CHAPITRE VI. LES HISTORIENS TURCS
rencontre, et le vent leur étant favorable, les Musulmans furent saisis de frayeur, car les galions ne sont pas capables de lutter contre les hauts vaisseaux dans de semblables circonstances. Khaïr ed-Dîn cependant écrivit deux versets du Coran, et les jeta à la mer de chaque côté de son navire; presque aussitôt le vent tomba et les grands vaisseaux demeurèrent immobiles. Les malheureux infidèles, rangés en lignes régulières, commencèrent à décharger leur artillerie ; mais leur tir était peu efficace. Un galion chrétien s'avança d'abord et ouvrit un feu violent ; il fut bientôt repoussé par le feu de la flotte turque. — Barberousse prend ensuite l'offensive ; la flotte d'André Doria riposte. « Les boulets, dit le narrateur, tombaient comme de la pluie, et les deux flottes étaient si enveloppées de fumée qu'elles ne s'apercevaient plus l'une l'autre. » Les hauts vaisseaux des Chrétiens ressemblaient à des châteaux flottants; ils étaient poussés l'un contre l'autre avec violence et ne pouvaient plus se séparer. » L'escadre ottomane repousse ces gros vaisseaux, en coule plusieurs et passe ensuite aux galions. Ceux-ci, de petite dimension, sont incapables de soutenir plus longtemps le combat et s'éloignent. André Doria, voyant la défaite, s'arrache la barbe et prend la fuite, suivi des galions. Les infidèles mirent le feu aux grands vaisseaux qui restaient.
Les Turcs ont eu d'importants auteurs de dictionnaires biographiques. Ils ont des dictionnaires de savants, de docteurs, de poètes, de vizirs, de cheikhs ul-islam, ainsi que des encyclopédies historiques et géographiques. Les principaux auteurs en ce genre sont Tach Keupru Zâdeh et Kiatib Tchélébi (1). Le premier est un encyclopédiste et biographe très célèbre en Turquie. Il fut professeur à Andrinople et à Stamboul, et Kâdi à Stamboul ; il mourut en 968 (1560). Son encyclopédie intitulée miftâh es-sa'âdah, la clé de la félicité, embrasse «150 sciences ». Son œuvre biographique contient les vies de 150 ulémas et de 50 cheikhs ; elle a été enrichie par Medjdi, et continuée par *Atâ Allah ibn Yahya. — Kiâtib Tchélébi, ordinairement cité par les orientalistes sous le nom de Hadji Khalfa ou Khâlifa, a laissé un dictionnaire encyclopédique et bibliographique très précieux et très souvent utihsé ; il a été édité à Boulaq, à Stamboul et chez nous, en 7 volumes, par Flûgel (Leipzig-Londres, 1835-58). Hadji Khalfa est l'un des auteurs dont on pubha des œuvres à Constantinople lors de l'installation de l'imprimerie.
1. V. sur eux des articles dans le Brockelmann Ces chichte der Arabischen Litteratur, II, 425 et 427.