CHAPITRE V. — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
il existe une branche de l'histoire persane concernant l'Inde, qui contient des écrits de haute valeur. D'ailleurs ces historiens persans sont tardifs et ils ont été moins étudiés par les savants d'Occident que les grands chroniqueurs arabes.
L'un des plus célèbres parmi eux est Mustaufi, qui porte le prénom d'Hamd Allah et est originaire de Kazwîn. Cet auteur a été connu de bonne heure en Europe, où on l'a désigné sous le nom de Géographe Persan. Il était Secrétaire d'Etat du sultan Oldjaïtou (Khodabendeh). On lui doit une chronique très estimée en Perse, qu'il publia vers 1340, et une cosmographie intitulée « le Charme des Cœurs » (Nouzhet el-qoloub). Ce dernier ouvrage a été abrégé et enrichi de quelques observations nouvelles par Mohammed Medjdi en 1593, sous le titre de Zînet el-Mcdjâlis ou 1' « Ornement des Assemblées ».
Le Tarîkhi-Guzîdé, «Thistoire choisie» (1), est un important compendium dont une partie,
1. Tdrîkhé Gozîdé, par Hamd Ollâh Mostooufi Qazwînî, éd. et trad. Jules Gantin, t. I, Paris, 1903. Cet ouvrage est resté inachevé. Le texte du Tarikh-i- Guzida a été publié en fac-similé d'après un ancien manuscrit, par Edward G. Brown, dans la Collection du Gihh Mémorial, t. I, 1910, Vol. II, Ahstracts of Contents and Indices.
publiée par M. Gantin, forme à elle seule un très fort volume. On y trouve ramassée l'histoire des dynasties persanes de la période musulmane, ainsi que celle des Turcs et des Mongols de la Perse. L'auteur résume avec une grande clarté cette histoire complexe dans laquelle les dynasties sans cesse en lutte les unes contre les autres brillent un moment, puis s'éteignent ; c'est à cette époque et à cette région que pourrait s'appliquer assez justement le mot d'Ibn Khaldoun, que la durée normale des dynasties est de 120 ans. Il y a plus de mérite à un historien de rester lucide dans un sujet aussi confus, et de soutenir passablement l'intérêt du récit quand la destinée semble prendre plaisir à le contrarier et à l'éparpiller. Un petit nombre de figures de princes distingués dominent chaque dynastie. Les grands conquérants passent à la traverse et refont, moitié par politique et moitié par violence, une unité bientôt brisée.
La Chronique qui nous occupe n'est, disonsnous, qu'un résumé. L'auteur lui-même la présente comme telle. Ainsi, parlant d''Adod ed- Daoulah, qui fut un prince très apprécié de la dynastie des Bouyides ou Déilémites, il dit : « Il régna 34 ans. Aucun Padichah des Diâlémeh ne lui est comparable. Il fut le meilleur prince de cette dysnatie et la crème de cette famille. On a fait nombre de volumes sur ce qui nous