CHAPITRE VI. — LES HISTORIENS TURCS
vinl le régiment de cavalerie hongroise qui, avec ses drapeaux et ses piques, faisait l'effet d'une colline boisée ; il était suivi de régiments de cavalerie composés d'Allemands, de Bohémiens, de Polonais et d'autres races ; chaque infidèle portait de trois à cinq fusils magyars. Le nombre de ces régiments dépassait cinquante. Mourad Pacha et le chef des Bostandjis 'Ali Pacha furent envoyés pour renforcer Sinan Pacha et le rejoignirent ; mais tous les Chrétiens ayant des armes à feu, la résistance fut impossible. Les régiments musulmans se débandèrent, passèrent les marais et se répandirent dans la plaine. Les infidèles tirèrent le canon et les petites armes, battirent les tambours, passèrent le marais et vinrent droit sur notre armée. Hasan Pacha avait reçu l'ordre d'aller en tête du passage avec les troupes de Rouméhe et d'y arrêter l'ennemi. Il s'y rendit ; mais la violence des armes à feu l'empêcha de s'y maintenir, et ses troupes rejoignirent les autres régiments. Les infidèles, sans aucune crainte, vinrent à notre camp et avant que notre armée eût été complètement défaite, ils se livrèrent au pillage. Quelques-uns des infidèles mêmes, portant un ou deux étendards, attaquèrent notre trésor, et les Janissaires et Spahis qui le gardaient furent dispersés. Les Chrétiens se jetèrent sur les coffres, dressèrent leurs étendards portant la croix et commencèrent à danser.
Quand le Sultan vit cet état de choses, il demanda à Khodja Eflendi (Sa'd ud-Dîn), qui était en son impériale présence, ce qu'il y avait à faire. « Sire, répondit le Khodja, il faut que vous restiez tranquille et ferme à votre place. Ainsi en alla-t-il au temps de vos ancêtres dans maintes grandes batailles. Par un miracle de Mahomet, s'il plaît à Dieu, la victoire reviendra au peuple musulman ; ne vous affligez pas. » On a rapporté que le Sultan se tenait à cheval profondément affligé, avec le Khodja près de lui et que tous deux levaient leurs mains vers le ciel en lui adressant d'humbles supplications. »
On prévoit la suite des événements. La défaite des Musulmans n'était sans doute que simulée, bien que Na'îma ne le dise pas. Les Chrétiens, jouissant trop tôt d'une victoire non encore acquise, furent surpris en plein désordre dans le camp même de leurs ennemis. Na'îma dit que «les champions de la vraie foi apparurent sous la forme des garçons d'écurie, des cuisiniers et des domestiques des Janissaires qui se trouvaient dans les tentes, et que, s'armant de hachettes, de pelles de bois et de semblables ustensiles, ils se jetèrent sur les infidèles et en abattirent un grand nombre en les frappant à la tête X. Les soldats réguliers n'eurent pas de peine à achever la victoire. « En peu de temps, plus de 50.000 infidèles furent sabrés sans merci ;