CHAPITRE V. HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
province un vieux mobed choisi parmi ceux qui étaient le plus versés dans la connaissance des traditions antiques, et il leur fit réciter ce qu'ils savaient. On nota leurs discours, et on en composa un ouvrage qui fut le Chah Nameh ou Livre des Rois de Dânichwer. Ce livre était écrit en pehlvi et contenait l'histoire des rois depuis Gayomert jusqu'à la fin du règne de Chosroës Perwîz (628 Ch.). Il servit de base à plusieurs autres ouvrages : l'un qui fut traduit du pehlvi en arabe par Ibn el-Mokafïa, un <' Ancien livre des rois » du poète 'Ah de Balkh, un « Livre des rois » d'Abou Mansour, et enfin celui de Firdousi.
On a raconté que lors de la conquête de la Perse par les Musulmans, la collection de Dânichwer fut trouvée dans les trésors de Yezdédjerd et envoyée par le général musulman Sa*d fils d'Abou Wakkâs, au khalife *Omar. Le livre aurait ensuite fait diverses pérégrinations, au bout desquelles on l'aurait retrouvé dans l'Inde. Cette découverte de l'ouvrage dans l'Inde semble être une légende analogue à celle qu'on applique au recueil de contes le Kalilah. En réahté, des recensions de l'ouvrage ont dû toujours subsister en Perse. Ibn el-Mokaffa en eut une entre les mains dans la première moitié du second siècle de l'hégire. Cet auteur était un ancien Guèbre imparfaitement converti à
l'islam ; sa traduction ne nous est point parvenue.
D'autres Guèbres, au temps de l'islam, écrivirent sur les traditions de leur pays. Le poète *Ali s'est servi de leurs travaux pour son « ancien livre des rois ».
Abou Mansour était un seigneur de Tous ou un frère du seigneur de Tous, entre 334 et 349 H. ; à cette époque l'étude du nouveau persan était fort à la mode. Ce personnage fit exécuter une recension persane du livre de Dânichwer, qui fut répandue dans le Khorasan et dans l'Irak et que mentionne Bîrouni.
Les princes Samanides, qui régnèrent à partir de 279 H., s'occupèrent avec ardeur des traditions persanes. Le vizir du Samanide Abou Sâlih Mansour (350-365) chargea un Guèbre du nom de Dakîki de mettre en vers la recension précédente du livre de Dânichwer. Dakîki n'eut que le temps de composer mille à deux mille vers ; il fut tué d'un coup de couteau que lui donna un esclave dans une scène de débauche. Les Samanides furent supplantés bientôt par les Ghaznévides. Le second prince de cette dynastie, Mahmoud fils de Soboktéguin, dont nous avons parlé, cultiva avec ardeur la littérature persane. Sa cour était une véritable académie. Il tenait le soir des assemblées littéraires où les poètes récitaient leurs œuvres