M"" Périer. Vie de Pascal
993. M" Périer. Vie de Pascal - BOS Suppl., 4 et 5 - FAI) 1, 3ji.
// n'avait jamais refusé l'aumône, quoiqu'il n'en fît que de son nécessaire, ayant peu de bien, et étant obligé de faire une dépense qui excédait son revenu, à cause de ses infirmités. Mais, lorsqu'on voulait lui représenter cela, quand il faisait quelque aumône considérable, il se fichait et disait : J'ai remarqué une chose : que, quelque pauvre qu'on soit, on laisse toujours quelque chose en mourant.
// m'exhortait avec grand soin depuis quatre ans à me consacrer au service des pauvres, et a y porter mes enfants. Et, quand je lui disais que je craignais que cela ne me divertit du soin de ma famille, il me disait que Ce n'était que manque de bonne volonté, et. comme il y a divers degrés dans cette vertu, on peut la
pratiquer en sorte que cela ne nuise point aux affaires domestiques // disait que
C'était la vocation générale des chrétiens, et ^!('il ne fallait point de marque particulière pour savoir si on y était appelé, parce qu'il était certain : que c'est sur cela que Jésus-Christ jugera le monde ; et que. quand on considérait que la seule ommission de cette vertu est cause de la damnation, cette seule pensée était capable de nous porter à nous dépouiller de tout, si nous avions la foi.
// nous disait encore que La fréquentation des pauvres est extrêmement utile, en ce que voyant continuellement les misères dont ils sont accablés et que, même dans l'extrémité de leurs maladies, ils manquaient des choses les plus nécessaires, qu'après cela, il faudrait être bien dur pour ne pas se priver volontairement des commodités inutiles et des ajustements superflus.
Tous ces discours nous excitaient quelquefois à faire des propositions pour trouver des mo\-ens, pour des règlements généraux qui pour)ntssent à toutes les nécessités : mais il ne trouvait pas cela bon, et il disait que Nous n'étions pas appelés au général, mais au particulier, et qu'il croyait que la manière la plus agréable à Dieu était de secourir les pauvres pauvrement, c'est-à-dire chacun selon son pouvoir, sans se remplir l'esprit de ces grands desseins qui tiennent de cette excellence, dont il blâmait la recherche en toutes choses.
Ce n'est pas qu'il trouvât mauvais l'établissement des hôpitaux généraux : au contraire, il avait beaucoup d'amour pour cela, comme il l'a bien témoigné par son testament : mais il disait que Ces grandes entreprises étaient réservées à de certaines personnes que Dieu destinait à cela, et qu'il conduisait quasi visiblement: mais que ce n'était pas la vocation générale de tout le monde, comme l'assistance journalière et particulière des pauvres.
Si je disais quelquefois que j'avais vu une belle femme, il se fâchait, et me disait qu'il ne fallait jamais tenir ce discours devant des laquais, ni des jeunes gens, parce que je ne savais pas quelles pensées je pourrais exciter par là en eux.
994, M"" Périer. Vie de Pascal.