CHAPITRE VII. LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
campagne a été le berceau de la civilisation ; les villes lui doivent leur existence et leur population. Les habitants des campagnes sont plus braves et moins corrompus que ceux des villes, car leur sécurité dépend davantage d'eux-mêmes : « Les; habitants des villes se plongent dans les jouissances que leur offrent le bien-être et l'aisance, et ils laissent à leurs gouverneurs le soin de les otéger dans leurs personnes et dans leurs cns. Rassurés contre tout danger parlestrous chargées de leur défense, entourés de murailles, couverts par des ouvrages avancés, ils lie s'alarment de rien, et ils ne cherchent pas •I nuire aux peuples voisins. Libres de soucis, sant dans une sécurité parfaite, ils renoncent à l'usage des armes et laissent après eux une postérité qui leur ressemble... Les gens de la campagne au contraire se tiennent éloignés des grands centres de population. Habitués aux mœurs farouches que l'on contracte dans les vastes plaines du désert, ils évitent le voisinage des troupes auxquelles les gouvernements établis confient la garde de leurs frontières, et ils repoussent avec dédain l'idée de s'abriter derrière des murailles et des portes. Assez forts pour se protéger eux-mêmes, ils ne confient jamais à d'autres le soin de leur défense, et, toujours sous les armes, ils montrent dans leurs» expéditions une vigilance extrême. Jamais ils.
ne s'abandonnent au sommeil, excepté pendant de courts instants dans leurs réunions du soir ou, pendant qu'ils voyagent, montés sur leurs chameaux ; mais ils ont toujours l'oreille attentive afin de saisir le moindre bruit annonçant le danger... A la première alerte, au premier cri d'alarme, ils s'élancent au milieu du péril, en se fiant à leur courage... Les choses auxquelles on s'accoutume donnent de nouvelles facultés et une seconde nature qui remplace le naturel inné. »
Accentuant cette appréciation, notre philosophe témoigne d'un goût très âpre de la fierté et de l'indépendance. Il va jusqu'à dire qu'un peuple ne doit pas se soumettre trop facilement aux autorités même légitimes, qu'ainsi il n'est pas bon qu'il se montre trop empressé à payer l'impôt. Les tribus à demi-sauvages, observet-il, sont plus capables d'effectuer des conquêtes que les autres peuples. « Dieu retint les Israélites pendant 40 ans dans le désert, afin que leurs enfants s'habituassent à l'indépendance et se rendissent capables de conquérir la terre promise. »
Ibn Khaldoun a l'idée du développement, de l'évolution des empires. Il en parle comme d'une sorte de phénomène biologique : « Les empires comme les individus, dit-il, ont une existence, une vie qui leur est propre. Ils gran-