perte de leur être et au péril d'une éternité de misères, cela n'est point naturel. Ils sont tout autres à l'égard de toutes les autres choses : ils craignent jusqu'aux plus légères, ils les prévoient, ils les sentent: et ce même homme qui passe tant de jours et de nuits dans la rage et dans le désespoir pour la perte d'une charge ou pour quelque offense imaginaire à son honneur, c'est celui-là même qui sait qu'il va tout perdre par la mort, sans inquiétude et sans émotion. •[26] C'est une chose montrueuse de voir dans un même cœur et en même temps cette sensibilité pour les moindres choses et cette étrange insensibilité pour les plus grandes. C'est un enchantement incompréhensible, et un assoupissement surnaturel, qui marque une force toute-puissante qui le cause.

[27] Il faut qu'il y ait un étrange renversement dans la nature de l'homme pour faire gloire d'être dans cet état, dans lequel il semble incroyable qu'une seule personne puisse être. Cependant l'expérience m'en fait voir en si grand nombre, que cela serait surprenant, si nous ne savions que la plupart de ceux qui s'en mêlent se contrefont et ne sont pas tels en effet. [28] Ce sont des gens qui ont ouï dire que les belles manières du monde consistent à faire ainsi l'emporté. C'est ce qu'ils appellent avoir secoué le joug, et qu'ils essaient d'imiter. Mais il ne serait pas difficile de leur faire entendre combien ils s'abusent en cherchant par là de l'estime. [29] Ce n'est pas le moyen d'en acquérir, je dis même parmi les personnes du monde, qui jugent sainement des choses, et qui savent que la seule voie d'y réussir est de se faire paraître honnête, judicieux, et capable de servir utilement son ami, parce que les hommes n'aiment naturellement que ce qui leur peut être utile. [3o] Or, quel avantage y a-t-il pour nous à ouïr dire à un homme I6 « qu'il a donc secoué le joug, qu'il ne croit pas qu'il y ait un Dieu qui veille sur ses actions : qu'il se considère comme seul maître de sa conduite, et qu'il ne pense en rendre compte qu'à soi-même » ? [3i] Pense-t-il nous avoir porté par là à avoir désormais bien de la confiance en lui, et en 17 attendre des consolations, des conseils et des secours dans tous les besoins de la vie ? Prétendent-ils nous avoir bien réjoui ls, de nous dire qu'ils tiennent que notre âme n'est qu'un peu de vent et de fumée, et encore de nous le dire d'un ton de voix fier et content ? Est-ce donc une chose à dire gaîment ? et n'est-ce pas une chose à dire tristement, au contraire, comme la chose du monde la plus triste ?

[32] S'ils y pensaient sérieusement, ils verraient que cela est si mal pris, si contraire au bon sens, si opposé à l'honnêteté, et si éloigné en toute manière

"; B, FAU, HAV, MOL à ouïr dire à un homme qui nous dit qu'il a // faut

évidemment lire ou bien ouïr un homme qui nous dit qu'il ou bien ouïr dire à un

homme qu'il // y a là probablement deux levons successives que le copiste a

reproduites, soit qu'il n'ait pas remarqué que quelques mots étaient rayés, soit que Pascal ait oublié de les rayer. = IT FAU et à en attendre. = 1S FAU réjouis.

de ce bon air qu'ils cherchent, qu'ils seraient plutôt capables de redresser que de corrompre ceux qui auraient quelque inclination à les suivre. [33] Et, en effet, faites-leur rendre compte de leurs sentiments, et des raisons qu'ils ont de douter de la religion : ils vous diront lfl des choses si faibles et si basses qu'ils vous persuaderont du contraire. C'était ce que leur disait un jour fort à propos une personne : « Si vous continuez à discourir de la sorte, leur disait-il, en vérité vous me convertirez.» Et il avait raison: car qui n'aurait horreur de se voir dans des 20 sentiments où l'on a pour compagnons des personnes si méprisables ?

[34] Ainsi ceux qui ne font que feindre ces sentiments seraient bien malheureux de contraindre leur naturel pour se rendre les plus impertinents des hommes. S'ils sont fâchés dans le fond de leur cœur de n'avoir pas plus de lumière, qu'ils ne le dissimulent pas : cette déclaration ne sera point honteuse. Il n'y a de honte qu'à n'en point avoir. [35] Rien n'accuse davantage une extrême faiblesse d'esprit que de ne pas connaître quel est le malheur d'un homme sans Dieu: rien ne marque davantage une mauvaise disposition du cœur que de ne pas souhaiter la vérité des promesses éternelles : rien n'est plus lâche que de faire le brave contre Dieu. [36] Qu'ils laissent donc ces impiétés à ceux qui sont assez mal nés pour en être véritablement capables : qu'ils soient au moins honnêtes gens, s'ils ne peuvent être chrétiens, et qu'ils reconnaissent enfin qu'il n'y a que deux sortes de personnes qu'on puisse appeler raisonnables : ou ceux qui servent Dieu de tout leur cœur parce qu'ils le connaissent, ou ceux qui le cherchent de tout leur cœur parce qu'ils ne le connaissent pas.

[37] Mais pour ceux qui vivent sans le connaître et sans le chercher, ils se jugent eux-mêmes si peu dignes de leur soin, qu'ils ne sont pas dignes du soin des autres: et21 il faut avoir toute la charité de la religion qu'ils méprisent, pour ne les pas mépriser jusqu'à les abandonner dans leur folie. [38] Mais, parce que cette religion nous oblige de les regarder toujours, tant qu'ils seront en cette vie, comme capables de la grâce qui peut les éclairer, et de croire qu'ils peuvent cire dans peu de temps plus remplis de foi que nous ne sommes, et que nous pouvons au contraire tomber dans l'aveuglement où ils sont, il faut faire pour eux ce que nous voudrions qu'on fît pour nous si nous étions à leur place, et les appeler à avoir pitié d'eux-mêmes, et à faire au moins quelques pas pour tenter s'ils ne trouveront pas de lumières. [3y| Qu'ils donnent à cette lecture quelques-unes de ces heures qu'ils emploient si inutilement ailleurs M; quelque aversion qu'ils y apportent, peut-être rencontreront-ils quelque chose, et pour le moins28 ils n'y perdront pas beaucoup. [40] Mais, pour ceux qui y apporteront une sincérité parfaite et un véritable désir de rencontrer la vérité, j'espère qu'ils auront M satisfaction et qu'ils seront convaincus des preuves d'une religion si divine, que j'ai ramassées ici et dans lesquelles j'ai suivi à peu près cet ordre...

'' I \l' ils diront. -° HAV dans les sentiments. -' MOL et qu'il faut avoir.

IIAY ponctue ailleurs (virgule) apportent (point virgule). '-'■'■ l-'Al ' ou du

moins. — HAV ou pour le moins. '-'' FAU qu'ils j auront.

|~i | Avant que d'entrer dans les preuves de la religion chrétienne, je trouve nécessaire de représenter l'injustice des hommes qui vivent dans l'indifférence de chercher la vérité d'une chose qui leur est si importante, et qui les touche de si prés.

| 2] De tous les égarements, c'est sans doute celui qui les convainc le plus de folie et d'aveuglement, et dans lequel il est le plus facile de les confondre par les premières vues du sens commun et par les sentiments de la nature. [3] Car il est indubitable que le temps de cette vie n'est qu'un instant, que l'état de la mort est éternel, de quelque nature qu'il puisse être, et qu'ainsi toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si différentes selon l'état de cette éternité, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement qu'en la réglant par la vue de ce point qui doit être notre dernier objet

[4] Il n'y a rien de plus visible que cela, et qu'ainsi selon les principes de la raison, la conduite des hommes est tout à fait déraisonnable, s'ils ne prennent une autre voie. [5] Que l'on juge donc là-dessus de ceux qui vivent sans songer à cette dernière fin de la vie, qui, se laissant conduire à leurs inclinations et à leurs plaisirs sans réflexion et sans inquiétude, et comme s'ils pouvaient anéantir l'éternité en en détournant leur pensée, ne pensent à se rendre heureux que dans cet instant seulement.

[6] Cependant cette éternité subsiste, et la mort qui la doit ouvrir et qui les menace à toute heure les doit mettre infailliblement dans peu de temps dans l'horrible nécessité d'être éternellement ou anéantis ou malheureux, sans qu'ils sachent laquelle de ces éternités leur est à jamais préparée.

[7I Voilà un doute d'une terrible conséquence. Ils sont dans le péril de l'éternité de misères, et sur cela, comme si la chose n'en valait pas la peine, ils négligent d'examiner si c'est de ces opinions que le peuple reçoit avec une facilité trop crédule, ou de celles qui, étant obscures d'elles-mêmes, ont un fondement très solide quoique caché. Ainsi ils ne savent s'il y a vérité ou fausseté dans la chose, ni s'il y a force ou faiblesse dans les preuves. [8] Ils les ont devant les veux ; ils refusent d'y regarder, et dans cette ignorance ils prennent le parti de faire tout ce qu'il faut pour tomber dans ce malheur au cas qu'il soit, d'attendre à en faire l'épreuve à la mort, d'être cependant fort satisfaits en cet étal, d'en faire profession et enfin d'en faire vanité. Peut-on penser sérieusement à l'importance de cette affaire sans avoir horreur d'une conduite si extravagante ?

899. - B 217 (suit 898) — C 427 — POR 1, 1 — FAU n, i5 - HAV ix, 2 (|| 5, 6 et 9) — MOL 1, 12.

Cette pensée qui dans les copies suit immédiatement 8g8 en est évidemment une variante. P.-R. l'a bien vu, car, dans B une autre main y a postérieurement ajouté : je ne sais, disent-ils, etc. pour indiquer la correspondance de cette seconde rédaction avec la première. — FAU et MOL soudent 8gg à 8g8. — HAV la supprime en partie.

[9] Ce repos, dans cette ignorance, est une chose monstrueuse, et dont il faut faire sentir l'extravagance et la stupidité à ceux qui y passent leur vie, en la leur représentant à eux-mêmes, pour les confondre par la vue de leur folie. Car voici comme ' raisonnent les hommes, quand ils choisissent de vivre dans celte ignorance de ce qu'ils sont, et sans rechercher d'éclaircissement 2

[1 | « Voilà ce que je vois et ce qui me trouble. Je regarde de toutes parts, et ne vois partout qu'obscurité. La nature ne m'offre rien qui ne soit matière de doute et d'inquiétude. Si je ne voyais rien qui marquât une Divinité, je me déterminerais à la négative '. Si je voyais partout les marques d'un Créateur, je reposerais en paix dans la foi. [2] Mais voyant trop pour nier et trop peu pour m'assurer, je suis dans un état à plaindre, et où j'ai souhaité cent fois que, si un Dieu la soutient, elle le marquât sans équivoque, et que, si les marques qu'elle en donne sont trompeuses, elle les supprimât tout à fait, qu'elle dit tout ou rien, afin que je visse quel parti je dois suivre. [3] Au lieu qu'en l'état où je suis, ignorant ce que je suis et ce que je dois faire, je ne connais ni ma condition ni mon devoir. Mon cœur tend tout entier à connaître où est le vrai bien, pour le suivre. Rien ne me seiait trop cher pour l'éternité.

[4] Je porte envie à ceux que je vois, dans la foi vivre avec tant de négligence, et qui usent si mal d'un don, duquel il me semble que je ferais un usage si différent. »

| 1 I Nul ' autre n'a connu que l'homme est la plus excellente créature. Les uns, qui ont bien connu la réalité de son excellence, ont pris pour lâcheté et pour ingratitude les sentiments bas que les hommes ont naturellement

— ' FAUj MAY voici comment raisonnent. - '-' B- Addition ultérieure et d'une autre main et FAU : « Je ne sais, disent-ils

900. - - B;2ig {suit 899) -- C |2'i POR vin, 1 — BOS H. vu. 1 —

FAU 11. 118 (| i-3); et 1, 22.S (f 4) — IIAV \iv. 2 ($ 1-8); et xxv. 18 {% 4) — MOI. 1. [5g (| 1-3); et 11. 5 7 (g 4).

FAU, IIAV, MOL font une pensée à part du § 4, qui cependant est visiblement placé dans la même bouche, et exprime la même idée, et suit d'ailleurs les autres paragraphes dans la copie.

— ' FAU à n'en rien croire.

1)01. — B 220 {suit yoo) — C [3i — POU 11, b : et m. 1 — BOS II, i\. 4 — FAU 11. 141 — IIAV \i. 4 bis — MOL i, 289.

— ' FAU, HAV Nulle autre.

d'eux-mêmes ; et les autres, qui ont bien connu combien cette bassesse est effective, ont traité d'une superbe ridicule ces sentiments de grandeur, qui sont aussi naturels à l'homme.

[2] « Levez vos yeux vers Dieu, disent les uns ; voyez celui auquel vous ressemblez, et qui vous a fait pour l'adorer : vous pouvez vous rendre semblables à lui ; la sagesse vous y égalera si vous voulez la suivre. (« Haussez 2 la tête, hommes libres », dit Epictète [Diss., 1, xvm, 20]). Et les autres lui 3 disent : « Baissez vos yeux vers la terre, chétif ver que vous êtes, et regardez les bêtes dont vous êtes le compagnon. »

[3] Que deviendra donc l'homme ? Sera-t-il égal à Dieu ou aux bêtes ? Quelle effroyable distance ! Que serons-nous donc ? Qui ne voit par tout cela que l'homme est égaré, qu'il est tombé de sa place, qu'il la cherche avec inquiétude, qu'il ne la peut plus retrouver ? Et qui l'y adressera donc ? Les plus grands hommes ne l'ont pu.

Nous ne concevons ni l'état glorieux d'Adam, ni la nature de son péché, ni la transmission qui s'en est faite en nous. Ce sont choses qui se sont passées dans l'état d'une nature toute différente de la nôtre, et qui passent ' l'état de notre capacité présente. Tout cela nous est 8 inutile à savoir pour en sortir ; et tout ce qu'il nous importe de connaître est que nous sommes misérables, corrompus, séparés de Dieu, mais rachetés par Jésus-Christ; et c'est de quoi nous avons des preuves admirables sur la terre. Ainsi, les deux preuves de la corruption et de la rédemption se tirent des impies, qui vivent dans l'indifférence de la religion, et des Juifs, qui en sont les ennemis irréconciliables.

[1 I Alors Jésus-Christ vient dire aux hommes qu'ils n'ont point

d'autres ennemis qu'eux-mêmes ; que ce sont leurs passions, qui les séparent de Dieu ; qu'il vient pour les détruire, et pour leur donner Sa grâce, atin de faire d'eux tous une Eglise sainte ; qu'il vient ramener dans cette Eglise les

- En marge, supprime par MO], ' FAU et les autres disent.

902. B 220 (suit 901 — C 439 — Manquait dans POR; a été insérée

plus tard au chapitre ni — BOS II, v. 6: et II, xvm, 1 1 — FAU 11, 369 — HAV mi, 1 2 — MOL i, 295.

— 1 FAU, HAV passent notre capacité. = 2 B\ MOL nous serait.

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