CHAPITRE IV. — LES HISTORIENS ARABES
à la prise du château de Marcab, faite sur les Chevaliers de l'Hôpital. A seize ans, il se trouve avec son père et son cousin le prince de Hamât à la prise de Tripoli. En 691, il va avec l'armée musulmane sur les bords de l'Euphrate et assiste à la conquête de la forteresse de Roum qui commandait le cours du fleuve. En 697, il prend part à une expédition dans la Petite Arménie, commandée par le sultan Ladjyn.
Abou'1-Fédâ raconte dans sa Chronique (t. Y, p. 114 et suiv.) l'histoire de ce sultan, qui est une figure assez étrange, comme ces temps-là pouvaient seuls en fournir. C'était, paraît-il, un ancien chevalier teutonique. Il avait d'abord lutté avec son Ordre contre les païens de Livonie ; puis il était venu en Syrie avec l'intention de combattre les Musulmans ; mais là, au lieu de rester fidè'e à ses frères d'armes, il s'était retourné contre eux et avait embrassé l'islam. On l'avait admis dans le corps des sultans Mamiouks ; il s'y était élevé degré par degré, et avait fini par supplanter ses maîtres. Son règne fut d'ailleurs de courte durée.
Dans cette expédition en petite Arménie, Abou'1-Fédâ assiste au siège, très pénible, de la forteresse de Hamous ; il y conquiert dans sa part de butin deux femmes chrétiennes et un enfant. Expert en médecine, il soigne son cousin, le prince de Hamât, et le guérit.
L'année suivante, le suitan Ladjyn est assassiné, et à peu près en même temps meurt le prince de Hamât, Abou'1-Fédâ raconte en termes pittoresques comment la passion de ce dernier pour la chasse fut cause de sa perte :
« Mon cousin aimait passionnément la chasse à l'arbalète. Un jour, il voulut tirer l'aigle, oiseau de l'espèce de ceux qui se nourrissent de charognes ; en conséquence il se rendit, par un temps extrêmement chaud, sur une montagne, à quelque distance de Hamât, et, ayant tué un âne, il laissa le cadavre par terre, afin d'attirer l'oiseau carnassier. Pour lui, il s'était fait construire une cabane de branches d arbres qui pouvait nous contenir, lui, moi, un mamlouk et quelques personnes qui désiraient être témoins de la chasse. Le prince entrait dans la cabane au point du jour et y restait jusqu'à midi ; il n ouvrait pas la bouche afin de laisser l'aigle s'abattre sur le cadavre. Pendant ce temps nous respirions une odeur infecte. A notre retour à Hamât, je tombai dangereusement malade. Le prince aussi tomba malade et mourut au bout de quelques jours. »
A la suite de cet événernent,la famille d' Abou'l- Fédâ perdit la principauté de Hamât ; mais elle conserva ses biens. Abou'1-Fédâ fut honoré par le nouveau Sultan et sa dotation fut augmentée.