CHAPITRE V. — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
aventureux, a eu le grand honneur de lutter avec beaucoup d'activité et de courage contre l'invasion de Djenghîz-Khân. Nésawi, qui l'a suivi dans toutes ses campagnes en qualité de secrétaire, nous raconte sa vie moins en historien qu'en témoin (1). Assurément, il n'a pas les qualités qui font les grands historiens : l'ampleur des vues, le mouvement, la netteté, le relief. Il semble que parfois il se perd et se fatigue un peu dans les détails de son sujet, qu'il accumule les uns sur les autres non sans un peu de confusion et de monotonie. Certes, le miUeu où il vivait était anarchique et compliqué. Cependant un auteur d'un génie plus énergique eût tiré un plus grand effet de cette lutte de petits dynastes d'éducation persane contre un ennemi étrange, barbare, encore mal connu, dont les hordes nombreuses, la puissance rapidement grandissante et l'ambition assez manifeste présageaient de profonds bouleversements et devaient produire une mystérieuse terreur. Il faut reconnaître néanmoins que, malgré la faiblesse relative de l'auteur, ces mémoires,
1. Histoire du sultan Djelâl ed-Dîn Mankobirti, prince du Khârezm, par Mohammed en-Nesawi, texte arabe, éd. 0. Houdas, 1891, trad. par le même, 1895, volume faisant partie des Publications de VEcole des Langues orientales vivantes. Il y a un bon chapitre résumé sur le même Sultan dans le tarîkhi guzidé de Mustaufi, trad. Gautin,
écrits à une pareille époque et en un tel moment, ont une valeur qu'il serait difficile de surestimer.
Djélâl ed-Dîn était le fils aîné du Sultan du Khârezm Sindjâr et d'une princesse nommée Ay Djidjâk. Son père, que notre historien appelle le grand Sultan, et à qui il consacre les premiers chapitres de son œuvre, fut en effet un dynaste assez considérable et heureux dans la plus grande partie de son règne. Nous en avons déjà parlé. Il est connu en littérature pour avoir été le protecteur de l'un des plus grands poètes persans, Envéri. Il mourut au milieu d'une guerre contre les Tartares dans une île de la mer Caspienne. Soii corps, transporté ensuite dans une citadelle, tomba au pouvoir des Tartares qui l'envoyèrent à leur grand Khân, lequel le fit brûler.
Au moment où Djélâl ed-Dîn monta sur le trône du Khârezm, Djenghîz-Khân s'était déjà emparé de Bokhâra ; il attaquait Nésa, pays d'origine de l'auteur de ces mémoires, qui formait la défense extrême du Khârezm. Cette place tomba en son pouvoir. Djélâl ed-Dîn revint dans le Khârezm et y resta peu ; il s'en alla du côté de l'Inde, où il rencontra Djenghîz- Khân sur les bords de l' Indus. Là, il lui livra une bataille que l'historien intitule naïvement : « Bataille des plus considérables et affaire des