CHAPITRE III. — LES HISTORIENS ARABES
Il ne cessait de donner des avertissements au Khalife, essayant de réveiller son énergie et de le décider à préparer la défense ; mais l'apathie du souverain ne faisait que croître. Ses famihers l'entretenaient dans l'idée qu'il n'y avait pas de crainte à avoir, et que le vizir grossissait le péril dans le but de se faire donner de l'argent pour lever des troupes à son profit. A la fin du siège, Ibn el-'Alkami se rendit au camp d'Houlâgou sur la demande de ce sultan. Il fut présenté par le savant Nasîr ed-Dîn Tousi. Après la prise de la ville, Houlâgou le chargea de la police ; il mourut peu après. C'était aussi un lettré et un bibliophile ; il achetait beaucoup de manuscrits précieux. Son fils a rapporté à l'auteur que sa bibliothèque comprenait dix mille volumes, tous de valeur. Plusieurs savants composèrent des ouvrages sur sa demande.
Un auteur oriental contemporain, Djurdji Zaydan, a étudié l'histoire des Abbassides dans un esprit philosophique et avec beaucoup de perspicacité. M. Zaydân, que l'orientalisme a perdu depuis peu, était un Syrien de naissance, résidant au Caire, où il dirigea la revue Hilâl. Il appartenait à ce groupe de savants arabes qui se sont assimilé les méthodes de la
critique occidentale et qui les appliquent à l'étude de leur propre littérature. On lui doit une importante histoire de la civilisation islamique, dont une partie, concernant les Oméyades et les Abbassides, a été traduite en anglais. On verra par quelques exemples comment il analyse les conditions du gouvernement des Khalifes abbassides et comment il sait mettre en relief certaines particularités de la pohtique de ce temps (1).
Ainsi, en ce qui concerne les femmes, il montre comment la conquête avait amené dans les harems une quantité de femmes esclaves d'origines très diverses. Beaucoup de ces captives surent se faire estimer et elles acquirent dans la famille impériale et jusque dans le gouvernement une situation prépondérante. Les anciennes conceptions de la pureté de la race qui avaient prévalu chez les Arabes furent abandonnées, et il n'y eut plus de honte à être fils d'esclaves.
La proportion des Khalifes abbassides qui eurent pour mères des femmes de condition servile est considérable ; M. Zaydan en donne une hste incomplète où figurent les plus grands : Mansour était né d'une esclave berbère ; Réchid,
1. Umayyads and 'Abbasids, 4^ partie de V Histoire de la civilisation islamique, trad. Margoliouth, Gihh Mémorial, Leyde-Londres, 1907.