CHAPITRE VII. — LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
s'ouvrirent et je compris l'égoïsme et la cupidité de ceux qu'on appelle des docteurs... mon esprit n'eut plus de repos ; mon cœur se sentit attiré vers les sages de la Mongolie comme vers les ermites du Liban ; je recherchais avec ardeur des entrevues avec les lamas du Thibet ou avec les « padris » du Portugal; et volontiers je m'asseyais avec les prêtres des Parsis ou les interprètes du Zend Avesta ; j'étais las des docteurs de mon pays. »
Akbar le reçut à son retour de la conquête du Bihar et du Bengale. C'est alors que commencèrent à Fatehpour-Sikri les séances du jeudi soir, dont l'historien Bédaoni a laissé une si \ivante description. Abou'1-Fazl devint chef (lu parti religieux d' Akbar. Il persuada à l'empereur de se regarder non seulement comme roi temporel, mais aussi comme souverain dans l'ordre spirituel, c'est-à-dire qu'il mit la royauté au-dessus des pouvoirs rehgieux. Quand il émit cette idée en 986, aux conférences du jeudi, il souleva une tempête ; mais apparemment elle avait déjà trouvé des appuis dans le grand public ; car les orthodoxes, les sunnis, s'inclinèrent. Ils signèrent un document préparé par Cheïkh Mubarak qui mettait Yimam-i-'adil, le juste chef, c'est-à-dire le monarque légitime, au-dessus du Mudjtahid, l'interprète de la loi, soit au-dessus des docteurs.
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A la suite de la publication de ce manifeste, le principe de parfaite tolérance fut établi dans l'empire.
Les conférences ayant pris fm en 1570, les deux frères reçurent diverses dignités. Faïzi fut nommé poète lauréat en 1588. Quoiqu'aimant peu la poésie, Akbar voulut qu'elle fût officiellement représentée à sa cour. On considère Faïzi comme le second poète mahométan de l'Inde, le premier étant Amir Khosrau, de Dehli.
Des travaux littéraires et scientifiques firent suite aux travaux religieux. On voit Abou'1-Fazl, son frère et Bédaoni occupés à traduire des ouvrages sanscrits ou hindous en persan. Faïzi, poète et géomètre à la fois, traduit le LilaïuaU, ouvrage de mathématiques : Abou'1-Fazl traduit le KalUah et Dimnah de l'arabe en persan ; il collabore aussi à la traduction du Mahabharata et à la com[<osition du ta' ri kh-f~Alfh ou histoire du millénium, ouvrage en relation avec le mouvement mahdiste.
Cheïkh Mubarak meurt en 1001, âgé de 90 ans. Deux ans après meurt Faïzi. Abou'1-Fazl, qui aimait tendrement son frère, lui promet, peu avant qu'il expire, de recueillir ses poésies dispersées ; et, malgré ses énormes travaux, il accomplit peu de temps après cette promesse.
Déjà philosophe, savant et administrateur, Abou'1-Fazl avait aussi parcouru une carrière