CHAPITRE V. — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
que la fortune vous donne ses faveurs. Car le pouvoir est lié à la bonne entente et le malheur est lié à la discorde. Et pour que l'édifice de votre puissance soit fondé sur l'accord, je me suis occupé de fixer la loi, afin que jusqu'à la fin des temps, échappant aux effets néfastes de la dispute et de l'envie, il subsiste avec la garantie de sa sécuriîé. Que si vous suiviez le chemin de la contradiction, le jardin de cette dynastie serait flétri et fané par les vents de la calamité, et pendant longtemps il ne retrouverait plus sa verdeur et sa floraison. » Puis il confia à l'oreille de ses fils dix conseils, pareils à autant de perles précieuses, et le détail de ers conseils est exposé dans des livres.
Après avoir terminé ses recommandations, Djenghîz demanda : « Qui de vous convient-il de mettre à ma place après moi ? » Ses fils d'un commun accord, ayant fléchi le genou, répondirent : « Le Père est le maître, et nous sommes ses esclaves. Nous nous inclinons devant sa décision. » Djenghîz dit alors : « J'établis donc Khan Oktaï, et je place dans les mains de sa capacité les rênes des affaires du monde, et j'ai pleine confiance en toute aftaire dans la science et le courage de Karadjar Nouîân. » Après cela, il ordonna que le livre de la promesse (de l'institution d'héritier) de Qabl
Khan et de Qâtchouli Bahâdir, qui est marqué du sceau royal de Toumeneh Khan, et sur lequel ses pères, selon leur ordre, avaient signé leurs noms, fût apporté du trésor et présenté à ses fils, afin, leur dit-il, que « comme moi et Karadjar Nouïân nous nous sommes engagés par cette voie, la même coutume soit suivie entre vous ». Ensuite il donna à Djagataï la Transoxiane et une partie des contrées voisines de ce pays... Il fit écrire un livre d'alliance entre Oktaï et Djagataï et ses frères... Enfin il ajouta : « Lorsque l'événement inévitable se produira, ne poussez pas de cris et de lamentations ; au contraire tenez ma mort cachée afin que l'ennemi n'en soit pas informé ; et lorsque Hâkim Chéïdarqou e'c sa suite seront arrivés, mettez-les à mort et n'en laissez subsister aucun, afin que l'autorité demeure tranquille entre vos mains. » Cette dernière recommandation fut exécutée. Ces faits se passaient en ramadan de l'an 624.
Les restes de Djenghîz-Khân furent déposés au pied d'un arbre, près duquel il s'était un jour reposé pendant la chasse, et dont il avait dit qu'il était convenable pour son tombeau.
Un des plus grands historiens de la Perse fut Rachîd ed-Dîn el-Hamadâni, personnage