CHAPITRE VII. LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
Semblable analyse est faite pour les gouverneurs de provinces. Il y a deux espèces de gouverneurs : ceux qui sont librement choisis par le khalife ou par son vizir, et ceux qui s'imposent par l'usurpation. Les premiers ont dans leurs attributions « l'organisation de la force armée, le cantonnement des troupes », la fixation de la solde, si elle n'est pas déjà fixée par le khalife ; l'administration de la justice et la nomination des fonctionnaires de l'ordre judiciaire ; la perception de l'impôt foncier (Kharâdj) et des aumônes ; la nomination des agents de perception ; la défense de la foi, la protection de la vie et des biens des habitants, « l'attention à ce qu'il ne soit apporté au dogme aucune altération » ; la direction de la prière du vendredi comme délégués du khalife ; le soin de faciliter le pèlerinage. Enfin, si la province gouvernée est frontière, à tous ces devoirs s'ajoute celui de la guerre sainte contre les infidèles du voisinage, avec, pour corollaire, le droit de répartir le butin entre les combattants et de retenir le quint pour les personnes qui y ont droit.
Les théories de Mâwerdi sont quelquefois bien systématiques et bien fines pour représenter la réalité historique ; mais elles n'en sont pas moins très joUes comme analyse.
' ' L'Afrique Musulmane fournit un sociologue de premier ordre en la personne d' Ibn Khal- DOUN. Aucun esprit n'eut jamais une conception plus nette de ce que peut être la philosophie de l'histoire. La psychologie des peuples, les causes qui la font varier, le mode de formation et d'évolution des empires, la diversité des civilisations, ce qui les développe ou ce qui les entrave, ce sont là les questions qu'il se pose de la manière la plus consciente dans ses célèbres Prolégomènes (1). Ce n'est guère qu'au xviii® siècle que nous trouvons chez nous des auteurs ayant ainsi spéculé sur l'histoire. Ibn Khaldoun est un esprit de la famille des Montesquieu, ou de l'Abbé de Mably, un ancêtre de nos sociologues modernes tels que Tarde ou l'orientaliste Gobineau.
Nous ne pouvons raconter ici sa vie en détail, pressé que nous sommes d'analyser ses idées. Il l'a écrite longuement lui-même. On trouvera cette autobiographie en tête de ses Prolégomènes. On y verra qu'il naquit à Tunis en l'an^
1. Les Prolégomènes d'Ebn Khaldovm {al-Muqaddam] éd. Quatremère, Notices et extraits, t. 16-18 ; trad. M. G de Slane, id.,t. 19-21. Le tome 19 est de 1862. — Pouj la bibliographie, V. Brockelmann, Gesch. d. ar. Litteralui II, p. 244.