CHAPITRE VII. — LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
732 (1332),' qu'il servit divers prinGes comme le Mérinide Abou Inan de Fez, qui l'emprisonna. Il servit aussi un roi de Tlemcen de la famille des Béni-Zéyân, qui reprit Tlemcen aux Mérinides. L'abbé Barges a écrit d'importants ouvrages sur cette dynastie des Béni Zéyân, rois de Tlemcen, ouvrages datés de 1852, 1887, et qui intéressent la biographie d'Ibn Khal- (iouii. — Un frère cadet de celui-ci était à la cour du même roi comme secrétaire et écrivit aussi sur l'histoire de ces régions ; il avait un talent de poète que l'abbé Barges admire beaucoup. Le grand Ibn Khaldoun, qui avait pourtant assez d'autres mérites, regretta de n'avoir pas cultivé la poésie comme son frère. Le roi aussi, dont le nom est Abou Hammou, était poète, vraiment distingué, et d'un caractère affectueux et sympathique. Il avait été élevé à la cour de Grenade, où les sciences et les arts étaient en honneur ; et il a fait construire de beaux monuments. — L'abbé Barges n'est pas très aimable pour Ibn Khaldoun (Abd er-Rahman). Outre qu'il lui reproche de manquer d'ordre et de méthode, il dit qu'il avait pour principe de conduite et de morale politique de quitter un parti ou d'en embrasser un autre dès que son intérêt ou sa sécurité personnelle le demandait. Mais pour ces époques troublées, il faut être indulgent. Selon Barges, on appelle Ibn Khaldoun « l'historien philosophe ».
Notre auteur fut ambassadeur du Sultan de Grenade auprès de Pierre le Cruel qui chercha en vain à se l'attacher. Plus tard il vint au Caire où il remplit tour à tour les emplois de Professeur et de Kâdi. Il se retira quelque temps dans un bien qu'il avait acheté au Fayoum, et écrivit là une partie de son œuvre. L'invasion de Tamerlan en Syrie l'arracha aux études; il prit part à la campagne contre ce conquérant, et après la défaite des Mamlouks, il resta à Damas. Les habitants de cette ville l'envoyèrent au camp des Mongols pour en négocier la reddition. Timour causa longuement avec lui, et lui demanda de décrire le Magreb. Ibn Khaldoun répondit comme s'il avait le pays sous les yeux, et en donnant à son exposé un tour conforme aux idées de Timour. Celui-ci fit alors le récit de ses conquêtes, puis il l'autorisa à retourner au Caire, où il se rendit en effet. Ibn Khaldoun y fut grand Kâdi et y mourut en 808 (1406), âgé de 74 ans. C'était un homme d'une belle figure, d'une tenue élégante, bon diplomate et fin courtisan.
L'œuvre de ce grand écrivain consiste en une histoire universelle, qui est une compilation, sui^ vie d'une importante histoire des Berbères qi M. de Slane a traduite en français, et précéda d'une introduction qui forme elle-même ui