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l'homme; il manifeste « une grande joie de voir la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes»: il insiste sur ridée que seule la religion chrétienne peut résoudre ces contrariétés, et concilier le Manuel avec les Essais : W ' dr ma's du moins il reconnaît que ces contrariétés mêmes ont un bon résultat, vj ,0 puisqu £<<. elles l'ont conduit à la véritable religion »| et, dans l'allure générale de l'exposé, dans le ton dont il s'exprime, il conserve encore une certaine modération qu'il n'aura plus, quand il s'écriera un jour : « OmpIIp chimère est-ce donc
..que l'homme ! r|na.qiip H'inrprtitijHp et d'erreur. » C'est que, après la victoire
qu'il venait enfin de remporter sur le monde et sur lui-même, un grand apaisement s'était fait en lui. Délivré des remords qui le tourmentaient auparavant, heureux de se retrouver en union de sentiments avec ceux qu'il aimait, désormais sur de la voie dans laquelle il allait ^'pngagpr, !l avait acquis la joie et la sérénité chrétiennes.. .e t son bonheur sj£i'rnis^ajj: du souvenir de sesangoisses passées. « J'ai, lui écrivait Jacqueline le 19 janvier 1 655, j'ai autant de joie de vous trouver gai dans la solitude, que j'avais de douleur quand je voyais que vous l'étiez dans le monde: je ne sais néanmoins comment M. Singlin s'accommode d'un pénitent si réjoui. >•> Pour que la foi de Pascal prenne un caractère plus ascétique et plus sombre, il faudra qu'elle soit surexcitée par la contradiction, enflammée encore par le miracle de la Sainte-Epine, attristée par la persuasion où il sera que les autres hommes se damnent, et qu'il ne peut guère pour leur salut.
La joie de Port-Royal tout entier avait été grande à la conversion de Pascal ; et ce triomphe dut consoler un peu les jansénistes des persécutions qu'ils commençaient à souffrir. Pour le dogme, ils soutenaient une doctrine suspecte et contre laquelle s'élevaient beaucoup de théologiens : pour la discipline, ils prêchaient une réforme intérieure de l'Eglise par un retour à l'austérité des premiers âges: et le clergé, comme les fidèles, refusait en général de les suivre. Pascal avait naturellement embrassé ces idées avec son emportement habituel. Dans sa Comparaison des chrétiens des premiers temps avec ceux d'aujourd'hui (i655?), il insiste avec amertume sur le relâchement extrême de l'Eglise et voudrait y porter s^f remède. Mais c'est dans les Provinciales quese trouvent au plus haut point unies (v \K^ces deux exigences — d'ailleurs connexes — jdu jansénisme! la réforme du dogme siV . k et laj;éfouii£-d£ la morale. En effet, si douze Provinciales sont consacrées à la v question de la/casuistiqTIë/et de la morale facile, il v en a sept qui sont exclusive- - « ment remplies par la ftFféorie de la grâce) Sans doute, les Provinciales qui traitent (y de la morale ont, dans la suite, paru être les plus importantes et exercer l'influence la plus vive : mais leur succès tient assurément à Hp<, <-an<;es où la théologie et la morale n'e4^-uqai'xw^~fia-tt—ass£z jestreinte : leur niéme Jhtéjaii&--a-scdjiit les connaisseurs ; les ennemis des Jésuites les ont portées aux nues, pour ébranler le crédit de la puissante Société: les ennemis du christianisme en ont tiré parti pour discréditer l'Eglise elle-même, la confession et la direction de conscience. Mais si Pascal a jugé utile à sa cause de faire dans ces douze lettres une diversion efficace contre l'adversaire, on peut être certain que celles où il expose le dogme janséniste de la grâce ne sont point à ses yeux les moins importantes. Bien plus,
la question de la casuistique n'attire son attention que pour se rattacher étroitement à la question de la grâce. Car il est évident qu'une morale relâchée ou même indulgente ne s'accorde point avec un sentiment bien profond de la perversité foncière de l'homme et de la déchéance originelle : si la nature, sans la grâce. suffit pour observer la loi morale, c'est que cette morale est « toute païenne ». Voilà pourquoi Pascal devait attaquer la morale des Jésuites, comme il attaquait leur doctrine de la grâce : il voyait dans l'une un principe faux, dangereux et hérétique, et dans l'autre une conséquence très logique de la première, mais, par là même, fausse, dangereuse et hérétique.
Dans la polémique qui s'ensuivit, il arriva naturellement ce qui se produit dans toutes les discussions : les deux partis s'obstinèrent chacun dans sa thèse, virent de plus en plus clairement la fausseté de la thèse opposée, err conclurent vite à la mauvaise foi et à la malice de leurs adversaires, si bien qu'à mesure que leurs doctrines allaient se précisant, leur conviction allait s'exaspérant. Les objections e*t les pamphlets, en obligeant Pascal à une logique plus étroite et plus serrée, le forcèrent à suivre sa doctrine jusqu'au bout et à pousser jusqu'à ses conséquences les plus éloignées le dogme terrible de /a prédestination,. La présence continuelle de ces croyances dans son esprit les fit pénétrer de plus en plus dans son âme, les incorpora pour ainsi dire à sa substance pensante, et en tit invinciblement les principes directeurs de sa raison, de son imagination et de sa conduite. Assiégé dans Port-Royal, ce fort du jansénisme, par les pamphlétaires. par les Jésuites, par la Sorhonne par le gouvernement, par le Pape, il fut bien vite saisi de la fièvre qui animait tous les défenseurs, et sa foi n'admit plus aucun tempérament. (>[■ »■> r '' -
Cette chaleur toujours croissante, nous la sentons d'une manière assez évidente dans la succession de ses Provinciales. Dans les trois premières, où cependant il agite les graves matières de la grâce et expose les subtilités d'une chicane théologique, il a pris un tour et un air cavaliers, tout nouveaux alors dans la polémique religieuse. Il se souvient des élégances mondaines qu'il a jadis acquises dans les salons, et traite ces questions obscures avec l'agrément d'un homme du monde et la souplesse d'un homme d'esprit : l'auteur de ['Art de persuader, désireux de plaire à son public, sait bien lui faire quelques sacrifices. et ne recule point même devant les jeux de mots '. C'est bien mieux encore. quand, avec la quatrième lettre, il commence la comédie, et pose devant nous la candide figure de ce bon Père Jésuite, si plein de bonnes intentions et si naïvement malhonnête homme, mauvais chrétien et mauvais prêtre. Alors, après un signe d'intelligence au public, il l'entreprend, le circonvient, le trouble, et. sans que sa victime s'en doute, il lui arrache les aveux les plus compromettants, soit qu'il le pique par une feinte incrédulité, soit qu'il l'excite par une admiration simulée, soit qu'il l'encourage par une curiosité approbatrice, soit qu'il le pousse à s'enferrer davantage par des protestations indignées. Mais, quand il connaît mieux
1 Lettre i (sur le mot prochain) : voir aussi les assonnances comiques de la \