CHAPITRE V. — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
On peut distinguer dans le Livre des Rois quatre groupes de légendes. Il y a d'abord quelques pages sur plusieurs rois primitifs qui sont représentés comme des sages ou des prophètes, et comme les inventeurs des arts et des métiers. Ce groupe est intéressant pour l'étude des légendes scientifiques (1). — Après vient l'histoire des rois Kéyanides qui occupe 4 volumes sur 7 de la traduction de Mohl ; c'est la période où domine la figure du héros national Roustem. Il est important de remarquer, et je ne sais si on l'a fait assez, que cette histoire se rapporte tout à fait à la partie orientale de l'Iran, voisine de la Chine et de l'Inde, à la Bactriane, à la région de Kaboul, et n'a pas du tout son centre à l'occident du territoire perse, à Rey, en Suziane ou en Mésopotamie. Le roi Key Khosraw disparaissant dans les neiges des montagnes, à l'est de Kaboul, semble s'identifier avec quelque divinité ou génie des plateaux du centre asiatique. — Ensuite se place dans le poème, sans grand lien avec ce qui précède, la légende d'Alexandre. — Elle est suivie, en dernier lieu par l'histoire des Sassanides. Le récit, encore très légendaire au début de cette dynastie, de
1. II y a dans le Chah Nâmeh d'autres légendes qui se rapportent aux inventions scientifiques. Nous en citerons dans cet ouvrage en parlant des échecs, de« automates et du ver à soie.
vient véritable à partir de Yezdedjerd I^r (399- 420 Ch.), M. Nœldeke a comparé la rédaction de Firdoiisi à celle des historiens arabes qui ont écrit sur la même histoire : Tabari, Ibn Moqalîa, Ja'koubi (1). Il a constaté que le poète persan et ces auteurs ont parfois puisé à des sources différentes les unes des autres. Firdousi d'ailleurs s'est aussi servi de sources orales ; il dit quelquefois : « Je tiens tel fait d'un certain Dihkan. »
On admire chez ce grand auteur la largeur du récit, la noblesse épique, l'intensité du sentiment, une philosophie haute et mélancolique répandue dans tout le livre, le caractère éminemment poétique du style ; nous ajouterons le coloris ; il y en a beaucoup dans Firdousi, de ce coloris persan si harmonieux et si fm que l'on apprécie tant aujourd'hui. Sa poésie donne souvent l'impression des meilleures œuvres de la miniature et de la céramique persanes. Nous ne citerons en ce genre qu'un exemple ; c'est la description du tablier de Kâweh (2). Ce tablier de forgeron resta l'étendard national de la Perse jusqu'à la chute de l'empire Sassanide.
Kâweh a assemblé autour de lui à l'heure du
1. Nœldeke, Gesch. d. Persen und Araher zur Zeit. der Sasaniden, Leyden, 1879, V. l'Introduction.