CHAPITRE IV. LES HISTORIENS ARABES
L'Egypte a plusieurs bons historiens, dont le plus célèbre est Makrîzi. Il naquit en 766 de l'hégire (1364) au Caire ; il fut élevé par son grand-père maternel qui l'instruisit dans le droit hanéfite ; mais, ses études étant achevées, il passa aux Châfi'ites et devint un adversaire ardent de son premier parti. Il fit le pèlerinage de La Mecque et, à son retour, entra dans les emplois comme juge suppléant et secrétaire. Entre autres fonctions, il eut celle de professeur de traditions à la Mu'aijadïa. En 811, il se transporte à Damas où il devient administrateur des biens Wakouf à la Kalânisija et à l'hôpital de Nouri. Il y professa aussi ; puis il rentra au Caire pour se livrer tout entier à ses travaux littéraires. Ayant fait une seconde fois le pèlerinage avec sa famille, il revint dans cette ville, où il mourut, après une longue maladie, en 845 (1442).
Un autre historien qui fut son ami, Abou'l- Mahâsin, a dit de lui : «C'était un savant dans des genres très divers, profond et sûr, un homme rehgieux, bienfaisant, aimant les gens de la Sunnah (les musulmans orthodoxes). Il avait beaucoup de goût pour la tradition, et il dirigeait d'après elle sa vie pratique ; mais il avait contre les savants du rite hanéfite un préjugé injuste, qui transparaît dans ses écrits. »
Pour nous, la piété de Makrîzi et ses opinions théologiques nous intéressent assez peu ; ce qui nous plaît surtout en lui, c'est sa curiosité d'esprit. Elle est très vive, s'applique à beaucoup d'objets et le porte à chercher un peu partout les renseignements dont il fait son bien. Des critiques ont remarqué que, si l'on analyse ses ouvrages, on les trouve peu originaux. Ils sont faits de morceaux empruntés à d'autres auteurs, juxtaposés comme dans une marqueterie. Il n'en est pas moins vrai que ces morceaux sont la plupart du temps bien choisis, qu'ils sont des documents précieux et que, dans l'ensemble, son œuvre est riche, colorée, pittoresque, savante, et dépasse sans doute en intérêt et en agrément, de même qu'elle les dépasse en célébrité, toutes les autres dont elle est formée, Makrîzi n'est peut-être qu'un collectionneur ; mais c'est un collectionneur heureux et très intelligent.
Ses œuvres sont nombreuses. Les plus considérables sont celles qu'on a coutume d'appeler en abrégeant leurs titres : le Khiiat, les quartiers, description de l'Egypte et du Caire, et le Soulouk, la voie, histoire des Sultans Mamlouks de l'Egypte. Outre ces deux œuvres, Makrîzi a écrit une histoire des Fâtimides, dont un manuscrit est à Gotha, un énorme dictionnaire biographique des princes et hommes