CHAPITRE VI. LES HISTORIENS TURCS
On imprima alors son Djihân Numâ ou belvédère du monde, qui est une description des contrées de l'Orient d'après des sources orientales et aussi d'après quelques sources occidentales qu'un renégat français lui avait communiquées ; puis son taqwîm ei-iéwârîkh, dictionnaire des monarques et des grands hommes, continué jusqu'à 1732, et son histoire de la marine ottomane (1) jusqu'en 1655. Cet érudit, qui était un intendant des armées ottomanes, fit de nombreux déplacements à la suite des troupes et mourut en 1068 (1658), âgé d'un peu moins de 60 ans.
La poésie a toujours été fort goûtée par les Turcs ; leur littérature contient des anthologies et des biographies de poè'es ; nous extrayons ici à titre de spécimen un éloge d"Abd ou'1-Bâki d'après un petit recueil arabe. Ce poète, qu'on appelle aussi simplement Bâki, est le plus célèbre
1. Il y a encore de lui un très joli livre qui a été imprimé à la même date, le tarîkh el-Hind el-Garhi ou l'histoire des Indes Occidentales. C'est l'histoire de la découverte de l'Amérique. Le volume, d'une impression fort élégante, contient des cartes et des planches sur bois fort amusantes, où l'on voit des Indiens et des animaux sauvages. Il est dit à la fin que le livre a été achevé d'imprimer l'an 1142 par « le pauvre Ibrahim », c'est-à-dire Basmadjy Ibrahim, entrepreneur de l'imprimerie ottomane.
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de ceux de l'ancienne école après Fozouli ; il mourut en 1C08 (1599), c'est-à-dire qu'il est de l'époque de Soliman et de ses deux successeurs Sélim 1 1 et Mourad ; c'était un écrivain très délicat, une nature passionnée et sensible (1): «Celui qui a le cœur blessé des souffrances que tu infliges, a-t-il écrit dans un de ses Ghazels, comprend le tourment de mon cœur ; seul un malade peut comprendre un malade... Celui-là seul qui se passionne follement pour sa maîtresse vexatrice et soufïre de la maladie de l'exil comprend la torture de mon âme. Celui-là seul qui est captif dans les chaînes de l'amour comprend la soufTrance de Bâki dans la mélancolie amoureuse que lui inspire la chevelure de sa bienaimée. » D'ailleurs le poète est un peu sceptique; il feint que des dévots lui reprochent le plaisir qu'il prend à vivre « dans ce lâche monde », et il leur répond : « 0 homme pieux, aucun conseil n'influe sur Bâki dans son extase amoureuse. Tu le sais, quand on est ivre mort, on n'écoute pas les contes bleus. »
L'auteur de la biographie que nous allons citer (2) a pour les images rares et le style recher-
1. Edmond Fazy et Abdul-Halim Memdouh, Anthologie de Vamour turc, Paris, 1905, p. 37 à 42.
2. D'après un manuscrit en notre possession, contenant les éloges de quelques personnages célèbres de l'époque de Mourad III et de Mahomet III; on y trouve aussi un éloge de Sa'd ud-Dîn.