CHAPITRE V. HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
méthodes différentes des maîtres de l'école de Basrah et des Grecs modernes, des Indiens, des Grecs de l'antiquité et des Babyloniens. » De 14 à 17 ans, il étudia la jurisprudence, les traditions et les commentaires du Coran. A 32 ans, son éducation continuant toujours, il apprit les langues « dans lesquelles ont été écrits les trois livres révélés, le Pentateuque, les Psaumes et l'Evangile, » Il étudia encore la logique, la médecine, les mathématiques transcendantes, l^conomie politique ; enfin, à 42 ans, les sciences occultes. Assuré dès lors qu'il n'avait plus rien à connaître, il se rendit en Egypte où il acquit une situation considérable.
La suite de sa vie est compliquée. Nâsiri, obligé de s'enfuir d'Egypte après y avoir servi les Fâtimides, aurait été reçu par le Khalife de Bagdad Qâïm billah, puis chargé d'une mission auprès des Ismaéliens. Il aurait sympathisé avec ces sectaires et aurait même rédigé un commentaire du Coran d'après leur doctrine.; puis, accusé de sortilège, il se serait évadé d'entre leurs mains. De là on le voit passer, toujours persécuté, à Nîsâbour, puis dans la province de Badakhchan, et enfin aller s'enfermer dans une caverne où il vécut 25 années dans les exercices de l'ascétisme. Il mourut en prononçant la profession de foi chiite, l'an 4&1 de l'hégire (1088).
En réalité il fut peut-être quelque temps au service de Mahmoud le Ghaznévide et de son fils Mas'oud ; auparavant il avait voyagé dans le Moultan et dans le nord de l'Inde. Il fut ensuite l'un des fonctionnaires de Togrul-Beg ; un Jour, mû par un songe, il se démit de sa charge et se mit à voyager. On ne comprend pas très bien la raison mystique qu'il donne de ce voyage, mais on sait par de nombreux exemples que les inclinations mystiques sont souvent accompagnées, chez les Orientaux, du goût de l'errance.
« Je quittai, dit-il, le lieu où je résidais, et j'entrepris un voyage. J'oubliai ma demeure, les jardins et les pavillons de plaisance. J'avais, pour donner satisfaction à mon désir, étudié le persan, l'arabe, l'indien, le turc, le sindien, le grec, l'hébreu, la philosophie de Many, et les doctrines des Sabéens et des rationalistes... Souvent, dans le cours de mon voyage, je n'ai eu que la pierre pour matelas et pour oreiller ; souvent les nuages m'ont servi de tente et de pavillon. Tantôt je descendais dan^ les profondeurs de la terre, jusqu'au Poisson qui la supporte ; tantôt sur le sommet des montagnes, je m'élevais plus haut que les Gémeaux. »
Ce genre n'est pas littérairement ennuyeux ; on est cependant bien aise de constater que le voyage lui-même est raconté dans un style plus positif. Il est vraiment intéressant.