CHAPITRE V. HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
Nâsiri Khosrau visite l'Assyrie, la Palestine, l'Egypte, la Syrie et la Perse. Il est attentif et parle quelquefois en savant et en ingénieur plus qu'en poète. Ainsi il note ceci sur le Démawend : « Entre Rey et Amol s'élève la montagne de Démawend, qui a la forme arrondie d'une coupole. Elle porte aussi le nom de Levassan. Au sommet s'ouvre un cratère d'où l'on extrait du sel ammoniac et du soufre. Des gens portant des peaux de bœufs gravissent cette montagne ; ils remplissent les peaux d'ammoniac et les font ensuite rouler jusqu'en bas, car il n'y a point de chemin qui leur permette de les transporter. »
A Amid, il remarque les fortifications : « Cette ville est construite sur un rocher. . . Elle est entourée d'une muraille fortifiée dont les pierres sont noires et dont les blocs taillés pèsent chacun de 100 à 1000 men et même davantage. Ils ne sont joints ensemble ni avec du ciment, ni avec du mortier. La muraille a 20 ârech de hauteur et 10 d'épaisseur. De cent guez en cent guez, on a construit une tour dont le diamètre est de 80 guez, et dont les créneaux sont formés de ces mêmes pierres noires. Du côté de l'intérieur de la ville, on a pratiqué en maint endroit des escaliers qui conduisent en haut des remparts. Il y a au sommet de chaque tour une plate-forme pour les combattants. » Ces forti-
fications, décrites avec une précision toute scientifique, étaient l'œuvre d'anciens ingénieurs grecs.
Nâsiri Khosrau donne encore d'intéressants détails sur Jérusalem, sur l'église du Saint- Sépulcre qui venait d'être rebâtie lorsqu'il la visita, sur les édifices situés dans l'enceinte du Haram ech-Chérîf. Il en donne aussi sur la Ka'ba de La Mecque. Il décrit de façon curieuse les palais du Sultan à Misr, les faïences à reflets métalliques qu'on fabriquait dans cette ville, faïences fines et diaphanes, décorées avec des couleurs analogues à celles des étoffes dites bouqalémoun ; les nuances se modifient suivant les positions que l'on donne au vase. Enfin un bon passage est relatif à l'organisation, en Arabie, des Karmathes communistes de Lahssa.
L'édition qu'a donnée M. Schefer de cet intéressant ouvrage est ornée de jolis plans coloriés de La Mecque et de Médine.
Nous parlerons maintenant d'un auteur qui n'a pas écrit en persan, mais qui a du moins vécu dans les régions voisines de la Perse et subi l'influence de sa civilisation : c'est le biographe du Sultan duKhârezm, Djélâl ed-Dîn Mankobirti. Ce Sultan, d'un caractère