‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 76 sur 192 · CHAPITRE IV. — LES HISTORIENS ARABES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — LES HISTORIENS ARABES

Makrîzi pour toutes les légendes qu'il a insérées dans son livre, bien qu'elles soient agréables à lire et utiles pour le folklore ; il ne les a d'ailleurs recueillies qu'à titre de curiosités. Elles représentent ce qui se disait alors sur l'Egypte ancienne, et elles donnent l'impression que produisaient sur ses habitants les restes de son antique civilisation. Makrîzi aimait les légendes en flolkoriste ; il a un bien joli chapitre au sujet d'une superstition chrétienne relative à la fête des Martyrs, dont il parle avec une ironie digne des bons auteurs italiens de la Renaissance. Le chapitre s'ouvre, en outre, par une description charmante :

« Entre autres choses que l'on faisait autrefois en Egypte, il y avait la célébration de la fête des Martyrs, une des plus grandes réjouissances des Egyptiens ; cette fête tombait le 8 du mois copte de Bâchons. Les Coptes croient que jamais, dans aucune année, le Nil ne monte, si l'on n'y jette pas le doigt d'un de leurs ancêtres morts, enfermé dans un coffret. Ce jour-là est un jour de fête où les Chrétiens se réunissent de tous les villages ; on monte à cheval et l'on joue. La plupart des habitants du Caire se réunissent par castes et vont dresser des tentes sur les rives du Nil et dans les îles du fleuve. Chanteurs, chanteuses, propriétaires de jeux ou de lieux de divertissements, prostituées,

débauchés, coureurs de filles, tapageurs et gens de plaisir, tous sans exception se rendent à cette fête, Dieu seul sait le nombre de gens qui s'y réunissent ; on y dépense des sommes incalculables et l'on y étale sans vergogne tous les vices et toutes les corruptions ; à ces fêtes se produisent des émeutes où il y a mort d'homme. On y vend, rien qu'en vin, pour plus de cent mille dirhems d'argent, ce qui fait cinq mille dinars d'or. En un seul jour, un chrétien a vendu pour plus de douze mille dirhems d'argent de vin. »

L'émir Bîbars (1) qui était alors (702) intendant du sultan Mélik Nâser ibn Kelâoun, et qui le tenait en tutelle, voulut interdire ces fêtes. Les Coptes lui firent parler par un de ses secrétaires qui était de leur nation ; et lui firent observer que, si l'on interdisait la fête, le rendement des impôts serait diminué, que la plupart des impôts du Choubra n'étaient payés que par elle. « Si cette fête n'est pas célébrée, ajoutèrent-ils, le Nil ne montera pas, et le manque d'inondation détruira les campagnes de l'Egypte. » Mais Bîbars se moqua de leurs prédictions : « Si le Nil ne monte, répondit-il,

1. Cet émir est lui-même un historien. Il composa une histoire générale de l'islam en 11 vol., et une histoire des Mamlouks. V. C. Brockelmann, Gesch. der ar. Lia, II, p. 44.

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