CHAPITRE V. — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
plus désastreuses. » Djélâl ed-Dîn chargea en personne contre le centre de l'armée de Djenghîz, « qu'il tailla en pièces et mit en morceaux. Consterné, le Maudit (Djenghîz) prit la fuite, pressant les flancs de sa monture dans l'espoir d'échapper à la mort. Peu s'en fallut que la fortune ce jour-là ne se déclarât contre les Infidèles, et qu'une déroute définitive ne fût infligée à ces suppôts de l'Enfer. Mais le Maudit, avant la bataille, avait placé en réserve et en embuscade un corps de mille cavaliers choisis parmi ses meilleures troupes. Ces soldats fondirent sur ^ l'aile droite de Djélâl ed-Dîn, la culbutèrent et la rejetèrent sur le centre, dont les lignes rompues se débandèrent et lâchèrent pied ». L'armée du Khârezm fut poussée vers l' Indus. Des cadavres souillés de sang, des corps flottant sur le fleuve, c'est tout ce qui en restait à la fin de cette journée.
Le fils de Djélâl ed-Dîn, un enfant de 7 ou 8 ans, fut fait prisonnier au cours de la lutte, et amené à Djenghîz qui le fit tuer sous ses yeux. Djélâl ed-Dîn se retrouva sur les bords du fleuve où il vit ?a mère, la mère de son fils et toutes ses femmes, qui le supplièrent à grands cris de les tuer plutôt que de les laisser tomber captives aux mains du vainqueur. Le Sultan les exauça et les fit noyer. Quant à lui, revêtu de son appareil de guerre, il lança son cheval dans
les flots tumultueux, et cet excellent coursier traversa à la nage le grand fleuve.
Nous ne pouvons suivre tout le récit des luttes de Djélâl ed-Dîn ni des intrigues entre les princes et personnages de second ordre qui s'agitent autour de lui dans le cadre de son règne assez long. En dehors de ses guerres contre Djenghîz- Khân, Djélâl ed-Dîn remporta sur ses voisins d'assez nombreux succès ; mais enfin les Tartares étant arrivés jusqu'aux frontières de l'Adzerbaïdjân, le battirent à Moukân, puis à Amid, où il trouva la mort.
Cette dernière bataille est racontée par Nésâwi avec beaucoup de vie et de sentiment, comme la première. L'écrivain avait perdu de vue son maître pendant la déroute : « Séparé du Sultan par l'attaque des Tartares, je fus entraîné, dit-il, dans ma fuite, jusqu'à Amid. J'y arrivai après m'être caché durant trois jours dans quelque caverne. Après avoir été retenu pendant deux mois dans cette ville dont il m'avait été interdit de sortir, je gagnai Ardébil, puis l'Adzerbaïdjân, non sans avoir été éprouvé par toutes sortes de malheurs et de vicissitudes. Enfin j'arrivai à Mayâfârekin accablé de fatigues et de soucis, la bourse vide et presque nu, mes vêtements ayant été mis en lambeaux... Dans toutes les villes dépendant du Sultan, où je passais, je trouvais les habitants en émoi, mais persuadés