Infini-rien. — I [i] Notre âme est jetée dans le
corps, où elle trouve nombre, temps, dimension. Elle raisonne la
s FAU où je trouve. = '•' HAV ne peut taire.
4. A i (écrit d'abord au crayon) — B 357 — C 3i3 — FAU u, 89 —
— Quand Pascal dit « où vous n'êtes pas ». il s'adresse, ce me semble, à la mauvaise nature, à la concupiscence : et il dit « le royaume de Dieu est dans vous » à la bonne nature.
5. -Ai— B 3 1 6 — C3i3 — FAU n? 260 — HAV xxv, 1 56 — MOL 1. 267. HAV réunit arbitrairement à cette pensée, la pensée 1 g, qui pourtant se trouve A 8, sans signe de renvoi.
— l A1 à Jésus-Christ qui portait le remède à la concupiscence.
G-14. La pensée 6 a été écrite sur deux feuilles (recto et versoi, qui
ont été collées à la suite l'une de l'autre dans A (3-4 et 7-8). Elle est dans le plus grand désordre: mais des signes de renvoi permettent de retrouver la suite des idées. — La pensée 7 se trouvait sur le verso de la première feuille (A 4). avant que Pascal n'y eut écrit la pensée 6 : elle se trouve donc intercalée dans cette dernière: mais ce rapprochement n'est évidemment dû qu'au seul hasard. — Au contraire, la pensée X. écrite A 7, en marge de la pensée 6 — la pensée g, puis la pensée 10, écrites A s. à la suite de la pensée 6 — la pensée 11. écrite au haut de A 8, sur la feuille renversée — les pensées 12. l3 et 14, écrites l'une au-dessous de l'autre, en marge des pensées 6, 9 et 10, sont postérieures à la pensée 6, et peuvent avoir avec elle quelque rapport icf notamment 9 et io).
G. A3 (1 1-6) et 4 1% 7-14) et 7 (§ i5-.8) et 4 (| 1 y) et 8 (§ 20-21) et 4
{% 22-23) et 7 (| 24) et 4 (s 25) — B 201 — C 409 — POR vu, 1 et 2 ; et xxvm, 69 - BOS II. m, 1 et 4 et 5 : et II, xvn, 63 - FAU 11, 1 63 — HAV x, 1 (5 1 et § 4"25)'- et \. 1 bis (% 2 et 3) - MOL 1. 146.
dessus, et appelle cela « nature », « nécessité ». et ne peut croire ' autre chose.
2 L'unité, jointe à l'infini, ne l'augmente de rien, non plus qu'un pied à une mesure infinie. Le fini s'anéantit en présence de l'infini, et devient un pur néant.
[3] (2 Ainsi, notre esprit devant Dieu : ainsi notre justice devant la justice divine. 11 n'y a pas si grande disproportion entre notre justice et celle de Dieu, qu'entre l'unité et l'infini. Il faut que la justice de Dieu soit énorme comme sa miséricorde : or la justice envers les réprouvés est moins énorme, et doit moins choquer 3, que la miséricorde envers les élus.)
[4] Nous connaissons qu'il y a un infini, et ignorons sa nature : comme 4, nous savons qu'il est faux que les nombres soient finis, donc, il est vrai qu'il y a un infini en nombre; mais nous ne savons ce qu'il est : il est faux qu'il soit pair, il est faux qu'il soit impair, car, en ajoutant l'unité, il ne change point de nature ; cependant, c'est un nombre, et tout nombre est pair ou impair (il est vrai que cela s'entend de tout nombre fini 5). Ainsi, on peut bien connaître qu'il y a un Dieu, sans savoir ce qu'il est.
[5] (6 N'y a-t-il point une vérité substantielle, voyant tant de choses vraies, qui ne sont point la vérité même ?)
[6] Nous 7 connaissons donc l'existence et la nature du fini, parce que nous sommes finis et étendus comme lui. Nous connaissons l'existence de l'infini et ignorons sa nature, parce qu'il 8 a étendue comme nous, mais non pas des bornes comme nous. Mais, nous ne connaissons ni l'existence, ni la nature de Dieu, parce qu'il n'a ni étendue, ni bornes: mais, par la foi nous connaissons son existence, par la gloire ;) nous connaîtrons sa nature : or, j'ai déjà montré qu'on peut bien connaître l'existence d'une chose, sans connaître sa nature.
[7] Parlons maintenant selon les lumières naturelles. S'il v a un
— l'A1 ne veut. - Cet alinéa, qui interrompt la suite des idées, a clé
ajouté en surchage. IIAV le joint à l'alinéa précédent pour en forma- une pensée à part (x, 1 bis). - '■'■ A1 moins étonner. ' FAI' pondue nature (virgule), finis
( point virgule) ; IIAV nature (point), finis (point virgule) : MOI. nature (point 1. finis (virgule). Mais « comme » signifie <.<. ainsi ». « par exemple » et POR iï écrit : comme. par exemple. C'est ce sens que donne ma ponctuation. La ponctuation des autres éditeurs semble donner au mol comme le sens de « parce que. vu que ». • I- AI
tous nombres finis. ,; Ce l est en marge de l'alinéa précédent. IIAV et .MOL le
suppriment. FAI' l'intercale après nombre fini. 7 A1 Mais nous connaissons.
N A1 parce que nous avons rapport à lui par l'étendue, et disproportion par les limites. 1 \' par la gloire, sa nature. (Nous connaîtrons : en surcharge.)
Dieu, il est infiniment incompréhensible, puisque, n'ayant ni parties ni bornes, il n'a nul rapport avec 10 nous : nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu'il est, ni s'il est. Cela étant, qui osera entreprendre de résoudre cette question ? Ce n est pas nous, qui n'avons aucun rapport à lui.
[8] Qui blâmera n donc les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leur créance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison ? Ils déclarent, en l'exposant au monde, que c'est une sottise, « stultitiam » [Saint Paul, I Cor., i. 19 et Montaigne, ii 12], et puis, vous vous plaignez de ce qu'ils ne la prouvent pas ! S'ils la prouvaient, ils ne tiendraient pas parole : c'est en manquant de preuves qu'ils ne manquent pas de sens.
(i — « Oui : mais encore que cela excuse ceux qui l'ofirent telle, et que cela les ôte de blâme 12 de la produire sans raison, cela n'excuse pas ceux qui la reçoivent. »
[10] — Examinons donc ce point, et disons : « Dieu est, ou il n'est pas ». Mais, de quel côté pencherons-nous ? La raison n'v peut rien déterminer : il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l'extrémité de cette distance 13 infinie, où il arrivera croix ou pile : que gagerez-vous u? Par raison, vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre; par raison, vous ne pouvez défendre nul des deux. Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix : car vous n'en savez rien.
[11] — «Non; mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix, mais un choix : car, encore que celui qui prend croix et l'autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est de ne point parier. »
12 - Oui; mais il faut parier '•"'. Cela n'est pas volontaire : vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc li; ? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre 1T : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ls : et votre nature a deux choses à fuir : l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée 10, puisqu'il faut nécessairement choisir, en choisissant l'un que
in FAI' rapport à nous. - " Les § s et g en surcharge, au-dessous de la pensée 7.
13 FAT du blâme. |: V jeu dans cette distance infinie. " MOL gagnerez. 15 B'-' choisir. "'■ B- lequel choisissez-vous ? " A1 deux choses à perdre et à engager (le vrai et le bien et deux choses : en surcharge). ,s A1 béatitude. Votre raison n'est, etc. (Votre nature la misère : en surcharge). VJ V
blessée en choisissant (puisqu'il choisir : surcharge placée après autre par I1AV
l'autre 20. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude 21 ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si nous gagnez, vous gagnez tout : si vous perdez, vous ne perdez rien : gagez '-'donc qu'il est, sans hésiter.
II [131 — « Cela est admirable. Oui, il faut gager l; mais je gage peut-être trop ? »
[14] — Voyons. Puisqu'il y a pareil hasard de gain et de perte, si vous n'aviez qu'à gagner deux vies pour une 2, vous pourriez encore gager. Mais s'il yen avait trois à gagner, [i5] il faudrait jouer (puisque vous êtes dans la nécessité de jouer), et vous seriez imprudent, lorsque vous êtes forcé à jouer, de ne pas hasarder votre vie pour en gagner trois. à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a une éternité de vie et de bonheur. Et cela étant, quand il y aurait une infinité de hasards dont un seul serait pour vous, vous auriez encore raison de gager un pour avoir deux, et vous agiriez de mauvais sens 3, étant obligé à jouer, de refuser de jouer une vie contre trois à un jeu, où d'une infinité de hasards il v en a un pour vous, s'il v avait une infinité de vie i infiniment heureuse à gagner. Li6 Mais il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un 5 hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez est fini. Cela est tout parti : partout où est l'infini, et où il n'y a pas infinité de hasards de perte contre celui de gain, il n'y a point à balancer ,;. il faut tout donner. Et ainsi 7, quand on est forcé à jouer, il faut renoncer à la raison, pour garder 8 la vie, plutôt que de la hasarder pour le gain infini aussi prêt à arriver que la perte du néant.
[17] Car il ne sert de rien de dire qu'il est incertain si on gagnera, et qu'il est certain qu'on hasarde; et que l'infinie distance qui est entre la certitude de ce qu'on s'expose 9 et I'incertitude de ce qu'on gagnera égale le bien fini, qu'on expose 10 certainement, à l'infini n, qui est incertain. Cela n'est pas lL> : aussi tout joueur hasarde avec certitude pour
et MOI.. '-'" A1 que l'autre. Mais votre béatitude. (Voilà un point vidé : en surcharge.
-' A1 béatitude ? Voyons. Si vous prenez croix que Dieu est. et si vous perdez, que perdez — B- pesons le gain et la perte, en prenant le parti de croire que Dieu est.
'-"-' B- croyez donc si vous pouvez.
Il — * B- il faut croire, mais je hasarde. -' A1 pour une. et autant de hasards
de gain que : A' et VOUS auriez ton en refusant de jouer. ' A1 une infinité
de vie à papier. 5 A1 gagner, et autant de hasards de gain que de perte. B un
hasard de gain, et un nombre infini de hasards de perte. ,: A1 il n'y a pas deux
partis. "' A1 et quand on est. - s A' choisir la vie. !l A1 de ce qu'on hasarde-
10 A1 qu'on hasarde, à l'incertitude " A1 l'infini qui peut 12 FAI
gagner avec incertitude : et néanmoins il hasarde certainement le fini pour gagner incertainement le fini 1:\ sans pécher contre la raison. 11 n'y a pas infinité de distance entre cette certitude de ce qu"on s'expose et l'incertitude du gain ; cela est faux. 11 y a. à la vérité H. infinité entre la certitude de gagner et la certitude de perdre '"'. iN Mais l'incertitude de gagner est proportionnée à la certitude de ce qu'on hasarde, selon la proportion des hasards de gain et de perte. Et de là vient que, s'il y a autant de hasards d'un côté que de l'autre, le parti est à jouer égal contre égal; et alors la certitude de ce qu'on s'expose est égale à l'incertitude du gain : tant s'en faut qu'elle en soit infiniment distante. Et ainsi, notre proportion est dans une force infinie, quand il y a le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et l'infini à gagner. Cela est démonstratif: et si les hommes sont capables de quelques vérités, celle-là l'est.
[19J — «Je le confesse; je l'avoue. Mais encore n'y a-t-il point moyen de voir le dessous du jeu ? »
— Oui : l'Ecriture et le reste, etc.
- « Oui : mais j'ai les mains liées et la bouche muette : on me force à parier, et je ne suis pas en liberté; on ne me relâche pas; [20 et je suis fait d'une telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse ? »
[2 il ■ — Il est vrai. Mais apprenez au moins votre impuissance 16 à croire, puisque la raison vous y porte, et que néanmoins vous ne le pouvez; travaillez donc, non pas à vous convaincre par l'augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions. Vous voulez aller à la foi, et vous n'en savez pas le chemin : vous voulez vous guérir de l'infidélité, et vous en demandez le remède : 22 apprenez 1T de ceux qui ont été liés comme 1S vous, et qui parient maintenant tout leur bien VJ ; ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre, et guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé : c'est en faisant tout comme s'ils croyaient, en prenant
n'est pas ainsi; tout joueur... - 1:! A' le fini, il n'y a pas... (sans pécher... raison : en surcharge). " A1 il y a infinité (à la vérité : en surcharge). '"' A' de perdre.
L'incertitude de ce gain tait entre nos partis, qui détermine notre ": V que
votre impuissance à croire ne vient que du défaut de vos passions (MOL lit pas du défaut). Vous ne renverseriez pas la raison, en croyant, puisque être obligé à croire et
à nier ne peut 17 Celle phrase, A 4. en haut, sur la feuille renversée.
18 B qui ont été tels que vous. - '■' B2 qui renoncent maintenant à tout leur bien. — A1 leur bien. Suive/, etc. (Ce sont gens qui voulez guérir : en surcharge.)
de l'eau bénite, en faisant dire des messes, etc. : naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira.
[23] — « Mais c'est ce que je crains. »
— Et pourquoi ? Qu'avez-vous à perdre?''... Mais, pour vous montrer que cela y mène, c'est que cela diminuera les passions, qui sont vos grands obstacles... [24] Or-0 quel mal nous arrivera-t-il, en prenant ce parti ? Vous serez (idèle. honnête, humble, reconnaissant, bienfaisant, ami sincère 21, véritable. A la vérité, vous ne serez pas dans les plaisirs empestés, dans la gloire, dans les délices, mais n'en aurez-vous point d'autres? Je vous dis que vous y gagnerez en cette vie, et que, à chaque pas que vous ferez dans ce chemin, vous verrez tant de certitude du gain 22, et tant de néant de ce que vois hasardez, que vous connaîtrez à la fin que vous avez parié pour une chose certaine, infinie, pour laquelle vous n'avez rien donné.
[25] — « Oh ri ! ce discours me transporte, me ravit, etc. »
— Si ce discours vous plait et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après, pour prier cet Etre infini et sans parties, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi le vôtre pour votre propre bien et pour sa gloire : et qu'ainsi la force s'accorde avec cette bassesse.
7. On a bien de l'obligation à ceux qui avertissent des défauts,
car ils mortifient. Ils apprennent qu'on a été méprisé; ils n'empêchent pas qu'on ne le soit à l'avenir, car on a bien d'autres défauts pour l'être : ils préparent l'exercice de la correction et l'exemption d'un défaut.
<S. La seule science contre le sens commun et la nature des
hommes '. est la seule qui ait toujours subsisté parmi les hommes.
" Le % 24 est A 7. en marge, précède des mots Fin de ce discours. FAUJet MOL le rejettent à la fin de la pensée. Mais la fin du discours doit nécessairement venir avant la réponse de l'interlocuteur : oh! ce discours me transporte. ''' MOL lit
une virgule après ami. Mais vous serez ami a-t-il un sens? — FAU sincère ami. '-' MOL de gain. -'• Ce % i>3, A 4, en haut, sur le papier renversé.
7. A4— B 207 — C 418— FAU 11. 171 - HAV xxv, 38 — MOL 1, 124.
<S A 7 (en marge,). — BOS II. tv, 9 — FAU 11, 172 — HAV m. 9 bis -
MOL 1, 3o3.
— ' A1 des hommes, a toujours subsisté.
— Cf la pensée 545.
9. - La coutume est notre nature. Qui s'accoutume à la foi la croit, et ne peut plus ne pas 1 craindre l'enfer, et ne croit autre chose. Qui s'accoutume à croire que le roi est terrible, etc.
Qui doute donc que notre âme étant accoutumée à voir nombre, espace, mouvement, croie cela et rien que cela ?
10. - Croyez-vous 1 qu'il soit impossible que Dieu soit infini, sans parties ? — « Oui. » — Je vous veux donc faire voir une 2 chose infinie et indivisible : c'est un point 8 se mouvant partout d'une vitesse infinie : car il est un en 4 tous lieux, et est tout entier en chaque endroit.
Que cet effet de nature, qui vous semblait impossible auparavant, vous fasse connaître qu'il peut y en avoir d'autres que vous ne connaissez pas encore. Ne tirez pas cette conséquence de votre apprentissage, qu'il ne vous reste rien à savoir: mais qu'il vous reste infiniment à savoir.
11 . Le cœur a ses raisons l, que la raison ne connaît point : on le sait en mille choses. Je dis que le cœur aime l'être universel 2 naturellement et soi-même naturellement, selon qu'il s'y adonne : et il se durcit contre l'un ou l'autre, à son choix. Vous avez rejeté l'un et conservé l'autre : est-ce par raison que vous vous 3 aimez ?