‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 119 sur 192 · CHAPITRE VI. — LES HISTORIENS TURCS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — LES HISTORIENS TURCS

l'empire de Roum » par cette promesse corrélative : « la plus grande bataille sera la prise de Constantinople » ... Alors ces héros de la guerre sainte, se préparant à se dépenser corps et âme dans la voie de la religion, firent resplendir nuit et jour le champ de bataille des lueurs de leurs épées.

Cependant le Sultan fortuné, voyant que la déesse de la victoire faisait des coquetteries pour se montrer, réunit tous ses émirs à l'esprit brillant et parla ainsi : « L'entrée de ce côté est fermée par un fossé profond, et les moyens de le défendre et de le garder sont innombrables. Le fossé ne peut être passé sans une grande peine, et le courrier de nos méditations ne trouve pas un point où l'on puisse franchir les remparts. Il y a trois murs. Faire porter l'effort de ce seul côté est perdre le temps. En combattant sur un seul endroit, il sera difficile de vaincre l'ennemi et il s'ensuivra la mort de beaucoup d'hommes. Il faut trouver moyen d'attaquer aussi les fortifications du côté de la mer. »

Sur le détroit qui sépare Stamboul de Galata, une chaîne était jetée, qui fermait le passage aux vaisseaux ; il n'était pas possible d'en amener de ce côté-là ; et tous les soutiens du trône (les conseillers) qui firent courir leurs pensées rapides sur ce sujet, n'arrivèrent pas à une conclusion. A la fin ceci se manifesta à la pensée

du chah inspiré, conquérant des régions : du côté du nouveau fort, on tirerait des vaisseaux, et par derrière Galata on les amènerait à la mer, et l'on battrait les fortifications aussi du côté de la mer avec des canons qu'on ferait passer. Quoique ce projet fût en dehors des possibiUtés ordinaires, avec l'appui du monarque ortuné, il fut aisément réalisé ; par les étonnantes dispositions de ses savants habiles dans l'art de la traction des fardeaux, on tira un par un les vaisseaux de la mer, et sur des planches enduites de graisse on traîna sur la terre ferme, à travers les montées et les descentes, plusieurs de ces vaisseaux majestueux comme des montagnes, et on les lança dans la mer. Sur ces navires on établit un pont, et on disposa des troupes valeureuses et des retranchements aussi étendus que Constantinople devant les yeux des infidèles.

Na'îma est un écrivain beaucoup plus simple que Sa'd ud-Dîn, et bien meilleur selon notre goût ; son style net, vif, direct, précis, que n'embarrasse aucun ornement inutile, a les qualités que nous aimons. Il est d'ailleurs aussi fort apprécié des Turcs ; son ouvrage est répandu dans leurs bibUothèques et il est l'un des premiers qui aient été publiés lors de l'installation de l'imprimerie à Stamboul sous Ahmed III

Page 1