CHAPITRE IV. — LES HISTORIENS ARABES
notables de l'Egypte, qui a eu ou dû avoir 80 volumes, dont quatre seulement subsistent, un traité des monnaies musulmanes qui a été traduit par Silvestre de Sacy ; un traité des [)oids et mesures anciennement édité en Occident, un autre sur les races arabes en Egypte, édité par Wustenfeld, un sur les rois musulmans d'Abyssinie et d'autres encore. On voit par ces seuls titres que nous avons affaire à un esprit qui aime les sujets un peu rares, et qui d'ailleurs a des inclinations scientifiques, comme en témoignent les études sur les monnaies et sur les mesures. Le grand ouvrage du Khitai est en effet un recueil de ce que l'on peut dire de rare et de curieux, en même temps que de scientifique, sur l'Egypte, ses villes et ses provinces.
Makrîzi remarque qu'il n'a pu ordonner cet ouvrage chronologiquement, parce que les dates sont trop imprécises ; c'est pourquoi il l'a ordonné par pays ou quartiers, et aussi un peu suivant l'ordre logique des sujets. Il avait été précédé en ce genre par plusieurs autres historiens, dont il fait lui-même mention : Abou 'Omar el-Kindi, le même à qui l'on doit un grand travail, récemment édité (1), sur les gou-
1. Dans la Colleclion du Gihh Mémorial: The Governors and Judges of Egypt, éd. by Rhuvon Gues.t, Leyde et Londres, 1912.
verneurs et les juges de l'Egypte, Ibn Salamah, Kodaï et d'autres. Mais, comme le remarque Makrîzi, les lieux décrits par ces auteurs ont plusieurs fois changé ; des villes ont été dépeuplées ou ruinées à la suite de famines ou de pestes. Ainsi la disette qui sévit sous Mostansir, entre 457 et 464;, dévasta le Caire. « Il ne restait plus dans Misr, dit notre historien (1), que des débris d'hommes semblables à des morts, au visage pâli, aux traits altérés à cause du prix exagéré des vivres, de la frayeur que leur inspiraient les soldats, et des ravages causés par les tribus des nègres et des Maliha. On ne trouvait personne pour ensemencer les terres ; les routes étaient interceptées tant par eau que par terre, et l'on ne pouvait voyager que sous bonne escorte et à grands frais. »
Le Caire fut très florissant sous Mélik Nâser ibn Kalâoun ; la population devint si nombreuse que la ville ne suffisait plus à la contenir ; elle fut cependant encore dévastée par la disette et par d'autres fléaux. Tous ces changements exigeaient un nouvel ouvrage.
Nous ne pensons pas qu'on doive louer
1. Maqrizi, Description topographique et historique de V Egypte, trad. U. Bouriairt, Paris, 1895, f^ partie ; dans la Collection des Mémoires publiés par les Membres de la Mission archéologique française du Caire. La seconde partie et le texte ont été publiés ultérieurement dans la même Collection.