CHAPITRE V. HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
reste de lui et ce compendium ne peut tout contenir. »
De même sur Kilidj Arslan, sultan Seldjoukide de Roum, il écrit cette phrase que suit un court paragraphe : « Il resta 40 ans sur le trône de la souveraineté ; il répandit la justice et l'équité, et son nom devint glorieux dans le monde. »
Plus bref encore est-il sur 'Ala ed-Dîn Kéy-Qobâd : « Il fut le plus renommé des pâdichahs de cette dynastie et régna dignement. » Suit la mention de deux guerres et la durée du règne, 26 ans. « Enfin son fils Ghiyâth ed-Dîn Kéy-Khosrau l'empoisonna par inadvertance, et il mourut l'an 636 (1238).»
Le récit de Mustaufi est donc trop souvent sec, écourté et il laisse des regrets. Toutefois le peu qui est dit est bien choisi, net et caractéristique, et l'ouvrage compte nombre de pages intéressantes. L'historien n'est pas dépourvu de critique. On peut en juger à propos d'une légende qu'il rapporte sur l'origine des habitants du Louristân : Le prophète Salomon avait envoyé dans le Turkestan un messager chargé de lui ramener quelques jeunes filles vierges et jolies, et il lui avait enseigné une formule magique pour les préserver de tout danger. Malheureusement cet homme, en traversant la gorge de Mâbéroud, oubha la formule, et un
démon, prenant sa figure, déflora les jeunes filles. Lorsque Salomon s'en fut aperçu, il les renvoya au lieu où elles avaient été rendues enceintes, et elles y devinrent mères d'une population. « Cette tradition semble faible, conclut Mustaufi, et d'ailleurs on raconte la même chose sur l'origine des habitants du Guîlan. »
Voici un joli passage concernant Mahmoud le Ghaznévide où l'on voit ce conquérant s'attirer d'une vieille femme une fort belle réponse : « Une caravane se rendant der'Iràqdansl'Hindoustân fut pillée dans le désert par des brigands qui tuèrent les hommes et emportèrent leurs biens. Une vieille femme eut un fils tué dans cette attaque. Elle porta plainte au Sultan qui lui dit : « Comme cette province est loin de la capitale, on ne peut pas la surveiller comme il convient. » La vieille lui répondit : « Ne prends pas plus de provinces que tu ne peux en surveiller, et au jour du jugement dernier, tu répondras de façon à satisfaire à Dieu. » Le Sultan, impressionné par ces paroles, s'engage publiquement à garantir la vie et les biens de quiconque se rendrait dans l'Hindoustân par le désert. Il use d'un stratagème, et purge la contrée des brigands.
Mustaufi explique ainsi comment Djenghîz- Khân vainquit le Chah du Khârezm Kotb ed-Dîn Mohammed II, dont il a raconté le règne avec