‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 111 sur 192 · CHAPITRE V. HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS

que leur Maître vivait encore, qu'il réunissait de nouvelles troupes et des approvisionnements ; nouvelles mensongères ; illusions forgées par l'afiection et le dévouement. Ce ne fut qu'en arrivant à Mayâfârekin que j'appris avec certitude que le Sultan était mort. »

Outre ces grands faits, l'ouvrage de Nésâwi renferme un certain nombre de curieux et intéressants détails, quelquefois amusants, plus souvent dramatiques. Il y en a sur des princesses, sur des docteurs, quelques passages fort remarquables sur les Ismaéliens, leur fanatisme, leurs crimes, d'autres sur des bijoux, des cadeaux, ou sur des types originaux. Bien amusante est l'histoire de cet occultiste qui avait fabriqué pour le sultan Sindjâr, au moment où il marchait sur Bagdad, une statuette convenablement ensorcelée. Cette statuette devait être enterrée à Bagdad, et alors tous les souhaits du Sultan se trouveraient réalisés. Le prince la confia à un ambassadeur qu'il envoyait dans cette capitale, et celui-ci l'enterra dans sa maison. Mais plus tard le sorcier crut s'apercevoir qu'il s'était trompé : La statuette enterrée, au lieu d'être utile au Sultan, lui nuisait, et favorisait son adversaire le Khalife ; il fallait donc la déterrer. Le même ambassadeur fut envoyé de nouveau ; mais malgré toutes ses finesses il ne put rentrer

dans la maison où il avait logé la première fois, et la statue resta sous terre. Nésâwi lui-même s'amuse de cette crédulité d'un grand prince, ajoutant en bon Musulman que « Dieu seul connaît les tables du destin >?.

Et comment ne pas s'arrêter avec plaisir à une page comme celle où sont énumérés les cadeaux envoyés par le Khalife au Sultan (irad. p. 315) : chevaux portant à leurs sabots des fers d'or de cent dinars ; boucliers d'or ornés de perles ; chevaux couverts de housses en satin grec doublées de satin de Bagdad ; guépards pour la chasse avec housses de satin et colliers d'or ; faucons avec capuchons brodés de petites perles ; boules d'ambre cerclées d'or ; robes d'honneur en quantité, etc.

M. Houdas qui a fait connaître cet intéressant ouvrage dans la Collection de VEcole des Langues orientales, reproche à Nésâwi de n'avoir pas le style simple, précis et nerveux des bons historiens arabes, et d'avoir préféré la manière un peu précieuse, recherchée et métaphorique des historiens persans. Il s'en est suivi pour l'intelligence de l'unique manuscrit de ce livre une difficulté plus grande, que le savant orientaliste français, dans sa traduction très coulante et très littéraire, a heureusement surmontée.

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