CHAPITRE VI. — LES HISTORIENS TURCS
quelques-uns s'empêtrèrent dans les marais où on leur coupa la tête. Le vizir Sinan Pacha avec ses troupes passa au fil de l'épée, en une demi-heure, 20.000 hommes de cavalerie chrétienne qui vinrent à la droite de l'armée impériale et en repoussa beaucoup dans l'eau. Ceux qui restaient prirent la fuite ; et Feth Gheraï, avec les troupes tartares, les poursuivant dans toutes les directions, les massacra et brisa leurs bataillons. Ils essayèrent de se fortifier dans leurs tentes ; mais ils ne purent tenir, et abandonnant tous leurs eiïets et munitions, ils s'eniuirent dans les montagnes, ne sauvant que leurs têtes. 97 superbes canons, valant 10.000 ducats pièce, des obus et des magasins entiers de fournitures militaires, tombèrent aux mains des vainqueurs. »
Hadji Khalfa, auteur du xvii^ siècle, dont nous reparlerons dans la section suivante, a laissé une histoire des guerres maritimes des Turcs (1) qui est un document de haute valeur. Un long morceau de cette histoire est tiré des
1. The history of the maritime wars of the Turks, Irad. par James Mitchell, part. I, de la Collection Oriental translation fund. Le texte a été publié à Constantinople au début de l'imprimerie. Il y est aussi traité des principes de la navigation et des règlements de l'Amirauté,
mémoires de l'amiral Khaïr Allah, le célèbre Barberousse.
« Ce pacha, dit l'auteur, qui arriva aux plus hauts honneurs dans notre contrée, était un brave et vaillant soldat et une personnalité étonnante. Lorsqu'il fut amené devant le sultan Soleïmân-Khân, celui-ci le reçut avec les plus grands égards, et il lui demanda d'écrire une relation de ses aventures. En conséquence Khaïr Allah choisit parmi les écrits de ses compagnons des récits de ses principales aventures et en ayant composé un livre, il le présenta au Sultan. Nous en avons fait passer la plus grande partie dans cet ouvrage, v
On trouve là racontées d'une manière plutôt un peu brève, mais claire, les expéditions de Barberousse à Alger, Tunis, Tlemcen, etc. Nous en extrayons un passage relatif à une affaire qui eut lieu devant Lépante (945-1538), et dans laquelle les Ottomans eurent l'avantage :
«Le 3 de Djoumadi premier, comme André Doria se préparait à entrer dans le golfe de Lépante, Khaïr ed-Dîn fit voile vers Bahchiler, et, ayant atteint cette place, il fit monter des hommes au sommet des mâts, qui aperçurent des voiles dans le voisinage de Santa Maura et dans le port d'Inghir. Aussitôt il leva l'ancre et mit à la voile, préparé pour un engagement. Les infidèles, s'en apercevant, sortirent à sa