CHAPITRE Vi. — LES HISTORIENS TURCS
(1139-1727); il a été édité en deux volumes avec celui de son continuateur Râchid.
Na'îma a raconté la bataille de Kérestès, cette longue lutte de trois jours qui fut gagnée l)ar les Osmanlis grâce à l'énergie et à la clairvoyance de l'historien Sa'd ud-Dîn. On était alors au début du règne de Mahomet III. Les beaux jours de l'empire semblaient passés. Les armes musulmanes avaient subi en Europe de «graves échecs ; le grand vizir Sinan avait perdu une armée dans les marais de Kaiougéran en Valachie ; il en avait formé une seconde qui avait été foudroyée par Michel,prince desValaques, au passage du Danube à Bukharest ; son fils en avait fait anéantir une troisième devant la ville de Gran en Hongrie ; les places d'Ibraïl, Varna, Kilia, Ismaïl, Silistrie, Rutchuk, Bukharest, Akermann, étaient devenues la proie des Valaques, des Autrichiens et des Hongrois confédérés. « Tout un pan de l'empire, dit Lamartine, paraissait s'écrouler. » Tant de désastres émurent le sérail. Le Sultan fit faire des prié es publiques sur la place de l'Atméïdan ; puis, poussé par les clameurs populaires, il se décida à se mettre lui-même à la tête de ses armées. 11 quitta Constantinoplele21 juin 1596 ; le grand vizir Ibrahim, qui avait succédé à Sinan, commandait les troupes ; Sa'd ud-Dîn était chargé sous ses ordres des affaires diplomatiques et civiles.
L'armée turque arriva sous les murs d'Erlau, et en douze jours emporta la place. L'archiduc Maximilien, Sigismond, prince de Transylvanie, et Michel, prince de Valachie, arrivèrent trop tard pour la secourir ; cependant quand ils parurent, leurs forces combinées firent un instant trembler le Sultan qui inclina vers la retraite. Sokkoli, fils du célèbre grand vizir de ce nom, s'éleva contre cette idée : « Il serait inouï, dit-il dans le conseil, qu'un padichah des Ottomans eût jamais reculé sans motif. » Sa'd ud-Dîn l'appuya : « Ce n'est pas une circonstance, affirma-t-il, où l'on puisse employer des seconds ; la présence du padichah lui-même est commandée par l'honneur et par la nécessité.» La bataille eut donc lieu le 26 octobre. Ici nous laissons parler l'historien Na'îma (1) :
« Dans l'après-midi les infidèles commencèrent à se mouvoir et apparurent en masse. D'abord les régiments de l'infanterie allemande tous couverts de cuirasses, puis quelques régiments bleu de ciel, armés d'espèces de fusils qu'on appelle mousquets, qui jettent 15 ou 20 drachmes de plomb ; puis les brigands hongrois, quelques régiments avec des armes à feu, en £1 tout plus d'une centaine de régiments d'infanterie contenant chacun 500 infidèles. Ensuite