‹ Les Pensées de PascalChapitre 2 sur 22 · Miracle de la sainte Épine · texte numérisé non relu

Miracle de la sainte Épine

inte et grave. Tantôt nous croyons voir se dessiner I dos yeux an Montaigne, sceptique, amèrement malicieux, douloureusement ironique, un Montaigne malade, et qui se

torture, au lieu de reposer sur 1' « oreiller » du doute iinî- \ erse! a. (F lgost'.)

Peut-être Pascal résume-t-il tous ces traits, et de là vient son étonnante originalité. Cependant, on a dit de lui avec raison • qu'il est plus un homme qu'un esprit » : c'est le caractère distinctif de ce « génie effrayant » ; c'est par là qu'il se sépare d'un Montaigne ou d'un Descartes, plus épris l'un et 1 autre des idées que des hommes. « Cet ascétisme passionné, dit M. Nisard, cette dureté pour lui-même, ce détachement de toutes les affections, témoignent d'une nature tendre et sympathique. » Aussi, sa vie est-elle une incessante aspiration vers le bien, un désir inassouvi de la perfection, dans le doute de ne pouvoir la réaliser jamais. Pascal semble ainsi n'avoir obéi qu'à son cœur : sa foi elle-même n'est qu'amour, abandon, sacrifice. De ces deux mondes qu'il oppose sans cesse, l'un petit, caduc et misérable, l'autre infini, indéfectible et glorieux, il en a le sentiment plutôt que la vision nette et lumineuse, d'où ses doutes et tant de tortures morales. Son éducation et son penchant l'inclinent vers la philosophie et vers la science, mais un mystérieux attrait des choses supérieures à la nature l'en détache et l'absorbe. Il connaît la souffrance qui naît de cette lutte, et il s'y abîme de plus en plus, jusqu'à en être meurtri. Le suprême remède est de tout mépriser, de tout ignorer, et de croire; sa vie, quelle qu'ait Ole d'ailleurs l'influence de la science et du monde, n'est ainsi qu'un long acte de foi.

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