CHAPITRE VII. LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
coup, — et la description de quelques-unes. On lit là cette belle définition de l'artillerie : «Les canons ont de merveilleuses serrures pour protéger l'édifice auguste de l'Etat, en même temps que d'excellentes clés pour ouvrir la porte de la conquête. A l'exception de la Turquie, ajoute Abou'1-Fazl, il n'y a peut-être aucune contrée qui ait dans ses canons plus de moyens de garantir le gouvernement que la nôtre. » Sur ce chapitre encore s'est exercée l'imagination fertile du monarque : « Il y a maintenant des canons qui lancent des boulets de 12 mans... Sa Majesté a fait plusieurs inventions qui ont étonné le monde. Il a construit un canon qui dans les marches peut être facilement démonté, et remonté quand il convient ; par une autre invention, elle a joint ensemble 17 canons de telle sorte qu'on peut les tirer ensemble par une seule mèche. Elle a fait des canons qu'on peut charger sur un seul éléphant... Il y a des canons spéciaux pour les sièges et pour la marine. » En résumé, cet extraordinaire ouvrage, rempli de vie, d'idées et de science, où tous les compartiments de la vie sont examinés, inventoriés, mis en ordre, et où l'idée du progrès éclate à chaque instant, est un document dont la civihsation orientale peut à juste titre être fière. Les hommes dont ce livre exprime le génie ont devancé leur temps dans l'art pratique du
gouvernement, comme peut-être aussi ils l'ont devancé dans les spéculations sur la philosophie religieuse. Ces poètes, ces méditatifs savent manier le concret. Ils observent, classent, comptent, expérimentent. S'il leur vient des idées, ils les soumettent à l'épreuve des faits. Ils les expriment avec éloquence, mais les appuient de statistiques. En Occident, nous louons Leibniz d'avoir fait entrevoir l'intérêt de la statistique et les services qu'elle peut rendre (1), et nous la considérons comme une science toute moderne. Le gouvernement d'Akbar l'a, il y a plus de trois siècles, appliquée avec méthode dans son administration, à côté des principes de tolérance, dei justice et d'humanité.
1. Cf. Carra de Vaux, Leibniz, une monographie chez Bloud, Paris, p. 55.