‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 94 sur 192 · CHAPITRE V. — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS

un lieu dont la verdure ravissait les âmes ; on y voyait de l'eau et des arbres, et l'on s'y livrait partout au plaisir...

« Le roi dit à Roustem : Quand tu auras envie de chasser, je possède un lieu où les bêtes fauves errent partout en troupeaux, tant en plaine qu'en montagne. La montagne est remplie de béliers sauvages ; la plaine est couverte d'onagres ; et quiconque a un cheval rapide est sûr d'y prendre des onagres et des biches. Il ne faut pas passer sans visiter ce heu charmant. »

Le héros se laissa tenter, « car, dit le poète, ce qui est destiné à amener la fin d'un homme agite toujours son cœur et pervertit son jugement. Telle est l'action de ce monde changeant ; il ne nous dévoile jamais son secret. Le crocodile dans la mer, le léopard dans le désert, le lion vaillant aux griffes aiguës, la mouche et la fourmi sont tous sous la main de la mort, et il n'y a pour personne de durée en ce monde.

« Roustem fit seller Raksch, son cheval, et couvrir la plaine d'éperviers et de faucons ; il plaça son arc royal dans l'étui. » Des héros courent à côté de lui, parmi lesquels le traître. « Pendant la chasse, l'escorte se dispersa, les uns courant sur les parties minées, les autres sur les parties fermes du terrain... Raksch flairait ce sol nouvellement remué et se ramassait comme une boule ; il se cabrait ; il avait peur de l'odeur

de cette terre et battait le sol de ses sabots. Il s'arrêta entre deux fosses. Roustem s'obstina à le faire avancer ; le destin l'aveugla et il se mit en colère ; il leva son fouet et en toucha légèrement Raksch. L'animal terrifié reprit son élan ; il était resserré entre les deux fosses, et il chercha à échapper à la griffe du sort ; mais il tomba avec deux de ses pieds dans une des trappes, où il n'y avait pas moyen de se retenir et de se débattre. Le fond de la fosse était plein de javelots et d'épées tranchantes ; la bravoure n'y servait à rien, et la fuite était impossible. Les flancs du vaillant Raksch étaient déchirés ; la poitrine et les jambes du puissant pehlevan étaient percées. »

Roustem a encore la force de tuer le traître d'une flèche et expire peu après. On voit aussi dans ce passage l'habileté avec laquelle le poète sait mêler au récit épique les réflexions d'ordre moral.

La Perse est moins féconde en historiens qu'en poètes ; et la littérature historique en langue persane est loin d'avoir l'importance, la richesse et la précision de la littérature analogue de langue arabe. Ceci du moins pour ce qui concerne l'histoire propre de la Perse ; car

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